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Les universités alsaciennes sur la voie de l'open access

Sophie Blitman
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Recherche à l'université de Strasbourg - Etudes des civilisations de l'Antiquité de la Préhistoire à Byzance © Patrick Bogner
Recherche à l'université de Strasbourg - Etudes des civilisations de l'Antiquité de la Préhistoire à Byzance © Patrick Bogner

Les universités de Strasbourg et Mulhouse s'apprêtent à créer une archive ouverte institutionnelle pour valoriser les travaux de leurs chercheurs. Focus sur ce projet à l'occasion de la semaine internationale de l'open access, qui se déroule du 20 au 26 octobre 2014.

"Quasiment toutes les universités de la LERU (League of European Research Universities) ont des archives ouvertes institutionnelles… sauf les françaises." Vice-président de l'université de Strasbourg, délégué à la recherche, Paul-Antoine Hervieux entend rattraper ce retard, grâce aux "AOC Alsace" (pour Archives ouvertes de la connaissance). Ce projet, mené par les universités de Strasbourg et de Mulhouse (UHA), auxquelles sont associés l'Insa et la BNU (Bibliothèque nationale et universitaire) de Strasbourg, vise à rassembler sur un même portail l'ensemble de la production scientifique des établissements, permettant d'accéder librement et gratuitement aux travaux des chercheurs. L'initiative s'inscrit ainsi dans la lignée du mouvement de l'open access qui organise la 7e édition de sa semaine internationale, du 20 au 26 octobre 2014.

Pour le vice-président strasbourgeois, l'intérêt est triple : "Valoriser le patrimoine intellectuel produit dans les établissements, l'archiver de manière pérenne tout en ayant une vision exhaustive de ce qui est publié, de manière à obtenir des indicateurs pour mieux définir la politique scientifique."

faire adhérer la communauté scientifique

Lancé il y a un an, le projet AOC démarre sa phase opérationnelle, dans le but de mettre en place des archives opérationnelles à la rentrée 2015, qui donneraient accès aux travaux publiés, en remontant si possible depuis 2009, date de la fusion des trois universités strasbourgeoises. À raison d'environ 2.500 publications par an, la tâche s'annonce ardue. Une enveloppe de 450.000 € a été attribuée par le ministère dans le cadre du contrat de site 2013-2017, qui prévoit notamment la définition d'un schéma directeur de la documentation en Alsace.

Ce qui nous importe avant tout, c'est de rendre la recherche alsacienne visible.
(Paul-Antoine Hervieux)

Néanmoins, "il a fallu un an de communication auprès des enseignants-chercheurs pour faire accepter le projet", raconte Paul-Antoine Hervieux. En effet, certains ont l'habitude d'utiliser d'autres plates-formes, comme HAL (Hyper articles en ligne) ou ArXiv, et ne voient pas toujours l'utilité de construire un autre portail, tandis que d'autres craignent que le recensement des publications ne donne lieu à un "flicage" par l'établissement.

un data-mining de la recherche alsacienne

"Ce n'est pas du tout notre intention", assure le VP. Ce qui nous importe avant tout, c'est de rendre la recherche alsacienne visible. Par ailleurs, nous nous sommes engagés à déposer automatiquement les publications sur les autres plates-formes. Nous le ferons à la place des chercheurs."

Et de dérouler son argumentaire : "À l'université de Strasbourg, seuls 30% des articles publiés se trouvent dans HAL, et qui plus est, il s'agit souvent de notices. Notre projet est de rendre disponible le texte intégral, sans pour autant nous substituer aux revues scientifiques : en fonction de leur politique éditoriale, nous pourrons mettre en ligne les articles au moment de la publication ou après une période d'embargo." L'intérêt selon lui ? "Pouvoir faire du 'data mining', autrement dit de l'exploration de données permettant, par exemple, de dénombrer les collaborations avec telle ou telle université étrangère."

En outre, les AOC doivent donner accès non seulement aux articles mais également aux données de la recherche. Validées mais généralement non publiées, celles-ci peuvent se révéler utiles à d'autres scientifiques, voire au grand public dans la perspective d'une recherche coopérative. L'initiative alsacienne pourrait ainsi contribuer à développer l'open science en France.

