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La démocratie universitaire à l’épreuve des ordonnances

Guillaume Mollaret
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En 2018, , faute de pouvoir être réunis, les conseils centraux de l’université Toulouse Jean-Jaurès ont été dissous par le ministère de l’Enseignement supérieur.
En 2018, , faute de pouvoir être réunis, les conseils centraux de l’université Toulouse Jean-Jaurès ont été dissous par le ministère de l’Enseignement supérieur. // ©  Mathieu Oui
Les textes parus en décembre permettent aux présidents d’université de faire entrer plus de personnes non-élues au sein des établissements expérimentaux. Une perspective qui ne réjouit guère les syndicats.

Lieu de débat ou simple chambre d’enregistrement de la volonté présidentielle ? Sur le blog Alternative Unistra, qui regroupe des élus de l’opposition à la présidence de l’Université de Strasbourg, le ton est à l’ironie grinçante. Dans un billet titré "Un CA ordinaire dans une université extraordinaire", Julien Gossa, enseignant et, par ailleurs blogueur EducPros, dépeint le conseil d’administration de son établissement comme une réunion où l’opposition a du mal à faire entendre sa voix.

Un cas qui n’est pas isolé dans l’Hexagone. "Dans un système de fonctionnement où les questions posées en conseil ne sont pas ouvertes, mais où il s’agit de se prononcer 'pour' ou 'contre', ce n’est pas seulement démotivant, on se sent inutile", précise Julien Gossa.

Démocratie préservée ?

Ce sentiment d’impuissance n’est cependant pas partagé partout et par tous. "Il ne faut pas généraliser. Certains conseils de certaines universités ont une culture du débat contestataire, liée à leur histoire", nuance Philippe Raimbault, président de la commission juridique de la CPU et président de l’Université fédérale de Toulouse.

Ainsi, l’an dernier, les conseils centraux de l’université Toulouse-Jean-Jaurès ont été dissous par le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, faute de pouvoir se réunir. La raison ? Le président de l’époque, Daniel Lacroix, avait cherché à faire passer le projet d'université intégrée, contre l’avis d’un vote consultatif mené par les personnels et les étudiants.

Lire aussi : À Toulouse 2, une dissolution des conseils centraux pour sortir du blocage

Moins de membres élus

Du côté des syndicats, des représentants des membres du personnels et des étudiants, on s’inquiète d’une représentativité que les ordonnances ministérielles, publiées en décembre, pourraient faire reculer.

Les textes prévoient en effet qu'au sein des "établissements expérimentaux", le président de l’université a le pouvoir de réduire jusqu’à 40 % des membres du conseil d’administration, le nombre de membres élus au profit de membres nommés. "Dans certains établissements pouvant compter 30.000 à 40.000 étudiants, seulement deux d'entre eux siégeront dans les différents conseils, pointe Mélanie Luce, la présidente de l’Unef. Les regroupements ne doivent pas s’opérer au détriment du service aux étudiants."

Démotiver les volontaires ?

Cette représentativité pourra même être réduite à 30 % quand "l'établissement public expérimental ne regroupe aucune université", dit le texte. "Les 'Grandes écoles' ont une peur bleue de la démocratie universitaire. Et les textes vont dans leur sens, regrette Henri Christofol, secrétaire général du Snesup-FSU et maître de conférences à l'université d'Angers. Le risque est de démotiver davantage encore les personnels qui pourraient se porter volontaires aux élections."

"Il s’agit plutôt d’un assouplissement, relativise, pour sa part, Philippe Raimbault. On se rapproche en effet du fonctionnement de certaines écoles. Et chaque établissement expérimental n’a pas pour obligation d’appliquer ce taux minimum."


Guillaume Mollaret | Publié le

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