Manque de dynamisme et d’investissements : la part de publications françaises de recherche dans le monde chute

Amélie Petitdemange
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Manque de dynamisme et d’investissements : la part de publications françaises de recherche dans le monde chute
La part des publications françaises dans la recherche mondiale a reculé lors des quinze dernières années. // ©  yurolaitsalbert/Adobe Stock
La part mondiale de publications de la France a reculé d’un tiers entre 2005 et 2018, soit le deuxième plus fort recul derrière le Japon et devant les États-Unis. La France est ainsi passée du 6e au 9e rang des premiers pays publiant, selon le troisième rapport sur la position scientifique de la France dans le monde et en Europe publié par le Hcéres en février 2021.

La France représente un peu moins de 1% de la population mondiale et 2,8% des publications scientifiques de diffusion internationale. Elle fait ainsi partie des pays les plus intensifs en recherche. Mais sa position s’érode, alors que certains pays émergents progressent rapidement dans de nombreux domaines scientifiques, révèle le rapport du Hcéres sur la position scientifique de la France dans le monde et en Europe.

"Comme d’autres pays intensifs en recherche, la part mondiale des publications de la France diminue, et c’est un des pays dont la part diminue le plus, du fait d’une dynamique faible sur les 20 dernières années. Des pays proches de la France, comme le Royaume-Uni et l’Allemagne, maintiennent mieux leur position mondiale", souligne Frédérique Sachwald, directrice de l’Observatoire des sciences et techniques, qui a dirigé le rapport.

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Un manque de dynamisme de la production scientifique française

Depuis le milieu des années 2000, le nombre de publications scientifiques produites par la France est en effet peu dynamique. De 2005 à 2017, le pays est passé du 6e au 9e rang des premiers pays publiant. Sa part mondiale de publications a reculé d’un tiers entre 2005 et 2018, soit le deuxième plus fort recul derrière le Japon et devant les États-Unis.

"Il n’y a pas d’effondrement de la production scientifique française mais c’est vrai que nous allons moins vite que le reste du monde, notamment les pays émergents. La Chine va très vite par exemple, elle est dans une dynamique de rattrapage. Derrière elle, il y a l’Inde et l'Iran notamment, qui augmentent leurs investissements dans la recherche et forment plus de chercheurs – y compris en partie à l’étranger. Ces pays tendent à couvrir moins de domaines scientifiques mais ils y sont de façon massive et peuvent être très spécialisés dans certains domaines. La Chine l’est fortement en chimie ou sciences pour l’ingénieur et elle a fortement investi dans l'intelligence artificielle", explique Frédérique Sachwald.

Ainsi, si le nombre de publications françaises accuse une baisse assez faible, c'est surtout d’une diminution de la part mondiale car "nous n’avons pas investi aussi vite que d’autres pays dans des domaines très dynamiques", précise la directrice de l'OST.

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"Il faut faire des choix" dans les domaines d'investissement

Pour elle, c’est aussi une question de politique publique. "Les ressources ne sont pas infinies. A un moment, il faut faire des choix : si vous investissez plus dans l'IA, domaine en plein développement, il faudra réduire d’autres engagements".

Il n’y a pas d’effondrement de la production scientifique française mais nous allons moins vite que le reste du monde (F. Sachwald)

L’objectif de dépense publique de 1% du PIB en recherche est loin d’être atteint en France, où il s’élève à moins de 0,8%. "La France voit son intensité en recherche publique baisser. Cette érosion de la dépense joue a priori un rôle dans celle des performances, mais il faudrait une analyse approfondie pour évaluer le poids de ce facteur ainsi que d'autres, plus structurels d’organisation. Cela dit, la France reste parmi les pays les plus intensifs en recherche dans le monde. L’objectif de 1% d’intensité en recherche publique est ambitieux et peu de pays l'atteignent", pointe Frédérique Sachwald.

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Les sciences humaines et sociales, domaine oublié ?

En revanche, certains domaines des sciences humaines et sociales (SHS) sont le parent pauvre. "Nous avons mesuré l’impact scientifique à partir de l’intensité des citations de chaque publication relativement à sa discipline. Dans la période récente, les résultats de la France sont les meilleurs dans les domaines suivants : Sciences de la vie appliquée et biotechnologie non médicale, Physiologie, physiopathologie et endocrinologie, Sciences de l’univers et Sciences de la terre", indique Frédérique Sachwald.

Coté SHS, la part des publications de la France est relativement élevée "dans les domaines de l’étude du passé humain et des productions culturelles ; l’impact scientifique de ses publications est en revanche relativement plus fort dans les domaines de l’économie et du management", ajoute la directrice. D'ailleurs, sur le plan quantitatif, c'est-à-dire le nombre de publications, la première discipline française est bien celle de l'étude du passé humain, qui rassemble notamment l'archéologie et l’histoire. Mais elle est la seule discipline SHS qui tire son épingle du jeu.

A l'inverse, la France n’est pas spécialisée dans les domaines SHS les plus dynamiques à l’échelle mondiale ("Institutions, valeurs, environnement et espace" et "Le monde social, diversité, population"). Le rapport du Hcéres souligne ainsi que la France n’était fortement spécialisée ni dans les domaines qui produisent le plus de publications à l’échelle mondiale, ni dans les domaines les plus dynamiques depuis le début du 21e siècle.

L’Ile-de-France et l’Occitanie se distinguent

Côté territoire, entre 2005 et 2017, l’indice d’activité de chaque région dans le top 10 des publications mondiales les plus citées se stabilise ou s’améliore pour la majorité des régions. La plupart des régions restent cependant en dessous de la moyenne mondiale.

L’Occitanie et l’Ile-de-France sont les seules régions qui font mieux que la référence mondiale. L’Ile-de-France est aussi la seule région contribuant à la production mondiale pour plus de 1%. Sa part nationale a cependant baissé de 34,5% entre 2015 et 2017.

La deuxième région publiant le plus, Auvergne-Rhône-Alpes, voit aussi sa part nationale baisser, de 14,2% entre 2015 et 2017. A contrario, trois régions enregistrent une progression : l’Occitanie (9,9 à 10,6%), les Hauts-de-France (4,5 à 5%) et la Bretagne (4,1 à 4,6%).

Le profil disciplinaire de la France
La France a un profil disciplinaire spécifique, différent de celui de la Chine, mais aussi différent de celui des États-Unis et des pays européens intensifs en recherche. Le pays est fortement spécialisé dans l’étude du passé humain. Ce domaine est celui qui produit le plus petit nombre de publications à l’échelle mondiale et son dynamisme est le plus faible au sein des sciences humaines et sociales (SHS).
Les maths sont le deuxième domaine de plus forte spécialisation de la France, alors que le nombre de publications dans cette thématique est en baisse au niveau mondial.
Le troisième domaine de spécialisation est celui des Sciences de l’univers, dont la part est celle qui a le plus baissé depuis 2005. Le quatrième domaine dans lequel la France est la plus spécialisée, Immunité et infection, a été aussi peu dynamique de 2005 à 2018.


Amélie Petitdemange | Publié le