Newsletter

Enseignement supérieur : des filières peinent encore à s’ouvrir à tous les étudiants

Marie-Alix Maes
Publié le
Envoyer cet article à un ami
Enseignement supérieur : des filières peinent encore à s’ouvrir à tous les étudiants
Les effets des différents dispositifs ne sont pas encore visibles dans les établissements. // ©  ©Nicolas TAVERNIER/REA
Malgré de nombreux dispositifs visant à renforcer l’égalité des chances, beaucoup de filières sélectives restent socialement très homogènes et réservées à des jeunes issus de milieux favorisés.

En matière d’ouverture sociale, les grandes écoles restent encore à la peine. Selon le ministère de l’Enseignement supérieur, elles comptent entre 11 et 19% de boursiers dans leurs rangs, contre 38% dans l’enseignement supérieur en général. Elles sont nombreuses, pourtant, à avoir mis en place des dispositifs en faveur de l’égalité des chances depuis une vingtaine d’années, dont beaucoup ont été labellisés Cordées de la réussite à partir de 2008.

"Une grande école : pourquoi pas moi ?" à l’Essec, Talens à l’ENS, association Cahier Vert aux Mines ParisTech… Il s’agit souvent d’actions menées dans le secondaire par les étudiants de ces écoles pour informer les jeunes issus de milieux modestes sur les possibilités offertes par l’enseignement supérieur et les encourager à poursuivre dans une voie qu’ils auront vraiment choisie. Au programme : témoignages, tutorat, ateliers ou encore sorties.

Lire aussi : L'ouverture sociale des grandes écoles pas encore une réalité

"Notre message est de dire aux jeunes qu’ils peuvent se lancer dans les sciences et qu’ils seront soutenus, d’où le nom OSE de notre programme Ouverture Sociale Etudiante : OSE", explique Marie-Hélène Baroux, directrice adjointe de l’ISAE-SUPAERO. Créé en 2006, il propose du soutien scolaire, des ateliers scientifiques et techniques et des visites à 600 jeunes de l’académie de Toulouse, issus de quartiers prioritaires et de zones rurales. "Ces élèves rencontrent les mêmes problématiques auxquelles nous essayons de remédier : la difficulté d’avoir accès à l’information et l’auto-censure", constate Cécile Latournerie, responsable du programme.

L'ouverture sociale dans les grandes écoles // © l'Etudiant
L'ouverture sociale dans les grandes écoles // © l'Etudiant

Informer et combattre l’auto-censure

La Fémis, comme d’autres grandes écoles d’art et de culture publiques, travaille en partenariat avec la Fondation Culture & Diversité pour sensibiliser les jeunes issus de milieux modestes à la poursuite d’études dans le milieu artistique. L’accompagnement va plus loin et leur propose un stage de trois semaines mêlant découverte du cinéma, initiation, rencontre avec des professionnels et information sur le concours. Cet "Atelier Egalité des Chances", entièrement pris en charge par la fondation, porte ses fruits.

Le taux de réussite au concours des jeunes l’ayant suivi est de 17% contre 4% en moyenne. "Lorsqu’on donne confiance aux gens, ils réussissent à faire des choses difficiles", estime Nathalie Coste-Cerdan, directrice générale de La Fémis, qui accueille 35% de boursiers. "Les jeunes nous disent que sans nous, ils auraient pu réussir leurs concours, complète Saïd Berkhane, délégué général adjoint de la Fondation Culture & Diversité. Mais que sans nous, ils ne les auraient jamais passés !"

Si ces programmes d’égalité des chances permettent donc de mieux informer et d’encourager les jeunes à se lancer dans les filières d’excellence, ils ne contribuent pas forcément à apporter plus de diversité sociale dans ces écoles qui recrutent sur des concours très sélectifs. "Ce que nous faisons, c’est pousser les élèves à faire de grandes études. Mais nous restons attachés à notre concours et c’est lui qui détermine qui peut intégrer l’école", explique Yvon Gaignebet, professeur et responsable des activités d’égalité des chances à l’école des Mines, qui accueille 15% de boursiers.

Diversifier les voies de recrutement

À l’inverse, certains établissements s’attaquent à leur processus d’admission pour faire rentrer des jeunes de tous milieux sans sacrifier l’excellence. "Sur ce sujet, ça bouge beaucoup, estime Chantal Dardelet, directrice du centre Egalité des chances de l’Essec et animatrice du groupe ouverture sociale de la conférence des grandes écoles. Les grandes écoles développent les voies d’admissions parallèles qui sont particulièrement favorables à l’ouverture sociale."

Lire aussi : CGE : une commission au chevet de la diversité sociale dans les grandes écoles

L’ESCP Europe, qui recrute entre 16% et 18% de boursiers selon les filières, expérimente par exemple le dispositif "Talent Spring". Il permet à des étudiants éloignés du monde des grandes écoles, du fait de leur milieu social ou de maladies, d’intégrer le programme Grande Ecole, après avoir passé une batterie de tests (travail en groupe, entretiens, tests cognitifs etc.). "Le potentiel d’une personne ne s’apprécie pas que sur des critères académiques, affirme Léon Laulusa, directeur général adjoint de l’ESCP Europe. Ce mode de recrutement, tout aussi exigeant, va dans ce sens."

