L'EPF souhaite atteindre "les 50% de femmes étudiantes d'ici 2028"

Clémentine Rigot Publié le
L'EPF souhaite atteindre "les 50% de femmes étudiantes d'ici 2028"
L'EPF entend élargir son recrutement féminin. // ©  Patrice Lariven/EPF
L'école d'ingénieurs présente son plan stratégique 2023-2028 avec un cap défini : "redevenir l'école d'ingénieurs de référence sur la formation des femmes" en accueillant 50% d'étudiantes et développer la fondation à laquelle elle appartient.

"Devenir une école de pointe engagée sur les questions d'égalité et de diversité". C'est l'objectif, à l'horizon 2028, que s'est fixé l'EPF, mardi 11 juin, lors de la conférence de presse entérinant son nouveau plan stratégique.

Fondé il y a bientôt 100 ans sous le nom de l'École Polytechnique des Femmes (EPF), l'établissement accueille aujourd'hui 2.700 étudiants sur les différents sites de l'école, à Saint-Nazaire, Cachan, Troyes, Montpellier. Originellement réservé aux femmes, il ouvre ses portes en 1994 aux hommes, devenant mixte.

Mais aujourd'hui la parité n'y est pas établie : seules 35% d'ingénieures sortent diplômées chaque année. Un taux qui place malgré tout l'école en bonne élève, ses consœurs n'accueillant en moyenne que 29% d'étudiantes.

Atteindre la parité d'ici 2028

"Nous souhaitons atteindre les 50% de femmes d'ici 2028", annonce Emmanuel Duflos, directeur général de l'école. Un désir de féminisation qui n'est pas singulier chez les acteurs scientifiques du supérieur, de même que l'ambition d'accroître les effectifs étudiants pour atteindre 3.600 élèves.

L'an passé, Sylvie Retailleau, ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, alertait ainsi, dans nos colonnes, sur les risques des biais scientifiques créés par la trop faible proportion de femmes dans les sciences dures. 

Élargir son vivier de recrutement, repenser les espaces et la pédagogie

Pour atteindre son objectif, l'EPF repense d'abord ses modalités d'accès. "Nous allons imaginer de nouveaux types de recrutement, en nous appuyant sur les nombreuses études qui montrent que les méthodes de concours classiques ne correspondent pas aux jeunes femmes", développe Emmanuel Duflos, qui est également président de la CDEFI (Conférence des écoles françaises d'ingénieurs).

Ce chantier en faveur de la diversité des profils est engagé depuis plusieurs années. "L'école a ouvert ses portes à des élèves avec une spécialité maths mais pas d'autres spécialités scientifiques ou ayant juste des spécialités scientifiques sans maths, mais également aux bacs STI2D". Une filière de recrutement est également ouverte pour les candidats de prépa BCPST.

Au-delà de l'admission, c'est toute l'expérience étudiante et l'ensemble de la formation qui sont retravaillés, allant jusqu'aux lieux de travail eux-mêmes avec la "mise en place d'un groupe de travail femmes/architectes pour repenser les espaces", annonce le plan stratégique.

En se basant sur des études académiques, l'école souhaite repenser la pédagogie actuelle pour l'adapter au mieux au public féminin et attirer, in fine, davantage d'ingénieures. "Il ne suffit pas de mettre en place des bourses attirer les filles", met en garde le directeur, qui plaide pour une refonte en profondeur.

Des groupes de réflexion ont d'ores et déjà été créés pour se concentrer sur le renforcement d'un "environnement de formation exemplaire sur les questions d'égalité" et tendre vers "100% de taux de satisfaction de la population féminine", spécifie le plan stratégique. Les maquettes devront intégrer "’l'ingénierie des transitions, les enjeux de développement durable et les bouleversements apportés par l’IA."

Vers un accompagnement au plus près des étudiantes

L'EPF reste à ce jour la seule école d'ingénieurs à appartenir à une fondation d'utilité publique. Ce sont les valeurs de cette dernière qui guident les grands axes pédagogiques de l'établissement privé, puisqu'elle doit "concourir à la formation des femmes dans les domaines scientifiques et techniques", rappelle le directeur général.

Jusqu'ici "en sommeil", cette fondation devrait jouer un rôle essentiel dans le plan 2024-2028, notamment dans la recherche de nouveaux partenaires et de campagnes de mécénat pour des levées de fonds.

L'EPF souhaite, à terme, devenir l'école "de l'accompagnement et de la bienveillance", promettant un accompagnement personnalisé de tous les étudiants, notamment via le renforcement du mentorat, afin de lever les freins que les femmes "s'imposent spontanément au cours de leur carrière en entreprise (auto-censure, sentiment d'imposture…)".

Côté entrepreneuriat, seuls les projets portés par des équipes mixtes sont désormais admis dans l'incubateur. Création d'un observatoire annuel des carrières des femmes dans l'ingénierie, développement d'une expertise pour accroître l'attractivité des métiers du secteur, mise en place de dispositifs de soutien financier spécifiques… Pour les quatre prochaines années, la fondation a un cahier d'objectifs bien rempli.

Multiplier les partenariats de recherche

L'école souhaite aussi miser sur la "recherche interdisciplinaire", qui mêle les enjeux de demain (transitions, IA, big data, santé, industrie, etc) et développer les partenariats de recherche avec de grandes institutions (université Paris-Saclay, l'IES, ou encore l'UTT).

Un triptyque recherche – formation – innovation que l'EPF souhaite cultiver encore davantage. Le but : "mettre nos élèves ingénieurs en lien avec ces laboratoires, certes pour la recherche, mais également pour la création d'entreprise et de la start-up", explique Emmanuel Duflos.

Le développement de chaires, rattachées à des plateformes industrielles sur les différents sites de l'école est aussi l'une des priorités annoncées.

Et qui dit nouveaux enjeux dit nouvelles méthodes. "Une école d'ingénieurs garantit à l'élève, lorsqu'il est diplômé, d'être employable. Mais avec les nouvelles contraintes, de l'IA ou du développement durable par exemple, il faut réfléchir à la manière d'accompagner nos alumni tout au long de leur carrière pour conserver cette employabilité", projette Emmanuel Duflos.

L'équipe de direction prévoit ainsi de s'appuyer davantage sur le réseau des anciens, qui pourrait s'apporter des expertises et des connaissances tout au long de leur carrière.

Clémentine Rigot | Publié le