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Réforme du bac : ce qu'attend l'enseignement supérieur

Laura Taillandier
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Réforme du bac : ce qu'attend l'enseignement supérieur
Les acteurs de l'enseignement supérieur s'interrogent notamment sur la place du contrôle continu dans le futur bac. // ©  Nicolas Tavernier/REA
Casser les digues entre le lycée et le premier cycle, davantage guider les élèves sans les orienter trop rapidement, mieux les préparer sans les spécialiser... Les attentes des acteurs de l'enseignement supérieur sont nombreuses et les avis partagés sur la réforme du bac qui se dessine. Tour d'horizon.

Dans l'expectative. Sans vouloir se prononcer trop avant sur les propositions de réforme du baccalauréat qui sont encore en arbitrage, les acteurs de l'enseignement supérieur regardent tout de même avec beaucoup d'attention les pistes déjà avancées. Avec, en ligne de mire, la connexion avec la réforme de l'entrée en l'université.

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Quel lien avec le Plan étudiants ?

Limitation des épreuves terminales du bac avec la création d’un grand oral, une plus grande place accordée au contrôle continu, davantage de résultats scolaires pris en compte dans Parcoursup, une nouvelle organisation du lycée plus modulaire, avec l'instauration de couple majeure-mineure… Autant de pistes qui font échos à la réforme du premier cycle et à la mise en place des attendus. "Cette négociation est entièrement liée au Plan étudiants, avec les promesses qui nous ont été faites sur l'amélioration de l'orientation et de l'accompagnement des lycéens", souligne Jimmy Losfeld, le président de la Fage.

Pour certains, les propositions du rapport Mathiot restent encore trop timides au regard de la réforme côté enseignement supérieur. "On continue de se focaliser sur les notes au baccalauréat alors que ce qu'il faut, ce sont des compétences en lien avec les attendus", estime Franck Loureiro, cosecrétaire général du Sgen-CFDT, qui regrette "un manque d'articulation entre les deux réformes". Voire "une déconnexion", pour Stéphane Leymarie de Sup-Recherche-Unsa. "Ma crainte ? La réforme du premier cycle devrait trouver son rythme de croisière en 2019 ou 2020, tandis que la réforme du bac entrera, elle, en vigueur en 2021… On risque de devoir reprendre le Plan étudiants pour faire quelque chose de mieux articulé…"

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La peur d'une orientation trop précoce

À l'inverse, pour le Snesup-FSU, la liaison avec le Plan étudiants est clair, ce qui n'est pas pour plaire à l'organisation qui manifestait jeudi 1er février contre les deux réformes. "C'est cohérent avec la mise en place des attendus, mais dangereux", résume Hervé Christofol, le secrétaire général. "Avec le choix de majeures, on constituera des filières en reportant l'orientation dans le supérieur dès la seconde. Il faudra avoir suivi tel enseignement pour faire telle licence. Simplement, l'offre ne sera pas la même dans tous les lycées. Il y a un risque de rupture d'égalité."

Au contraire, pour le syndicat, cette réforme doit être l'occasion de "renforcer la culture commune entre les voies générales et technologiques et même avec les baccalauréats professionnels." Un point de vue partagé par l'Unef, qui plaide pour des parcours moins cloisonnés, avec des options.

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La réforme envisagée risque-t-elle d'enfermer les lycéens dans des choix d'orientation trop précoces ? Pour Jimmy Losfeld, c'est une question de curseur. "Il est essentiel qu'il y ait une spécialisation sans pour autant tomber dans une préorientation qui enfermerait les lycéens dans leurs choix. Il ne faut pas qu'un bac S empêche de suivre des études littéraires."

"Il ne faut pas surestimer la capacité des élèves à s'orienter si tôt, abonde Emmanuel Perrin, le directeur de Polytech Lyon et membre de la commission permanente de la Cdefi (Conférence des directeurs d'écoles françaises d'ingénieurs) . En revanche, le niveau académique doit être maintenu, faute de quoi, les écoles, et l'enseignement supérieur en général, seront obligés d'instaurer des remises à niveau." Autre crainte de la Conférence : la baisse d'attractivité des formations d'ingénieurs avec la réforme. De ce fait, pour Emmanuel Perrin, "le jeu de mineures et de majeures ne doit pas être trop profond ni intervenir trop tôt dans la temporalité du lycée."

