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Les fonds d'investissement privés, avenir des écoles de commerce ?

Dahvia Ouadia
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©Guillaume Perret
EM Lyon a été rachetée en juin 2019 par le fonds d'investissement Qualium Investissement et Bpifrance.
Le cabinet Xerfi-Précepta publie une étude sur les stratégies des groupes privés d’enseignement supérieur. La présence de fonds d’investissement privés dans le secteur des business schools n’est pas nouvelle. Le mouvement, amorcé il y a quelques années, s’amplifie avec notamment le rachat emblématique d'EM Lyon par Qualium Investissement.

Les fonds d’investissement privés sont-ils l’avenir des écoles de commerce ? C’est ce que pense Xerfi dans une nouvelle étude qui analyse les stratégies des groupes privés d’enseignement. Et il est vrai qu’avec le rachat d'EM Lyon par Qualium Investissement et Bpifrance en juin 2019, celui d’Inseec U par Cinven début 2019 ou encore l’arrivée d’un nouveau fonds d’investissement Thétys au capital de Galileo Global Education, le marché des fonds d’investissement privés a de beaux jours devant lui.

Pour Thomas Roux, auteur de l’étude, les écoles privées à but lucratif ont souvent une "approche plus pertinente que les écoles classiques" : "Les écoles classiques, comme les associations ou les consulaires vont opter pour des fusions, du renaming, etc. alors que les écoles privées fonctionnent comme des entreprises et sont donc régies par la rentabilité."

Lire aussi : Ouverture du capital des business schools : après EM Lyon, à qui le tour ?

Le modèle de ces écoles privées "peut inspirer des écoles consulaires ou associatives", estime-t-il. Avec plus de 4 milliards d'euros de chiffres d’affaires en 2018/2019, le marché de l’enseignement privé français est en bonne forme. De l’autre côté, les écoles consulaires connaissent des difficultés économiques et un désengagement progressif des chambres de commerce qui interroge sur l’avenir du modèle.

"Le secteur des business schools est rentable s'il est bien géré. On est dans un domaine avec des liquidités abondantes, des taux bas, un business prévisible, du fait de l’entrée des frais de scolarité sur plusieurs années et avec une population étudiante qui va continuer d’augmenter. Sans compter la possibilité de créer de nouveaux programmes bachelor, master ou MBA… Tout est réuni pour que les fonds privés continuent d’investir dans le secteur", estime Thomas Roux.

Les écoles privées misent sur le placement des étudiants

Les écoles appartenant à des groupes privés misent tout sur le placement des étudiants à la sortie et le réseau : "Les enseignements sont plus adaptés aux besoins des entreprises et opérationnels à la différence des écoles classiques qui sont moins réactives", estime l’auteur.

Il prend l’exemple de l’EDC qui est "certes absent des hauts de classement" mais qui "grâce au réseau d’anciens" parvient à placer correctement ses étudiants. Les groupes privés comptent ainsi 20% du total des étudiants en 2018–2019, alors qu’ils en comptaient 13% en 2000.

"Les groupes privés bénéficient de l’excellente dynamique du marché des cadres et de l’émergence de nouveaux postes, notamment liés au digital", selon le rapport de Xerfi.

Lire aussi : Quand les écoles de commerce forment les étudiants au code informatique

Le rachat d'EM Lyon, un tournant dans le secteur

De leur côté, le modèle des écoles de commerce "classiques", et notamment consulaires est axé sur la recherche et la qualité académique, ce qui est "gourmand en capital". Ainsi, le rachat d'EM Lyon en juin 2019 par Qualium Investissement et Bpifrance marque un tournant dans l’univers des écoles. La CCI a en effet choisi de céder ses parts à un fonds privé tout en gardant une minorité de blocage.

Mais la question qui demeure reste le modèle économique de l’école : "Aujourd’hui, EM Lyon est fondée sur l’excellence académique, ce qui est un modèle différent des écoles à but lucratif. Or, l’investisseur Qualium va-t-il accepter de maintenir des fonds pour développer la partie académique ou bien va-t-il demander de la rentabilité avec une hausse du nombre d’étudiants, des programmes, quitte à voir une baisse du nombre d’enseignants ? La question est ouverte", selon Thomas Roux.

Les écoles privées à but lucratif ont souvent une approche plus pertinente que les écoles classiques. (T. Roux)

Pour des écoles avec une certaine notoriété, comme EM Lyon, le fonds devrait miser sur l’investissement. En revanche, pour les petites écoles qui se feront racheter, il est fort probable que des programmes disparaissent, faute d’attractivité.

Pour l’heure, les écoles qui ont adopté le statut d’EESC (Établissement d’enseignement supérieur consulaire) ne sont pas plus attractives aux yeux des investisseurs en raison de certaines contraintes fortes : obligation que la CCI reste majoritaire au capital, impossibilité de se verser des dividendes, part maximale de 33% pour tout nouvel investisseur.

Lire aussi : EESC : un statut qui doit encore convaincre

Des groupes privés indépendants sur la sellette ?

L’étude évoque par ailleurs le cas de certains leaders privés à but lucratif encore indépendants comme Ionis Group ou IGS. Ces groupes sont des cibles potentielles des fonds d’investissement selon Thomas Roux. En effet, "les dirigeants de ces groupes sont vieillissants et peuvent donc se tourner vers des fonds privés pour perdurer".

D’autres types d'acteurs issus de la formation continue, des médias ou encore de l’édition pourraient également s’inviter sur le marché, compte tenu des synergies entre ces secteurs et l’enseignement supérieur.


Dahvia Ouadia | Publié le

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Thomas.

Il est croquignolet d'affirmer ques les écoles 100% privées sont des modèles de réussite, quand on voit que ces ESC font de l'apnée dans les classements depuis 40 ans. Seules les ESC consulaires proposent une formation de qualité, très largement conditionnée par la filère prépa + concours. Par contre, il serait plus pertinent de se demander pourquoi depuis 20 ans les budgets des ESC explosent, et poussent certaines à se vendre au privé pour boucler leur budget. La baisse des subventions (CCI) est une réponse. Mais la vraie raison est la course aux accréditations coûteuses, et à la recherche académique au dépend de l'enseignement, qui éloignent des vraies priorités (= former les cadres du privé). C'est cette errance qui permet aux petits écoles privées d'apparaître comme 'plus efficaces' ... mais ce n'est souvent que de la communication habile.

Jean-Pierre Nioche.

Selon cet article, pour Thomas Roux, auteur de l’étude Xerfi, les écoles privées à but lucratif ont toutes les vertus. Elles ont « une approche plus pertinente », puisqu’elles sont « réglées par la rentabilité ». Leurs enseignements sont « plus adaptés aux besoins des entreprises ». Elles évitent le modèle des écoles classiques axé sur la recherche et la qualité académique, qui est « gourmand en capital ». Ces prétendues vertus sont énoncées sans preuve, comme les croyances dans un catéchisme, sans jamais évoquer le niveau des formations. L’auteur s’interroge in fine sur la volonté des actionnaires de financer le couteux modèle académique suivi jusqu’ici par l’EM Lyon. « La question est ouverte » écrit-il. Une façon de ne pas dire qu’en privatisant EM Lyon, la CCI et la direction de l’école ont pris un risque considérable pour l’école, ses élèves et ses diplômés. Pour en donner la mesure, il suffit de rappeler que, dans le monde, les écoles qui dominent dans les accréditations et les classements internationaux sont des établissements publics ou à but non lucratif.

Frida la blonde.

Pour une fois, la parabole du cordonnier ne s'applique pas : les écoles putassières emploient des méthodes putassières