Précarité étudiante : les établissements mettent la main à la poche

Pauline Bluteau
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Précarité étudiante : les établissements mettent la main à la poche
La précarité étudiante : sujet d'inquiétude des établissements du supérieur, qui cherchent des solutions pour soulager les plus touchés. // ©  natalialeb/Adobe Stock
La question de la continuité pédagogique réglée, universités et écoles s’emparent à présent de la précarité étudiante. Le 31 mars dernier, la ministre de l’Enseignement supérieur a rappelé la nécessité d’apporter un soutien, notamment financier, aux étudiants les plus en difficulté. Un mois après le début du confinement, les établissements se mettent donc en ordre de marche.

Crise sanitaire oblige, les établissements ont décidé de puiser dans leurs ressources pour venir en aide aux étudiants. En plus des 10 millions d’euros supplémentaires débloqués par le ministère, écoles et universités sont parvenues à trouver plusieurs milliers d'euros pour lutter contre la précarité étudiante. Une tâche loin d'être évidente puisque le plus dur reste à venir.

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Des centaines de milliers d’euros versés aux étudiants précaires

Qu’il s’agisse de leurs fonds de roulement, de leurs fonds d’urgence, de leurs fondations ou de la CVEC (contribution à la vie étudiante et de campus), les établissements sont unanimes : ils feront leur possible pour soutenir leurs étudiants, quel qu’en soit le prix.

"L’idée est de tout faire pour que la situation que nous vivons ne soit pas plus préjudiciable qu’elle ne l’est déjà, on assumera donc les conséquences", plaide Jean-Marc Ogier. Le président de l’université de La Rochelle sait qu’il va devoir utiliser les 78.000 € de la CVEC pour aider financièrement les étudiants.

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"Nous avons appelé tous nos étudiants de première année pour catégoriser leur situation et savoir de quoi ils avaient besoin. Et si ce n’est pas suffisant, nous utiliserons le fonds de roulement. Tout dépendra des demandes et des situations."

Une décision apparue comme une évidence alors que la situation économique de l’université est assez tendue.

Nous avons appelé tous nos étudiants de première année pour catégoriser leur situation et savoir de quoi ils avaient besoin. (J-M. Ogier)

A l'inverse, les écoles de commerce sont plus enclines à débloquer des sommes importantes. Montpellier Business School, BSB, Kedge Business School et Burgundy school of business ont, par exemple, avancé 100.000 € supplémentaires pour aider leurs étudiants. SKEMA prévoit, de son côté, de verser 250.000 € au total, en plus du fonds d’urgence permanent. "On doit aider nos étudiants, c’est un dû, estime Céline Claverie, secrétaire générale de Kedge. On a la chance d’être dans une bonne situation financière donc face à la crise, nous devons dépanner les étudiants engorgés financièrement pour faire baisser leur stress."

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Gérer les situations d’urgence

En effet, depuis le début du confinement, nombreux sont les étudiants qui ont vu leurs revenus dégringoler. Soit parce qu’ils ont perdu leur emploi étudiant ou leur stage, soit parce qu’ils ne peuvent plus bénéficier d’aides comme celles des restaurants universitaires. "Il y a plusieurs cas de figure qui sont remontés au fil de l’eau, constate Jacques Fayolle, président de la Cdefi.

D’abord, il a fallu régler la question de la fracture numérique pour assurer la continuité pédagogique, puis nous avons fait face aux difficultés des étudiants internationaux et de ceux en mobilité à l’étranger qui souhaitaient rentrer. Désormais, nous nous préoccupons des étudiants en résidence CROUS et de ceux qui devaient effectuer un stage mais qui se retrouvent sans ressource."

Le message de la Cdefi est clair : les écoles d’ingénieurs restent les premiers interlocuteurs des étudiants, à elles d’objectiver et de suivre les demandes en faisant du cas par cas. Le président de la Cdefi compte sur les ressources de la CVEC pour aider les étudiants même si la majorité des fonds ont déjà été utilisés. "Pour l’instant nous faisons avec les moyens du bord, les CROUS prennent le relais, on verra avec le ministère comment compléter si on dépasse l’enveloppe prévue", indique Jacques Fayolle.

Nous devons dépanner les étudiants engorgés financièrement pour faire baisser leur stress. (C. Claverie)

Concrètement, quelles que soient les difficultés de l’étudiant, la majorité des établissements ont fait le choix de verser des aides financières. C’est le cas de l’université de Montpellier : "C’était beaucoup plus simple à mettre en place : certains avaient besoin qu’on leur rembourse leurs billets d’avion, d’autres qu’on leur paie une clé 4G, qu’on augmente leur forfait téléphonique pour accéder aux cours en ligne ou qu’on leur paie leur loyer… Là, nous leur faisons simplement signer une attestation sur l’honneur précisant à quoi doit servir l’aide financière", détaille Agnès Fichard-Carroll, vice-présidente déléguée à la responsabilité sociale.

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"Une vague" plus importante attendue en avril

Pour chaque demande reçue, des commissions se réunissent pour évaluer l’importance de la prise en charge. Une procédure qui n’a rien d’exceptionnel puisque les établissements proposent déjà des aides financières aux étudiants le reste de l’année.

"Nous avons accéléré le rythme depuis le début du confinement : en mars, nous avons aidé plus de 300 étudiants. La particularité c’est que nous devons faire davantage attention au caractère urgent de la situation mais parfois il faut relativiser le dossier de l’étudiant, c’est pour cela que nous demandons des pièces justificatives", explique Agnès Fichard-Carroll. Relevés bancaires, dépenses quotidiennes, montant du loyer et des éventuelles aides… autant d’éléments qui permettent de déterminer le montant de l’aide, qui va de plusieurs centaines d’euros à plus de 1.000 €.

Nous avons accéléré le rythme depuis le début du confinement : en mars, nous avons aidé plus de 300 étudiants. (A. Fichard-Carroll)

Les établissements craignent surtout que les demandes explosent en avril. "Ça ne va faire qu’empirer parce que c’est un mois entier qui va être amputé aux étudiants, la vague va vraiment arriver maintenant", assure le président de la Cdefi.

Quant au poids de ces dépenses pour les établissements, les responsables préfèrent rester optimistes. "Il faut espérer un déconfinement complet pour l’été, si les activités reprennent en juin cela devrait aller", juge Agnès Fichard-Carroll. "Le budget que nous avons défini nous permet d’aider 2.500 à 3.000 étudiants, pour l’instant nous en accompagnons 16 donc je ne suis pas inquiète pour la suite", confirme la secrétaire générale de Kedge. Le président de la Cdefi, quant à lui, se veut plus mesuré : "La question de l’équilibre budgétaire de nos écoles commence à être abordée. Cette crise a un coût pour les établissements, nous ne faisons pas d’économies, malgré ce que pourrait penser Bercy…"

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