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Enquête | Formations

Le Bachelor poursuit sa percée en écoles d'ingénieurs

Laura Makary  |  Publié le , mis à jour le

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12% des 22.000 anciens de l’X ont contribué à la première levée de fonds.
Plusieurs écoles d'ingénieurs s'engagent sur la voie du bachelor, à l'image de l'École polytechnique, avec des objectifs différents. // © Jérémy Barande - Ecole polytechnique

En discussion depuis plusieurs années, l'idée d'un Bachelor en école d'ingénieurs continue de faire son chemin. Alors que certains établissements se lancent dans l'aventure, plusieurs expérimentations, portées par la Cdefi, vont voir le jour. Reste à trancher la question, cruciale, du grade attribué à ce cursus.

Un Bachelor en trois ans, en alternance. Voilà l’option à laquelle réfléchit l'école d'ingénieurs du Cesi, groupe privé habitué à l'alternance sous toutes ses formes. "C’est une question que nous nous posons, déclare Jean-Louis Allard, directeur de l'établissement. L’idée est de créer un cursus permettant notamment à des populations issues de la fillière professionnelle de continuer en études supérieures."

Les jeunes ingénieurs étant très recherchés sur le marché du travail, une nouvelle formation de niveau bac+3 pourrait ainsi se généraliser dans les écoles : un Bachelor, décernant le titre d’"assistant-ingénieur". C’est en tout cas le souhait de la Cdefi (Conférence des directeurs des écoles françaises d’ingénieurs), qui s’est plusieurs fois positionnée sur le sujet, fédérateur au sein de ses rangs.

Un tel cursus permettrait aux étudiants qui ne souhaitent pas poursuivre jusqu'au bac+5 de s'insérer plus vite, en occupant des postes jusqu’à présent confiés à des ingénieurs souvent surqualifiés, faute de profils adéquats.

les bacheliers pro pour vivier

Après plusieurs années de discussions et d'échanges, notamment entre Cdefi et CGE (Conférence des grandes écoles), deux premières expérimentations devraient avoir lieu dans les années à venir. Initialement prévues pour la rentrée 2016, elles sont attendues au plus tôt pour 2018. La première sera portée par le groupe Insa, et plus particulièrement l’Insa Toulouse. La seconde sera proposée par l'ENI Saint-Étienne, liée depuis juillet 2015 à Centrale Lyon par une convention d'association. Le projet envisagé n'est pas une nouvelle formation en tant que telle, mais une possibilité de ne pas aller au bout du cycle ingénieur et de sortir à bac+3 avec un diplôme. 

"Leur cible sera les bacheliers professionnels, pour leur proposer une autre option que le BTS, avec une formation permettant de s’insérer professionnellement", déclare François Cansell, président de la Cdefi. Il souhaite donc mettre en place "une formation de trois ans, et éventuellement une année supplémentaire de mise à niveau si besoin, avec un référentiel de compétences pour assurer la qualité du cursus." Le souhait des directeurs est que la CTI (Commission des titres d’ingénieur), qui habilite les écoles à délivrer ce titre, puisse également les habiliter à décerner celui d’assistant-ingénieur à niveau bac+3.

Un référentiel se construit à partir d’un besoin vérifié et de compétences nécessaires à la sortie des études. C’est un processus complexe.
(J.-M. Théret) 

La CTI, elle, ne s’est pas encore lancée dans la création d’un tel référentiel. Elle attend pour le moment le retour des entreprises, mais aussi celui des écoles via ces expérimentations. "Un référentiel se construit à partir d’un besoin vérifié et de compétences nécessaires à la sortie des études. C’est un processus complexe, qui nécessite une demande des entreprises et des écoles, afin de vérifier que la formation est bien utile et attendue", tempère Jean-Marc Théret, vice-président de la CTI.

