Assassinat de Samuel Paty : un an après, les professeurs toujours dans le flou

Clément Rocher
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Assassinat de Samuel Paty : un an après, les professeurs toujours dans le flou
Un an après l'assassinat de Samuel Paty et la vive émotion suscitée dans la communauté éducative, les profs réaffirment leur besoin de formation et de soutien. // ©  Eric TSCHAEN/REA
Le 16 octobre 2020, Samuel Paty, professeur d’histoire-géographie de 47 ans, a été brutalement assassiné, à proximité de son collège du Bois d'Aulne à Conflans-Sainte-Honorine. Un an après le drame, la communauté éducative cherche encore des solutions pour évoquer certains sujets sensibles.

L'émotion est encore vive parmi les enseignants, un an après l'attentat. "Nous nous sommes pris un tsunami en pleine face, une sorte de séisme dont nous ressentons encore les répliques un an après, témoigne Christine Guimonnet, professeure d’histoire-géographie au lycée Camille-Pissarro à Pontoise (95) et secrétaire générale de l’association des professeurs d’histoire-géographie (APHG). Nous n’acceptons pas ce qui s’est passé. La manière dont il a perdu la vie a été extrêmement choquante."

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"Le soutien de l'institution ne doit pas faire débat"

Pour certains enseignants, le manque de soutien – de l'institution, comme de ses pairs – à Samuel Paty avant son assassinat a aussi été un révélateur. "Certains de ses collègues s’étaient désolidarisés, cette situation nous avait beaucoup préoccupés. Quand nous sommes confrontés à un problème, une tentative d’agression ou toute autre forme de violence de la part des élèves ou des parents. Nous devons nous entraider et faire corps", estime Christine Guimonnet.

Et ce mois-ci, c'est une autre affaire qui a permis de mesurer une certaine amélioration dans la réaction des institutions. Un lycéen de 18 ans a violemment bousculé sa professeure lors d’un cours d’économie-gestion au lycée des métiers Jacques-Prévert, à Combs-la-Ville (77). Le jeune homme a été condamné en comparution immédiate ce mercredi 13 octobre. L’académie de Créteil a apporté son soutien à la suite de cette agression et la direction du service départemental de l'Éducation nationale (DSDEN) de Seine-et-Marne s'était rendue dans l'établissement.

Christine Guimonnet se félicite de l'appui apporté par l'Etat dans cette affaire. "Le soutien de l’institution ne doit pas faire débat. Il est important d’avoir un accompagnement et de se mettre immédiatement aux côtés du professeur victime de ce type de comportement afin qu’il ne se sente pas isolé."

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Enseigner la liberté d'expression sans se censurer

Ce drame a aussi remis au centre des enjeux la question de la liberté d'expression et de la laïcité. Pour Christine Guimonnet, les professeurs ont toujours vocation à aborder certains sujets de société en cours d’éducation morale et civique. "Je n’ai pas envie de me censurer pour travailler. Ce n’est pas du tout un problème de pratique pédagogique. Ceux qui se censurent n’en parlent pas. Chacun va gérer la situation comme il l’entend. Mais plus le professeur a la certitude que l’institution va l’épauler, moins il va se censurer."

Mais pour certains professeurs, les échanges peuvent rapidement devenir tendues dans certains établissements. "Les élèves sont de plus en plus violents dans leurs paroles et contestent les cours dispensés. Nous sommes confrontés au quotidien à des élèves difficiles. Une collègue de mon établissement a été confrontée à un élève radicalisé qui affirmait qu’il se rendrait en Syrie", alerte Marion Lescalle, professeure d'histoire-géographie dans un lycée à Méru (60), qui pointe aussi le manque de moyens accordés par le ministère.

Christine Guimonnet temporise. "Les contestations prennent de l’ampleur mais il ne faut ni les généraliser, ni les minimiser. L’école n’a jamais été un sanctuaire. Il n’y a jamais eu un âge d’or où il n’y avait pas de problème. On ne peut pas penser que dans les années à venir, il ne se passera plus rien dans les établissements scolaires. Je ne travaille pas sur les utopies."

Pour l'enseignante, il est nécessaire de susciter de la curiosité chez les élèves pour développer leur esprit critique. "L’anthropologie religieuse et culturelle, c’est une découverte pour eux. Quand il y a des discussions un peu vives, il faut canaliser et vérifier qu’il n’y ait pas de confusion sémantique. Il faut leur dire qu'ils sont capables d’avoir une pensée construite. L'espace scolaire doit être à l’abri du prosélytisme politique et religieux. Les élèves ne viennent pas en classe pour pratiquer leur religion ou faire du militantisme en classe."

Pour répondre à ces enjeux, le gouvernement notamment lancé un plan de formation initiale et continue aux principes de laïcité et aux valeurs de la République à la rentrée de septembre 2021. A voir si ce plan est suffisant aux yeux de la communauté éducative…

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