Les sciences, "sujet de préoccupation"

Au jeu des majeures et des mineures, plusieurs acteurs de l'enseignement supérieur redoutent que les sciences soient les grandes perdantes. "C'est notre sujet de préoccupation", alerte la Conférence des grandes écoles. "Cette réforme doit être l'occasion de bâtir une filière scientifique solide. Dans l'enseignement supérieur, on ne s'appuie pas sur un duo de discipline mais sur un triptyque de matières : il faut être bon en maths, en physique-chimie et en sciences de la vie ", relève Philippe Régimbart, délégué général de la CGE.

L'Union des professeurs de classes préparatoires scientifiques souhaiterait ainsi que la spécialisation soit davantage marquée. "Nous sommes convaincus de la nécessité de ces parcours renforcés. La filière S est devenue trop généraliste. Mais le tronc commun qui est proposé dans le rapport est trop volumineux", juge Mickaël Prost, le président de l'association.

Dans l'enseignement supérieur, on ne s'appuie pas sur un duo de discipline mais sur un triptyque de matières : maths, physique-chimie et sciences de la vie.
(Ph. Regimbart)

Le contrôle continu, bon point ou danger ?

Du côté des prépas comme de celui la CPU, on regarde aussi avec attention la place que prendra le contrôle continu dans la réforme. D'un point de vue pratique, la diminution des épreuves terminales est vue comme un moyen d'améliorer l'analyse des candidatures des lycéens. "Nous regardons les pistes de réforme au travers de notre prisme : cela nous permettra de mieux sélectionner les élèves et de les faire mieux réussir ", résume Jean Bastianelli, le président de l'APLCPGE. Ainsi, avec "le calendrier proposé, nous prendrions en compte des éléments supplémentaires dans notre sélection".

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Du côté du Snesup-FSU et de l'Unef, c'est en revanche le point de vigilance principal. Les deux organisations craignent une transformation du diplôme national "en baccalauréats locaux". Une inquiétude infondée, pour le président de l'APLCPGE. "Le recrutement dans l'enseignement supérieur se fait bien avant les résultats du bac, sur les notes de première et de terminale. Au fond, c'est déjà du contrôle continu, sauf qu'il n'est pas encadré. Avec la réforme, il le deviendrait…"

Quoi qu'il en soit, la question du contrôle continu constitue un point de crispation dans la réforme. Certains, comme la Fage, souhaiteraient d'ailleurs une "suppression pure et simple des épreuves terminales". "Mais on sent une grande timidité sur ce sujet", regrette Jimmy Losfeld.

Casser les digues

Seul point de convergence : cette réforme peut être enfin l'occasion de renforcer le lien entre le lycée et l'enseignement supérieur. Et de donner réalité au continuum bac – 3 / bac + 3. "Les heures d'accompagnement à la préparation des élèves à la poursuite d'études sont intéressantes, tout comme l'implication des acteurs du supérieur", illustre Philippe Régimbart, délégué général de la CGE.

Pour la CPU, les propositions de réforme prépareraient mieux l'élève à l'enseignement supérieur. "Le fait de mixer des modalités d'apprentissage différentes avec des cours d'approfondissement et des cours d'ouverture, avec du travail en équipe rendra l'élève plus adaptable", souligne François Germinet, président de l'université de Cergy-Pontoise et de la commission formation et insertion professionnelle de la CPU.

Faudrait-il aller plus loin pour casser définitivement les digues entre le lycée et l'université ? "La majorité des filières de l'enseignement supérieur ne correspondent pas à celles du bac. Peut être y aurait-il une réflexion à avoir au niveau des majeures. À l'image de ce que l'on fait dans le supérieur, avec les sciences humaines et sociales ou les sciences et techniques…" propose Stéphane Leymarie. La CPU se veut plus pragmatique : "Si tout ce qu'il y a dans le rapport est mis en place, ce sera très bien." Verdict le 14 février, avec les annonces de Jean-Michel Blanquer.


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