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L'Université Grenoble-Alpes construit son identité pas à pas

Aurore Abdoul-Maninroudine  |  Publié le

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Université Grenoble Stendhal, Saint-Martin d'Hères
Université Grenoble Stendhal, Saint-Martin d'Hères

Un an après la fusion des trois universités grenobloises dans l'Université Grenoble-Alpes, le nouvel établissement construit sa marque et tente de développer le sentiment d'appartenance aussi bien chez les étudiants que chez les personnels. Une démarche qui prend du temps.

Sur le campus de Saint-Martin d'Hères situé à 20 minutes en tram du centre-ville de Grenoble, le quidam a encore du mal à se repérer. Sur les façades des bâtiments les logos de l'UGA viennent tout juste d'être installés.

Le campus, qui abrite également l'INP Grenoble, Sciences po Grenoble et de nombreuses unités de recherche, regroupe pourtant 80 % des formations de la nouvelle Université Grenoble-Alpes, issue de la fusion, en janvier 2016, des universités Joseph-Fourier Grenoble 1, Pierre-Mendes-France Grenoble 2 et Stendhal Grenoble 3.

Particularité locale, les trois établissements partageaient déjà une forte unité géographique avec "trois services administratifs à 100 mètres d'écart", rappelle, ironique, Lise Dumasy, la présidente du nouvel ensemble et ancienne présidente de Stendhal, la petite (en effectifs) université de sciences humaines et sociales.

un an pour enlever les traces physiques des précédentes universités

"Enlever sur les façades tous les signes extérieurs reliés aux anciens noms des universités a pris quasiment un an, explique Filipe Ferreira, responsable de la communication interne de l'université. Cela a constitué un travail considérable." Un travail qui s'est achevé à l'automne 2016 et a marqué le point de départ du déploiement de la nouvelle identité de l'université.

Après un vote en ligne élargi hors du cercle de la communauté universitaire, le nouveau logo, noir et rouge, tout en hauteur et intégrant une rose – emblème de la ville – sera à terme présent sur chaque immeuble de la nouvelle université. Et les panneaux affichant les noms des UFR seront également harmonisés visuellement. Un sujet technique de signalisation qui, avec la fusion, a pris une dimension stratégique considérable, en témoignent les discussions houleuses avec certaines composantes de la fac de médecine à l'IAE en passant par l'école Polytech...

Derrière la signalisation, le sentiment d'appartenance

L'enjeu est double : "il s'agit d'affirmer clairement sur le territoire l'identité de l'université, mais aussi, tout simplement, de permettre à tous - étudiants, personnels ou visiteur extérieur – de circuler facilement sur le campus", avance Lise Dumasy, qui avoue s'être elle-même perdue à plusieurs reprises au début de sa prise de fonction.

Il faut créer cette fierté, ce sentiment d'appartenance à l'université.
(L. Dumasy)

"De manière générale, beaucoup ont critiqué cette idée d'identité, regrette Joris Benelle, le directeur général des services de l'université. Mais quand on dit à son entourage qu'on travaille à l'Université Grenoble-Alpes, c'est tout de même plus compréhensible pour le commun des mortels".

Pour le directeur général des services, le changement d'échelle engendré par la fusion a également donné à l'université les moyens de créer "une vraie journée d'accueil, digne de ce nom pour les nouveaux étudiants". Réunissant 8.000 jeunes autour d'une course, d'animations en tout genre et d'un concert, la journée s'est conclue par un feu d'artifice.

"C'est une impression magique d'entendre les étudiants scander UGA, UGA", raconte-t-il. "Il faut créer cette fierté, ce sentiment d'appartenance, c'est aussi comme cela que l'université gagnera en attractivité dans les familles et chez les jeunes", assure Lise Dumasy. De fait, quand on interroge sur le campus les étudiants ou lycéens venus visiter l'établissement,  l'appellation UGA est sans aucun doute déjà entrée dans les mœurs.

900 déménagements en un an

Reste encore à créer une identité commune que s'approprieraient pleinement les personnels. Dans cette perspective, l'université a fait appel à un logisticien pour s'occuper des déménagements. En un an, 900 personnes ont changé de bureau, un jeu de chaise musicale compliqué mais qui en valait la peine selon la présidente : "Regrouper physiquement les personnes était crucial pour créer une culture commune".

