La CDEFI s'inquiète d'un ralentissement de la croissance des effectifs en écoles d'ingénieurs

Clément Rocher
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La CDEFI s'inquiète d'un ralentissement de la croissance des effectifs en écoles d'ingénieurs
Croissance des effectifs en école d'ingénieurs, plan de sobriété énergétique : les priorités de la CDEFI pour 2022-2023. // ©  Romain GAILLARD/REA
Lors d'une conférence de presse, la CDEFI met en avant plusieurs dossiers prioritaires. Si les écoles d'ingénieurs connaissent une progression du nombre d'élèves-ingénieurs, la CDEFI s'inquiète du ralentissement de cette croissance. Autre sujet d'alerte, le plan de sobriété énergétique qui risque de peser dans le budget des établissements.

La croissance des effectifs en école d'ingénieurs pourrait s'essouffler très prochainement. "Nous avons des signaux d’alerte qui sans être critiques sont importants", s'inquiète Jacques Fayolle, directeur de Mines Saint-Étienne, lors d'une conférence de presse de la CDEFI qu'il préside.

En 2020–2021, on dénombrait 154.400 étudiants en cycle ingénieur, selon le panorama annuel des écoles françaises d’ingénieurs, publié par la CDEFI au mois de juin 2022. Mais si le nombre d’inscrits en cycle ingénieur connaît une augmentation de 2,5% par rapport à l’année précédente, la croissance était de 19,5% en cinq ans.

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Le ralentissement de la croissance des effectifs lié à la réforme du lycée

Jacques Fayolle pointe plusieurs causes à l'origine de cette décélération. Tout d'abord, la réforme du lycée, au travers du choix des spécialités, a selon lui notamment conduit à une désaffection des lycéens pour les disciplines scientifiques. Par ailleurs, les établissements commencent à subir un impact démographique du fait du nombre de jeunes qui décroît.

Autre élément d'attention de la CDEFI, la formation par apprentissage favorise de manière très forte la croissance des effectifs en école d'ingénieurs. Mais l'évolution du nombre d'apprentis demeure inférieure à celle d'autres formations. En 2019, les apprentis ingénieurs représentaient plus de 13% des apprentis du supérieur contre 39% issus de BTS, par exemple.

"Nous appelons à un soutien du coût complet des formations par la voie de l’apprentissage en école d’ingénieurs, affirme Jacques Fayolle. Nous n’avons pas utilisé cette réforme pour faire de la croissance de manière déraisonnée mais en réponse aux besoins des entreprises."

Plus de la moitié des apprentis admis en cycle ingénieur en 2020 sont titulaires d'un DUT. Ainsi, la CDEFI se montrera particulièrement attentive à l'impact de la transformation du DUT en BUT (bachelor universitaire de technologie), passant de deux à trois années d'études. Cette réforme serait également susceptible d'avoir des conséquences sur les effectifs en école d'ingénieurs.

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Les écoles d'ingénieurs à l'heure de la sobriété énergétique

La CDEFI a également évoqué l'enjeu de la sobriété économique alors que la hausse des prix de l'énergie touche fortement les établissements du supérieur. Les écoles d'ingénieurs ne font pas exception à la règle. "Il faut effectivement s’améliorer et faire notre part d’effort pour sauver la planète", intervient Christian Lerminiaux, président du conseil d'orientation stratégique et directeur de Chimie ParisTech.

Les écoles d'ingénieurs sont confrontées à des problématiques multiples en termes de consommation énergétique : assurer les cours aux étudiants, y compris les travaux pratiques, et poursuivre les activités de recherche. "Dans quelle mesure pouvons-nous continuer à assurer nos missions de recherche dans le futur ?", s'interroge-t-il.

La consommation électrique représente un point particulièrement critique dans le budget énergétique qui passerait de 2,5% à 15% dans le budget total des établissements (soit une hausse de 500% en moyenne par école). La CDEFI réfléchit aux mesures à mettre en place alors même que les ministères de tutelle des écoles ont indiqué ne pas vouloir apporter de soutien financier dans l'immédiat.

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Renforcer la diversité sociale dans les écoles d'ingénieurs

Romuald Boné, vice-président de la CDEFI et directeur de l'Insa Strasbourg, a aussi attiré l'attention sur le manque de diversité sociale dans les écoles d'ingénieurs. "Il est clair que les difficultés des étudiants persistent. Nous commençons à quantifier attentivement le rapport entre la diversité sociale et la réussite dans les études d’ingénieurs. La réussite des étudiants nécessite un certain nombre de dispositifs", explique-t-il.

Les écoles d'ingénieurs participent au débat pour lutter contre la précarité étudiante. Une concertation pilotée par le délégué interministériel Jean-Michel Jolion a été lancée au début du mois d'octobre pour une réforme des bourses étudiantes. "Nos élèves boursiers sont en situation plus précaire que les autres. Il faut réfléchir à comment on révise le système de bourses pour mieux identifier les besoins. Il faut mener une réflexion sur des bourses de vie qui viennent couvrir les dépenses."


Clément Rocher | Publié le