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Les CPGE économiques et commerciales n'ont pas fait le plein en 2018

Marie-Alix Maes
Publié le
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Lycée Henri 4 - Paris - Septembre 2015
Les grandes écoles continuent d’apprécier les profils issus de prépas : les cinq écoles les mieux classées ont ouvert cette année 100 places supplémentaires au concours. // ©  Camille Stromboni
En septembre 2018, les classes préparatoires économiques et commerciales ont enregistré une baisse significative de leurs effectifs. Un repli dû notamment à la réforme du cursus ECT, à l’étalement du calendrier Parcoursup et à la concurrence d’autres filières.

Dans une note de service émise début février 2019, le ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation souligne la diminution des effectifs en CPGE (classes préparatoires aux grandes écoles) en 2018.

À la rentrée dernière, 85.100 étudiants ont été recensés, soit 1.350 élèves de moins (- 1,6 %) que l’année précédente. Une baisse plutôt inattendue puisque, comme le note la Rue Descartes, elle "intervient après une hausse quasi-continue jusque-là", "dans un contexte pourtant de forte croissance du nombre de bacheliers en 2018".

La filière subissant le plus ce repli est la branche économique, avec une baisse de 5,4 % de ses effectifs, soit près de 1.000 étudiants en moins. Les branches ECS (économiques et commerciale option scientifique), ECE (option économique) et ECT (option technologique) engrangent donc près de 80 % de la diminution des inscriptions en CPGE.

Pour Christian Chenel, directeur des admissions et concours, l’évolution des effectifs est principalement due à la réforme du cursus ECT. En 2018, une baisse de 18 % des effectifs en première année et de 28 % en deuxième année a été enregistrée.

"En mars 2018, la BCE (Banque commune d’épreuves) a annoncé qu'en 2020, seuls les titulaires d’un bac technologique pourraient accéder à la filière ECT, afin de sanctuariser cette voie, rappelle Christian Chenel. Le Maroc, qui envoyait un certain nombre de bacheliers S en ECT, a anticipé ces changements depuis deux ans, d’où cette baisse significative."

Un "effet Parcoursup"

Par ailleurs, d’aucuns voient un lien direct entre l’inauguration de la plate-forme Parcoursup et la baisse des effectifs en classes préparatoires économiques. "L’année dernière, le calendrier était très étalé, avec un échelonnement des réponses très long, note Véronique Bergé, directrice de l'enseignement supérieur du lycée Notre-Dame-du-Grandchamp, à Versailles. Des candidats attendaient toujours une réponse début septembre. Certains ont paniqué et se sont rués vers d’autres filières."

Pour assurer leurs arrières, certains bacheliers ont donc préféré abandonner leur souhait d’intégrer une prépa, plutôt que de se retrouver sans solution de repli à quelques jours de la rentrée. D’autant que, selon Alain Joyeux, président de l’APHEC (Association des professeurs des classes préparatoires économiques et commerciales), "certaines prépas hors-contrat ou filières postbac privées demandent des chèques d’acompte très tôt dans l’année scolaire. Ce qui crée une pression supplémentaire pour les familles."

Proviseurs et professeurs accueillent donc avec soulagement le raccourcissement du calendrier de la procédure Parcoursup cette année : dès le 20 juillet 2019, tous les candidats devraient être fixés sur leur affectation.

Une concurrence accrue

Cette chute du nombre d’étudiants en classes préparatoires commerce est-elle seulement conjoncturelle ou peut-on y voir une diminution de l’attractivité du cursus ? "Nous observons un paradoxe, constate Alain Joyeux. Bien que le nombre d’inscrits en 2018 ait chuté, nous avons reçu beaucoup plus de candidatures que l’année précédente."

Un phénomène qui épargne toutefois les CPGE préparant aux écoles les plus réputées, dont les effectifs ne connaissent pas de crise. "Notre cas n'est pas représentatif, puisque nous préparons essentiellement aux cinq premières écoles", avance Martine Breyton, proviseure du lycée Henri IV.

Cependant, tout le monde s’accorde à dire que les prépas économiques manquent de visibilité dans le panel de formations proposées aujourd’hui. Sciences Po, Dauphine, les écoles de commerce postbac, les formations à l’étranger… Le choix est vaste. Trop, peut-être ?

Sans compter que les candidats ont parfois une vision erronée des prépas commerciales : "L’approche pédagogique a beaucoup changé et l’accent est mis sur l’accompagnement, mais il faut certainement que nous le fassions davantage savoir pour éviter que les lycéens s'auto-censurent", ajoute la proviseure parisienne.

Renforcer le continuum prépas-grandes écoles

"Nous avons un vrai défi à relever pour convaincre les candidats potentiels de la valeur ajoutée d'une classe prépa économique. C'est la condition pour développer l’attractivité de notre filière, admet Alain Joyeux. Aujourd'hui, il y a encore des jeunes qui confondent le programme grande école et le Bachelor."

Une confusion sans doute entretenue par la diversification des voies de recrutement aux écoles de management, dont l'accès s'est élargi aux étudiants titulaires d'un BTS, d'un DUT ou d'une licence. "De même, le Bachelor en trois ans monte en puissance, comme le BBA (Bachelor of Business Administration) en quatre ans, et ils sont tout deux proposés dans les écoles de haut de tableau," démontre Christian Chenel.

Pourtant, les grandes écoles continuent d’apprécier les profils issus de CPGE : les cinq écoles les mieux classées ont ouvert cette année 100 places supplémentaires au concours. "Un signal fort envoyé aux prépas", estime le président de l’APHEC. L’ensemble des acteurs travaille donc sur le continuum CPGE-grandes écoles afin d’être mieux identifiées et sur une meilleure communication sur la cohérence du parcours.

Enfin, avec la réforme du bac, un autre défi se profile pour les prépas économiques. À l’heure où les élèves de secondes émettent leurs premiers choix de spécialités, les exigences des écoles et des CPGE ne sont pas encore entièrement connues officiellement, même si, selon toute vraisemblance, les mathématiques devraient faire partie des matières à privilégier.

"Les jeunes manquent réellement d'informations, déplore le directeur de la DAC. Nous espérons que les écoles de management prendront rapidement position pour communiquer sur leurs attentes."


Marie-Alix Maes | Publié le

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