L'université d'Angers, pionnière en matière d'open access
En mars 2013, l'université d'Angers a validé le projet de création d'une archive ouverte institutionnelle, baptisé Okina. Objectifs affichés : "Améliorer le signalement de la production des chercheurs de l’UA, et faciliter autant que possible la mise à disposition du contenu des publications."
Disponible depuis le printemps 2014 pour les membres de la communauté angevine, Okina doit être inaugurée d'ici à la fin de l'année, comme l'indique le blog consacré au projet.

Sophie Blitman | Publié le

Vos commentaires (5)

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Paul-Antoine Hervieux.

Bonjour, Merci pour vos réactions qui témoignent de l’intérêt porté au projet alsacien d’« Archives Ouvertes de la Connaissance (AOC) ». En tant que Vice-président délégué recherche de l'Université de Strasbourg, et interviewé pour la rédaction de cet article, je me permets d’apporter quelques éléments de réponse suite aux différents commentaires postés : - Sur la question de la communication auprès des enseignants-chercheurs, voici les différentes actions d’ores et déjà menées : une dizaine d’entretiens individuels avec des enseignants-chercheurs, un article dans le magazine Savoir(s) (magazine d’information de l’Université de Strasbourg), une intervention lors de la journée sur l’open access organisée par l’URFIST de Strasbourg en mars 2014, une présentation du projet en commission recherche (qui a abouti à une adoption du projet par les élus de la commission le 1er octobre 2014), une autre en réunion des directeurs d’unités de recherche, une troisième devant le conseil académique. Et d’autres actions de communication suivront bien sûr : de nouvelles rencontres avec plusieurs unités de recherche, une campagne de communication pour inciter les enseignants-chercheurs à répondre à une enquête de besoins, etc. - Sur le choix d’un outil libre complémentaire de HAL, voici les trois principales raisons qui le motivent (exposées devant la commission recherche) : * pouvoir gérer tous types de publications et tous formats de données de la recherche avec un seul et même outil, comme s’apprête à le faire l'Université de Freiburg avec son archive locale FreiDok sous Fedora. A ce jour, HAL héberge uniquement les publications et certains formats de données de la recherche ; * pouvoir maîtriser la politique de dépôt et de diffusion (proposer par exemple la diffusion restreinte) ; * disposer d’une plateforme offrant des services qui répondent parfaitement aux besoins spécifiques de nos enseignants-chercheurs, en s’adaptant notamment aux contraintes de chaque discipline (par exemple, des formats de listes de publications différenciés selon les disciplines), et qui soit facilement évolutive. - Sur la cruciale question du financement du projet, il est important de préciser que le projet n’est pas financé par le budget de l’Université de Strasbourg mais par des crédits spécifiques du Ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche. Le projet n’exercera donc aucune pression financière sur les budgets des services et composantes de l’université. Pour ce qui est des montants, Madame Vespa estime à 10 000 euros le coût de mise en place d’un portail HAL en Alsace. Néanmoins, cette estimation ne tient compte que du coût technique et n’intègre pas le coût des personnels pour de nécessaires développements complémentaires ainsi que pour le dépôt rétrospectif des publications dans l’archive ouverte. Le coût technique estimé du projet d’« Archives Ouvertes de la Connaissance (AOC) » est d’environ 1000 euros par an pour la location ou l’achat de serveurs informatiques. Il n'y aura pas d'autre coût technique puisque les outils existants et pressentis sont des logiciels libres dont l'installation et le paramétrage seront assurés en interne par la Direction informatique de l’université. Comme pour un portail HAL, il faudra ajouter à cela des coûts de personnel pour des développements complémentaires et pour le dépôt rétrospectif des publications. Pour ce qui est de l’archivage pérenne, il sera assuré par le CINES via HAL (puisque l’archive locale alsacienne sera connectée à HAL). Un surcoût sera peut-être à prévoir si nous choisissons d’archiver également au CINES les données locales de la recherche, en plus d’un archivage dans notre futur data center strasbourgeois. Très cordialement, PAH

CCSD.