Les grandes écoles réfléchissent à leur recrutement et développent les voies d’admissions parallèles qui sont favorables à l’ouverture sociale. (C. Dardelet)

Recrutant à bac+2, la Fémis a ouvert en 2015 le programme Résidence, avec le concours de la Fondation Culture & Diversité et d’autres partenaires. Cette formation de 11 mois est ouverte aux personnes sans diplôme. "L’idée est d’aller chercher des jeunes gens autodidactes, qui n’ont pas eu la chance de faire des études, mais qui ont une passion pour le cinéma", explique Nathalie Coste-Cerdan.

L’apprentissage, une piste à déployer

La réforme du baccalauréat constitue aussi une occasion de revoir les modalités de recrutement. "Nous travaillons actuellement avec l'Association des professeurs des classes préparatoires économiques et commerciales et d’autres écoles de commerce sur la possibilité de proposer de nouvelles épreuves, explique Léon Laulusa. Car, avec la réforme, les parcours seront moins linéaires.

Autre outil de plus en plus déployé en faveur de la diversité sociale : l’apprentissage. "Nous avons 8% de jeunes issus de milieux populaires à l’ESSEC, pour lesquels on ne pourrait pas affirmer qu’ils y seraient s’ils n’avaient pas été en apprentissage, illustre Chantal Dardelet. Concret et rassurant, il assure un financement et promet une bonne insertion professionnelle". Le monde professionnel, lui, est en attente de plus de diversité sociale, et c’est peut-être ce qui terminera de convaincre les écoles d’accentuer leurs efforts.

Le groupement des industries françaises aéronautiques et spatiales s’investit par exemple dans les activités d’ouverture sociale de l’ISAE-SUPAERO. "Nous formons les futurs cadres et sommes conscients de l’impact que nous avons ainsi sur la société, insiste Marie-Hélène Baroux. Or, il n’y a pas meilleure idée ou innovation que celle qui ressort d’un mélange des points de vue."

La Fondation Culture et Diversité œuvre pour plus de diversité dans les écoles de la culture

Fondée en 2006 par Marc de Lacharrière, la Fondation Culture & Diversité agit en faveur d’une plus grande représentation de la diversité dans les milieux de l’art et la culture. Elle propose des programmes Egalité des chances aux jeunes issus de milieux modestes, en partenariat avec des écoles publiques sous tutelle du ministère de la Culture (école du Louvre, Fémis, Institut national du patrimoine…). La Fondation a la particularité de proposer un accompagnement très complet. En amont, elle informe et sensibilise les jeunes d’établissements concernés par l’éducation prioritaire sur les concours, les études et les métiers d’arts et de la culture. Elle propose aux plus motivés des stages d’une semaine à un an au sein de ces écoles, afin de les préparer et renforcer leur sentiment de légitimité. Elle les accompagne ensuite durant la période des concours en prenant en charge les frais d’inscription, de transport, de repas et de logement. Sur l’ensemble de ses programmes, elle affiche un taux de réussite au concours supérieur à la moyenne nationale. La Fondation Culture & Diversité poursuit son accompagnement au moment de l’insertion professionnelle pour ne pas que les jeunes soient sans filet de sécurité du jour au lendemain. Par exemple, elle propose des ateliers d’aide à l’insertion professionnelle, des offres d’emplois en partenariat avec des organisations culturelles ou encore met en place des résidences d’artistes.


Marie-Alix Maes | Publié le

Vos commentaires (3)

Nouveau commentaire
Annuler
* Informations obligatoires
parent de boursiers.

impots et frais de scolarité sont 2 choses différentes exemple vous gagnez 1000e par mois donc non imposable mais par votre consommation assujettie à la tva vous payez un impot indirect dont une partie financera la scolarité d'enfants dont les parents gagnent 10000e par mois En cas d'indexation des frais de scolarité l'effort parental est le meme pour tous les étudiants

Laurent.

Je ne pense pas qu'indexer le coût des études soit une bonne solution. Elle serait inégalitaire dans la mesure où ceux qui gagnent plus payent aussi plus d'impôts, ces impôts qui financent notamment les universités et qui permettent à ces dernières d'offrir des frais de scolarité les plus faibles du monde. Faire payer des frais de scolarité en fonction du revenu des parents serait donc une double peine, profondément injuste. Elle entraînerait alors la fuite des parents plus "riches" vers d'autres structures éducatives, accroissant alors la ghettoïsation de l'Université.

parent de boursiers.

dans la vie il faut savoir changer de certitudes!et dans l'enseignement cette démarche parait impossible vu de l'extérieur tant le concours reste la voie royale au nom de l'égalité La sélection sur dossier(puis tirage au sort si trop nombreux) est pourtant plus juste que le concours dont la réussite dépend de la préparation Le cout des études supérieures est également un facteur important entrainant une reproduction sociale et l'indexer sur les revenus des parents est une solution