T. Coulhon (Hcéres) : "Il est normal que l’on considère à quels résultats les stratégies d'établissements ont menés"

Juliette Loiseau
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T. Coulhon (Hcéres) : "Il est normal que l’on considère à quels résultats les stratégies d'établissements ont menés"
// ©  DEEPOL by plainpicture/Viktor Holm
Nommé président le 1er novembre 2020, Thierry Coulhon est arrivé à la tête du Hcéres (Haut Conseil de l'évaluation de la recherche et de l'enseignement supérieur) après un an de vacance de la présidence et du conseil d’administration. Le nouveau président de l’agence en charge de l’évaluation de l’enseignement supérieur et de la recherche française entend réaffirmer le rôle de cette autorité administrative indépendante. Interview.

Comment s’est passée votre prise de fonction à la tête du Hcéres, au terme d’une année de procédure et de polémiques ?

Thierry Coulhon, président de PSL (Paris Sciences et Lettres) // © PSL

A mon arrivée, j’ai trouvé une maison qui était en attente de nouvelles directions, qui avait subi la crise sanitaire et un intérim. C'est une maison avec deux richesses : des procédures au point, et des personnes plutôt bienveillantes.

A propos des polémiques autour du rôle du Hcéres (Haut Conseil de l'évaluation de la recherche et de l'enseignement supérieur), je suis très frappé par deux choses. Quand il y a des accusations sur le fait que nous sommes discriminants ou bien que nous appliquons une vision managériale de la recherche, c’est d’abord que nos rapports sur la recherche n'ont pas été lus.

C’est en partie de notre faute car je pense que le Hcéres, consciemment ou non, se mettait à l'abri des critiques en ne faisant pas connaître son travail. A l'inverse, je crois qu'il faut le montrer pour éviter ces critiques. Ensuite, c’est le signe que tout se concentre sur la question de la recherche, en oubliant que nous évaluons les établissements et les formations.

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Justement, comment définiriez-vous le rôle du Hcéres ?

Notre rôle central est d’évaluer les établissements. En effet, depuis plusieurs années, les établissements du supérieur déterminent de façon autonome leurs stratégies pour lesquelles ils bénéficient de financements essentiellement publics. Il est donc normal que l’on considère à quels résultats ces stratégies et ces financements ont mené.

Et cette question gouverne tout le reste. En effet, quand on analyse un établissement, il s'agit bien sûr de regarder la qualité de sa recherche, de son innovation et de ses formations. Mais il faut aussi évaluer les unités de recherche qui ont au moins deux tutelles, une université et un organisme, auxquelles il est normal de fournir un diagnostic.

En matière de formation, il y a aussi une évaluation à livrer à la direction générale de l'enseignement supérieur et de l'insertion professionnelle (DGESIP) qui décide ou non d’accréditer la formation. Néanmoins, notre mission principale est d'être utile à l'Etat et à l'établissement. Le Hcéres est garant des procédures, de l'organisation et de l'homogénéité, et fait appel à des comités.

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Quels sont vos principaux chantiers pour le Hcéres ?

Le premier est la réorganisation et le changement d’équipe. J'ai constaté que les rapports sur les établissements, la formation et sur la recherche correspondaient à des processus différents, en silos, et aboutissaient à des résultats séparés. Je vais m'attacher avec la nouvelle équipe à surmonter ces logiques de territoires pour passer à des logiques d'interface.

Le deuxième chantier est la refonte des référentiels pour la prochaine campagne d’évaluation, et le troisième est le passage au statut d’autorité publique indépendante dotée de la personnalité morale.

Le dernier dossier me rappelle le passage aux compétences élargies pour les universités que j'ai bien connu. Il s'agit de se doter d'outils minimaux de pilotage (budgétaire, RH, juridique) qui accompagnent l'autonomie d'un établissement public.

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Quelle est votre mission sur la formation ?

Nous travaillons actuellement à une évolution de nos procédures et nos référentiels de manière à pouvoir regarder la politique globale de formation d'un établissement. Il ne s'agit pas seulement de vérifier les dispositifs que les établissements ont mis en place, mais également d’évaluer les résultats pour les étudiants.

La politique de site, nous l'entendons d'une part comme la relation avec les partenaires universitaires, et d'autre part comme l'insertion concrète dans le territoire. Nous envisageons de porter un regard sur des politiques nationales au travers d’un observatoire de l'enseignement supérieur, qui évaluerait par exemple les effets de réformes.

Le Hcéres a-t-il un rôle à jouer en cette période de crise sanitaire ?

J'ai considéré que les établissements n'avaient pas la tête à l'évaluation, qu'il ne fallait pas leur rajouter cette contrainte-là. Il m'a paru nécessaire d'étaler la vague B, en cours, et de décaler la vague C.

Pour l'heure, nous nous concentrons sur des visites virtuelles parce que le risque sanitaire est trop grand, et ce, même si nous rencontrons des réticences dans certaines unités. Sur les effets à long terme de la crise, il est encore trop tôt pour dresser des bilans même si les premières auto-évaluations font état de nouvelles pratiques d’enseignement.

Retrouvez la biographie d'EducPros de Thierry Coulhon


Juliette Loiseau | Publié le