Bonjour, Je vous laisse découvrir derrière ce lien https://hal.archives-ouvertes.fr/browse/portal toues les universités, institutions, grandes écoles, organismes de recherches qui développent leurs archives institutionnelles en utilisant HAL. Cordialement.

Christine Vespa.

J'avoue avoir été choquée en lisant la phrase suivante de l'article : "il a fallu un an de communication auprès des enseignants-chercheurs pour faire accepter le projet". En effet, aucune communication et encore moins de consultation n'a été faite auprès des enseignants-chercheurs de l'université de Strasbourg concernant ce projet d'archives ouvertes. La plupart de mes collègues ne connaissent même pas l'existence de ce projet. Pour ma part, je ne l'ai apprise qu'en tant que membre du conseil documentaire de l'université de Strasbourg et je ne vois toujours pas l'utilité de la mise en place d'une archive locale. D'ailleurs l'article ne donne aucun argument montrant l'avantage des AOC par rapport à HAL. Je tiens également à signaler qu'un portail HAL (solution choisie par de nombreuses institutions françaises dont le CEA, l'INRIA, l'INSERM, l'ENS, l'ENS Lyon, Polytechnique, les universités de Nantes, Rennes 1, Grenoble, Toulouse 3, Paris 5, Paris 6, Paris 7, Paris 8, Paris 13) coûterait à l'université de Strasbourg au maximum 10 000 euros alors qu'il a été impossible d'obtenir la moindre prévision budgétaire pour la mise en place et l'entretien des AOC, malgré plusieurs demandes. Est-ce que l'université de Strasbourg peut se permettre de dépenser des sommes élevées pour les AOC alors que depuis plusieurs années les budgets de ses services et composantes baissent de manière très significative?

Stéphanie Bouvier.

Bonjour, Ce qui coûte dans un projet d'archive ouverte, ce n'est pas la plateforme technique mais les RH d'accompagnement. Qu'on décide d'utiliser un outil libre hors HAL ou un portail HAL, quand il s'agit d'un projet d'établissement on ne fait pas l'économie des personnes qui vont aller à la rencontre des chercheurs leur présenter l'Open access, les former au dépôt, les convaincre. Cordialement

Yann Bugeaud.

Bonjour Madame Bouvier. Vous passez sous silence que l'archivage pérenne a un coût élevé. En outre, même si l'outil libre est gratuit, il faut bien payer du personnel spécialisé pour en assurer le bon fonctionnement (mises à jour régulières). Il ne s'agit nullement de faire "l'économie des personnes qui vont aller à la rencontre des chercheurs leur présenter l'Open access, les former au dépôt, les convaincre." Il s'agit au contraire d'affirmer que, du fait de l'existence de HAL, le coût des archives ouvertes locales doit, précisément, essentiellement se limiter aux salaires "des personnes qui vont aller à la rencontre des chercheurs leur présenter l'Open access, les former au dépôt, les convaincre". Le sempiternel slogan "visibilité" est là pour, encore une fois, détourner des crédits qui devraient être affectés aux deux missions principales de l'université que sont l'enseignement et la recherche. Au même moment, des postes d'enseignants-chercheurs sont supprimés et les étudiants se retrouvent à 50 en travaux dirigés.

un strasbourgeois.

Les université doivent avoir suffisamment de moyens financiers pour dépenser de l'argent à construire des doublons à la base nationale: HAL qui permet déjà de faire ce que ces AOC promettent de faire. Quel est le gain?

Christine Ollendorff.

Bonjour, L'ENSAM a également ouvert son archive ouverte en janvier 2013, SAM, avec aujourd'hui plus de 1000 publications déposées à voir sur http://sam.ensam.eu . On peut également citer, outre les portails HAL, l'archive ouverte OATAO de Toulouse, Spire de Science Po... Le groupe de travail sur l'accès ouvert du consortium Couperin réalise actuellement une enquête bilan sur les archives ouvertes en France, nous aurons les premiers résultats à la fin de l'année.

Sophie Blitman.

Bonjour, merci de ces précisions. L'article était centré sur les universités mais en effet, certaines écoles, ainsi que des instituts de recherche ont mis en place des archives ouvertes. N'hésitez pas à nous tenir au courant des résultats de l'enquête. Cordialement, SB

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