Colloque CDEFI : les écoles d'ingénieurs face aux enjeux de la réindustrialisation et de la transition écologique

Clément Rocher
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Colloque CDEFI : les écoles d'ingénieurs face aux enjeux de la réindustrialisation et de la transition écologique
Alexis Michel de l'ENIB et Yves Bamberger lors de la table ronde "Compétences d’avenir et enjeux de souveraineté en France et en Europe en 2030" du colloque de la CDEFI; // ©  Conférence des directeurs des écoles d'ingénieurs françaises
Les écoles d'ingénieurs ont besoin de nouvelles compétences pour accompagner l'innovation et faire face aux enjeux de réindustrialisation, de transition écologique et de souveraineté. Lors du colloque annuel de la CDEFI, début juin, les établissements ont notamment échangé sur leur capacité à attirer les jeunes générations pour répondre aux besoins en recrutement des entreprises.

Les écoles d'ingénieurs ont "une place essentielle" dans les enjeux de réindustrialisation et environnementaux. C'est ce qu'a rappelé Jacques Fayolle, le président de la CDEFI en ouverture du colloque annuel de la conférence organisée les 2 et 3 juin à Poitiers.

Il a également souligné le manque d’investissement pour pouvoir y répondre. "Nous avons besoin de moyens financiers et humains pour accompagner cette innovation et cette réindustrialisation. Notre nation n’investit pas assez sur son innovation et sa recherche", estime ainsi le président de la CDEFI.

Lors d'une table ronde sur les "Compétences d’avenir et enjeux de souveraineté en France et en Europe en 2030", les intervenants ont balayé les défis qui attendent les écoles d'ingénieurs pour soutenir concrètement la réindustrialisation et la transition écologique d'ici 2030.

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Le métier d'ingénieur informatique en forte croissance d'ici 2030

Côté métiers, les professions d'ingénieur informatique et d'ingénieur et cadre technique de l’industrie sont particulièrement attendues en 2030 selon l'étude sur "Les perspectives des métiers à l'horizon 2030" de France Stratégie. En 2030, il y aurait ainsi 115.000 postes d’ingénieurs de l’informatique en plus à pourvoir, soit une hausse de 26% par rapport à 2019.

"C’est un métier qui connaît une très forte croissance depuis des décennies. On a aussi une numérisation de l’économie accentuée par la pandémie. La France n’est pas bien classée dans ce domaine par rapport à ses voisins européens. Nous avons un retard à rattraper", analyse Cécile Jolly, cheffe de projet et co-auteure du rapport "Métiers en 2030" à France Stratégie.

Selon l'étude de France Stratégie, les ingénieurs de l’informatique devraient accueillir 120.000 diplômés du supérieur en plus d’ici 2030. Ces derniers formeraient alors 96% des effectifs du métier. "On a de faibles déséquilibres entres les viviers de recrutement et les besoins de recrutement. Nous avons un système de formation initiale qui couvre une grande partie des besoins", poursuit Cécile Jolly, qui pointe néanmoins le problème constant de mixité de genre dans ce secteur stratégique.

Repenser les secteurs clés avec un scénario bas carbone

France Stratégie a également mené son étude en réfléchissant à une trajectoire de décarbonation de l’économie française. "Par rapport au scénario de référence, le scénario bas carbone se caractériserait principalement par un surcroît annuel d’investissement de l’ordre d’un point de PIB", précise l'étude.

Ce scénario conduirait à la création de 200.000 emplois supplémentaires sur la période 2019–2030, dont 120.000 emplois supplémentaires dans la construction. "Le bâtiment est un secteur sur lequel il faut mettre l’accent pour décarboner l’économie française. La rénovation énergétique est centrale dans cette trajectoire. On a une attention particulière à porter dans ces secteurs sur le système de formation initiale et continue", poursuit Cécile Jolly.

Le bâtiment est un secteur sur lequel il faut mettre l’accent pour décarboner l’économie française. (C. Jolly, France Stratégie)

Yves Bamberger, vice-président de l’Académie des technologies a pour sa part rappelé l’importance de développer des compétences dans les métiers traditionnels notamment en génie chimique ou en génie civil. "Si l’urgence climat est une vraie urgence, ce sont les technologies actuelles qu’il faut développer. Il ne faut pas avoir de déficit dans ces métiers-là. La France aura besoin d’ingénieurs et de leurs compétences pour réussir la transition énergétique et la réindustrialisation."

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L'attractivité du métier d'ingénieur auprès des filles en question

Face à ces enjeux de souveraineté, la question de l’égalité des genres apparaît comme centrale pour le recrutement. "C’est un vrai levier pour atteindre les objectifs en matière d’emploi. La temporalité de rattrapage est potentiellement sur 25 ans", alerte Alexis Michel, directeur de l’ENIB et président de la commission International et développement de la CDEFI. "Il y a des actions à mener tout de suite. Les filles réussissent mieux en maths mais ne se destinent à ces formations-là", poursuit Cécile Jolly.

La France aura besoin d’ingénieurs et de leurs compétences pour réussir la transition énergétique et la réindustrialisation. (Y. Bamberger, Académie des technologies)

Un sujet dont la CDEFI s’est emparée depuis de nombreuses années. "Il faut travailler sur l‘attrait des sciences auprès des jeunes femmes. On voit de beaux parcours de jeunes femmes dans les écoles. Il y a 28% de femmes élèves-ingénieures. Ce n’est pas une spécificité française mais on ne peut pas s’en satisfaire", reconnaît Jacques Fayolle.

Alexis Michel ne cache pas son inquiétude sur la capacité d’attractivité du métier d’ingénieur auprès de la nouvelle génération. "On manque d’une étude robuste. Mais beaucoup d’étudiants sont en interrogation. Ce n’est qu’une hypothèse mais ce phénomène va s’accentuer. Il faut repenser la manière dont on se présente. L’attractivité et la capacité de rétention des écoles d’ingénieurs doivent être considérée dans la construction des formations."


Clément Rocher | Publié le