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Enquête | Politique

Idex : les universités remettent en jeu les millions

Camille Stromboni  |  Publié le , mis à jour le

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Université Toulouse 3 Paul Sabatier
A Toulouse, le projet a évolué dès les premiers mois : au lieu d'une fusion, les établissements ont opté pour un modèle fédéral, qu'ils ont mis en place durant les premières années de l'Idex. // © UPS

Les huit premiers lauréats de la compétition des Idex rendent leurs copies le 22 décembre 2015. Et s'apprêtent à retourner devant le jury. Avec, pour certains pôles universitaires, comme PSL, Toulouse, Sorbonne Universités ou Saclay, d'importants changements à défendre.

Rendu des dossiers le 22 décembre 2015, visite sur site et oraux au printemps 2016, verdict avant l'été 2016. Les huit lauréats de l'Initiative d'excellence retrouvent les bancs de la compétition, près de quatre ans après avoir obtenu le label d'excellence avec les intérêts d'un capital allant de 700 à 950 millions d'euros.

Aix-Marseille, Bordeaux, Strasbourg, Toulouse, Sorbonne Universités, Sorbonne Paris-Cité, Saclay et Paris Sciences et Lettres vont être de nouveau évalués par le jury international sur leurs projets, mais aussi sur le bilan des actions menées. En jeu : la reconduction – définitive ou temporaire – de ce soutien financier conséquent.

Avec, pour plusieurs lauréats, d'importantes évolutions depuis le premier blanc-seing du jury, qui date de 2011-2012.

PSL : élargissement du périmètre

À PSL (Paris Sciences et lettres), le périmètre s'est élargi, avec l'association de quatre établissements de renom : l’EPHE, l’EHESS, l’EFEO et l’École des chartes. "Ces associations nous apportent des interactions nouvelles avec les sciences humaines et sociales plus que prometteuses", se réjouit Thierry Coulhon, président du pôle de la Montagne-Sainte-Geneviève, qui unit notamment Dauphine, l’ENS ou encore les Mines ParisTech.

Quant à la gouvernance du regroupement, Thierry Coulhon soutient qu'il n'y a pas eu de changement majeur. "PSL n’a jamais promis de fusion entre ses établissements, assure le responsable, démentant les bruits de couloirs sur le sujet. Et nous persistons bien évidemment en ce sens."

C’est un droit à l’expérimentation que défend le président de PSL pour son Idex. "La gouvernance actuelle fonctionne, mais nous souhaitons aller plus loin, en construisant un modèle nouveau", espère-t-il.

Toulouse : la voie fédérale, pas la fusion

À Toulouse, en revanche, c'est bien la fusion qui était inscrite dans le projet retenu par le jury... Avant un retournement en faveur du fédéralisme, et ce, dès le conventionnement avec l'État. "Nous persévérons dans la voie fédérale et nous l'amplifions même, en allant toujours plus loin dans la mise en commun, notamment en matière de politique scientifique", explique Marie-France Barthet, à la tête de la Comue toulousaine.

Consciente que ce changement de braquet risque d'être questionné par le jury, l'universitaire se dit sereine. "Les actions labellisées par le jury sont celles que nous avons mises en œuvre. Et de manière intégrale : nous avons exécuté tout ce sur quoi nous nous étions engagés", insiste-t-elle.

"Lorsque le projet était celui d'une fusion, il n'y avait pas encore eu la loi "Fioraso" et les Comue (Communauté d'universités et établissements), rappelle-t-elle également. La voie fédérale est la seule qui permet de travailler ensemble de manière efficace sur un site complexe comme le nôtre, avec des universités mais aussi 17 écoles d'ingénieurs – au total 6 ministères de tutelle ! – et cinq organismes de recherche. Notre action le prouve."

UPMC ©CStromboni 2012

Sorbonne universités, sans Paris 2

À Sorbonne Universités, ces trois années ont donné lieu à un changement de périmètre de taille. L'université Paris-Sorbonne - Paris 4 et l'UPMC (université Pierre-et-Marie-Curie) ont en effet vu Paris 2 quitter le regroupement, suite à la crise de 2013, remettant en question la grande université pluridisciplinaire. La juriste de la rue d'Assas craignait de se voir imposer des choix par ses deux homologues et arguait de l'inefficacité d'un tel rapprochement.

"Nous avons depuis signé un accord d'association avec l'université Paris 2, souligne Thierry Tuot, président de la Comue parisienne. Nous n'avons jamais arrêté de travailler ensemble et ils restent des partenaires à part entière de notre Idex."

Quant à la "création d'une université", promise au jury en 2012, le responsable met en avant la fusion portée par les présidents de Paris 4 et de l'UPMC, s'ils sont réélus en mars 2016. "Nous avons pris un petit peu de retard, reconnaît le responsable. Mais nous sommes les seuls, à Paris, à prévoir une nouvelle université ! Et c'est bien plus qu'une promesse : nos deux communautés vont, je l'espère, valider ce choix lors des élections présidentielles. Nous arriverons devant le jury au printemps avec ce vote, ainsi qu'une structure provisoire pour une création au 1er janvier 2018."

"Nous commençons à deux, mais, bien sûr, l'université de technologie de Compiègne et Paris 2 ont vocation à l'intégrer", espère Thierry Tuot.

Saclay sous forte tension

Demeure une grande inconnue : l'université Paris-Saclay, tiraillée entre les préconisations contradictoires des ministères de tutelle des différents établissements.

Avec une question qui cristallise les désaccords : quelle intégration pour chacun dans le regroupement francilien, certains étant plus ou moins enclins à se fondre dans la Comue ? Connue pour sa position frileuse, l'École polytechnique freine, préférant une "conjugaison" des forces. Une attitude désormais clairement soutenue par sa tutelle, qui a annoncé, le 15 décembre 2015, sa volonté de voir émerger au sein de Saclay une "association" d'écoles d'ingénieurs, dont la structure reste à déterminer.

On ne peut ni "envisager" un échec de l'Idex, ni une modification du périmètre, défend-on rue Descartes. "Il faut dépasser la dualité qui existe de manière séculaire entre université et écoles, a martelé le secrétaire d'État Thierry Mandon. L'accord entre les 18 membres, obtenu sur le fil, semble aller en ce sens.

Reste à voir comment le jury réagira à cette situation complexe.

Les cas particuliers : Lyon et Hésam
Recalée en 2012 lors de la première vague de sélection des Idex (Initiative d'excellence), puis consolée avec un financement de 27 millions d'euros sur trois ans, l'Université de Lyon-Saint-Étienne dépose elle aussi son dossier le 22 décembre 2015. En ayant travaillé sur ses deux points faibles : la gouvernance et le lien avec le tissu économique.

Notre article : Idex 2 : l'Université de Lyon plus que jamais sur les rangs

Quant à Hésam, le regroupement parisien qui avait été distingué de la même manière que Lyon, Laurent Carraro a annoncé, dès septembre 2015, qu'il ne retournerait pas dans la compétition.

"Ce serait beaucoup d’énergie et de temps perdus, pour un résultat connu d’avance, a justifié le président. Nous avons rencontré cet été le ministère de l’Enseignement supérieur et les règles du jeu ne vont pas changer. Ce qui signifie, étant donné la manière dont nous concevons la gouvernance de notre pôle, que nous n’avons aucune chance."

Notre article : Hésam Université sort de la compétition des Idex

Camille Stromboni  |  Publié le , mis à jour le

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