Il faut dire que le sujet est sensible : outre l'habilitation de la CTI, l'obtention pour ces formations du grade de licence, demandé par le président de la Cdefi, reste l’une des questions délicates pour la création généralisée de cette formation. En avril dernier, la CPU (Conférence des présidents d’université) avait appelé le ministère à clarifier le paysage des diplômes de niveau bac+3, évoquant "des diplômes de qualité et de reconnaissance hétérogènes" et demandant "une concertation nationale". Quelques semaines plus tard, lors du colloque annuel de la Cdefi, la ministre Najat Vallaud-Belkacem s’était quant à elle déclarée "totalement à l’écoute" des directeurs sur le sujet.

Soutenir la filière technologique

Pourtant, de telles formations se développent déjà peu à peu au sein des écoles d’ingénieurs en France. Celle qui a donné le coup d’envoi : Arts et Métiers, sur les campus de Châlons-en-Champagne et de Bordeaux, en 2014. Pour ce cursus en trois ans, l’établissement connu pour ses liens avec l’industrie ne recrute que des bacheliers STI2D (sciences et technologies de l'industrie et du développement durable). "Nous souhaitions soutenir la filière technologique, car nous croyons à ce type de formation. De plus, ces profils pourraient se diriger davantage vers les métiers en tension, comme la forge ou la fonderie", détaille Laurent Champaney, responsable du Bachelor d’Arts et Métiers.

Le Bachelor vise la professionnalisation, avec des stages et des projets pratiques. Néanmoins, force est de constater que dans la première promotion, qui sera diplômée en juin 2017, la majorité des étudiants entendent... poursuivre leurs études.

Nous avions l’impression qu’il manquait un chaînon. Les entreprises n’ont le choix qu’entre un technicien issu d’un BTS ou d’un DUT et un ingénieur.
(O. Paillet) 

Une autre école, privée quant à elle, s'est lancée sur la voie du bachelor. L'Eseo, basée à Angers et Paris et spécialisée dans l'électronique, propose, depuis la rentrée 2016, un Bachelor sur les solutions numériques connectées. La formation a ouvert avec 24 étudiants, et accepte les bacheliers S, ES spécialité maths et STI2D. "Nous avions l’impression qu’il manquait un chaînon dans le numérique.

Ceux qui s’y intéressent doivent forcément faire un bac+5 et les entreprises n’ont le choix qu’entre un technicien issu d’un BTS ou d’un DUT et un ingénieur. Nous avons été soutenus par beaucoup d’entreprises dans cette démarche", explique le directeur, Olivier Paillet. Coût de la formation : 15.000 euros à Angers et 18.000 euros à Paris. Là où Arts et Métiers exige 190 euros par an, coût équivalant à celui d'une année en cursus universitaire de licence.

En attente du feu vert

Dans l’ombre, de nombreux autres établissements réfléchissent sur le sujet, mais attendent un feu vert généralisé. C’est le cas de l’Eigsi, à La Rochelle. "Dès qu’un Bachelor est annoncé, je me lance ! Mais je veux d’abord un référentiel et une position de l’État sur la question, avec la détermination d’un grade", souligne Sylvain Orsat, le directeur. 

Même discours du côté d’Yncréa, qui regroupe les écoles HEI, ISA et Isen. Les directeurs sont formels : la demande des entreprises est là, ils se lanceront dès la création d’un référentiel

Des Bachelors pour les étudiants internationaux

En parallèle, deux autres institutions françaises travaillent sur des Bachelors destinés à un tout autre public, international. D’un côté, Centrale Nantes, qui a créé en septembre 2016 son cursus en trois ans en "sciences de l’ingénieur" sur son campus à l’île Maurice, destiné aux étudiants étrangers, avec une possibilité de continuer les études jusqu’au master. Le tarif est de 7.000 euros par année, l’établissement revendique une première promotion de 29 étudiants.

De l’autre, l'École polytechnique lancera à la rentrée 2017 son propre cursus en trois ans. D’abord annoncé pour 2018, ce Bachelor dispensé en anglais s’adresse principalement à des étudiants étrangers, "des candidats excellents à très haut potentiel qui soient prêts à étudier dans un environnement international compétitif", précise l'école, qui ajoute que "la vocation première du Bachelor est d’ouvrir les portes à des formations de niveau master", notamment celles proposées par l’Université Paris-Saclay.

Laura Makary  |  Publié le , mis à jour le

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