"Il faut de l'humain, encore et encore", renchérit Lise Dumasy. En témoigne la réunion de tous les directeurs de composante, une fois par mois, pour qu'ils apprennent à se connaître et à travailler ensemble. Ou encore une formation de l'ensemble des cadres, dès 2015, qui leur a donné l'occasion de se rencontrer et de créer des liens tous corps de métiers et toutes composantes confondus.

Des personnels qui perdent le lien avec le terrain

Malgré ces dispositifs, Carole Kada, la directrice générale déléguée des ressources humaines témoigne des "difficultés ressenties" par les agents. "La fusion a forcément bouleversé les habitudes et les personnels administratifs des petites universités, Grenoble 2 et 3, ont eu le sentiment de perdre le lien avec le terrain", décrit-elle. "Les personnels qui viennent nous voir dénoncent tous la surspécialisation engendrée par la fusion", insiste Gwenaël Delaval, enseignant-chercheur en informatique et co-secrétaire de la CGT-Ferc-Sup de l'UGA.

Surtout, avec l’ouverture de 200 postes au niveau des services centraux, "le processus de mise en concurrence n’a pas été évident à gérer", poursuit Carole Kada, même si elle tire aujourd’hui un bilan plutôt positif : "Grâce aux divers outils d'accompagnement (création d’une cellule spécifique, dialogue de la présidence avec les personnels, embauche d’une psychologue…), on peut dire que la situation est bonne."

L’identité et le sentiment d’appartenance ne sont pas des éléments importants. La meilleure force d’une université, c’est la qualité de ses formations.
(G. Delaval)

De son côté, la CGT-Ferc-Sup dénonce les opérations de communication visant à créer ce sentiment d'appartenance. "Je ne pense pas que l’identité et le sentiment d’appartenance soient des éléments importants. La meilleure force d’une université, c’est la qualité de ses formations et de sa recherche", affirme Gwenaël Delaval. Or, "les innovations pédagogiques ne sont bienvenues que si elles ne coûtent rien, regrette-t-il. Les chercheurs disposent d'une signature commune pour accroître la visibilité dans les classements, mais pas de moyens pour titulariser les doctorants."

Même son de cloche du côté du Snesup. "À quoi sert de créer un sentiment d'appartenance si on ne sait pas où l'on va ?", s'interroge Claudine Kahane, secrétaire de la section locale. "Cette question de l'identité ne devrait pas relever du sentiment mais de la réalité de notre travail : or, la fusion nous ouvre-t-elle de nouvelles perspectives ? Non. Elle crée de la confusion." Quant aux opérations de communication, la syndicaliste les juge "infantilisantes" : "on ne va pas régler nos problèmes avec des mugs".

une identité qui s'affirme hors de l'université

Il n'empêche, Lise Dumasy a bien l'intention de ne pas s'arrêter là. Sa volonté de projeter l'identité de l'UGA hors des frontières du campus et de repenser le rôle de l'université comme acteur de la cité est frappante. "Avec 45.000 étudiants, sans être un mastodonte, nous sommes désormais un acteur de poids pour négocier avec nos partenaires, notamment les collectivités territoriales", avance-t-elle. "On voit également arriver parmi les personnels, des profils de la fonction territoriale, constate Joris Benelle. Cette diversité de profils est une bonne chose et s’explique par la taille de l’établissement."

Le lancement en décembre 2016 du magazine "(H)auteurs" illustre cette volonté d'ouverture sur le monde extérieur. Distribué à 20.000 exemplaires, dans toute l'agglomération grenobloise, ce trimestriel gratuit, entièrement produit par l'université, a vocation à vulgariser les travaux des chercheurs sur un sujet de société. Des travaux estampillés Université Grenoble-Alpes bien sûr.

La situation budgétaire de l'UGA
L'université affiche pour 2017 un déficit de 5 millions d'euros, qui s'explique en plus de la fusion, par un problème structurel lié à la pyramide des âges des personnels.

La fusion a par ailleurs coûté 2,6 millions d'euros :
– 1,4 million d'euros ont contribué au financement de la politique sociale (harmonisation par le haut des régimes indemnitaires Biatss, création d'un régime indemnitaire pour les contractuels...) ;
- 1,2 million d'euros ont permis le recrutement de contractuels pour accompagner la fusion. "Il n'y a eu aucune suppression de postes", insiste Lise Dumasy.

Aurore Abdoul-Maninroudine  |  Publié le

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