Rénovation énergétique des bâtiments du supérieur : une satisfaction en demi-teinte

Marie-Alix Maes
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Rénovation énergétique des bâtiments du supérieur : une satisfaction en demi-teinte
La résidence universitaire de Monbois à Nancy fait partie des projets retenus dans le cadre du plan France Relance. // ©  Fred MARVAUX/REA
Dans le cadre du plan France Relance, 1,3 milliard d’euros ont été accordés pour la rénovation énergétique des bâtiments de l’enseignement supérieur et de la recherche. Des investissements bienvenus mais qui ne couvrent pas l’intégralité des besoins.

Une partie du bâti de l’enseignement supérieur et de la recherche va pouvoir faire peau neuve. Le Gouvernement a annoncé, le 14 décembre 2020, les lauréats de l’appel à projets France Relance dédié à la rénovation énergétique des bâtiments publics.

Sur une enveloppe totale de 2,7 milliards d’euros, près de la moitié, 1,3 milliard d’euros, seront investis dans 1.054 projets portés par des universités, grandes écoles, laboratoires, organismes de recherche, ou encore bâtiments du Crous dédiés au logement et à la restauration. Face à l’ampleur des besoins, cet appel à projets a rencontré un vif intérêt de la part des établissements du supérieur, qui avaient déposé des projets pour un montant de 3,7 milliards d’euros.

Isolation des menuiseries ou des façades, rénovation des installations de chauffage, ventilation et climatisation, installation des bornes de recharge pour véhicules électriques… Les projets sont de nature diverse mais tous ont en commun d’améliorer significativement la performance énergétique des établissements et de pouvoir être mis en œuvre rapidement, deux critères essentiels pour être retenus, selon le Gouvernement.

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Des crédits insuffisants par rapport aux besoins

"C’est une bonne nouvelle, car cela correspond à une attente, réagit Manuel Tunon de Lara, président de la Conférence des présidents des universités (CPU). Les universités représentent un patrimoine considérable de l’Etat qui, en grande partie, nécessite des travaux de rénovation et de transformation dans une perspective de transition énergétique."

Le président de la CPU souligne cependant que ces crédits ne répondent pas complètement aux besoins identifiés dans le cadre de cet appel d’offres et "évalués à 2 milliards d’euros". On est loin également des 7 à 8 milliards d’euros que la CPU estime nécessaires pour la rénovation du tiers du parc en situation dégradée voire très dégradée, et plus loin encore des 18 milliards estimés pour la rénovation de l’ensemble du parc immobilier universitaire.

Certaines universités, comme l’Université Bretagne-Ouest, ont reçu très peu par rapport aux demandes effectuées, voire rien du tout, dans le cas de l’Université de La Rochelle. "J’ai conscience que l’Université de La Rochelle est relativement récente, puisqu’elle n’a que 28 ans, et qu’elle n’est donc pas aussi dégradée que d’autres universités, concède son président Jean-Marc Ogier. Mais dans le cycle de vie du bâtiment public, 25 ou 30 ans est l’âge où il faut réinvestir si l’on ne veut pas ensuite creuser un fossé trop important."

L’université rochelaise, fortement engagée dans la transition énergétique dans le cadre de son programme 'Smart Campus', aurait aimé "un petit geste de reconnaissance" de la part de l’État. À la déception s’ajoute de l’incompréhension, car les arbitrages ne sont pas connus. "Certes, les situations des universités sont très hétérogènes, reconnaît Manuel Tunon de Lara, mais nous aimerions connaître les critères de sélection des projets pour que chaque université puisse progresser."

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Améliorer les conditions de vie des étudiants

Cet appel à projets France Relance avait également pour vocation de "soutenir les jeunes, qui comptent parmi les populations les plus touchées par la crise." Une partie des projets soutenus visent en effet à améliorer les conditions de vie et de formation des étudiants. Près de 250 millions d’euros ont ainsi été alloués aux Centres régionaux d’œuvres scolaires et universitaires (Crous) pour la rénovation de résidences et restaurants universitaires, qui se trouvent parfois dans un état extrêmement dégradé.

Le Crous Lorraine a par exemple reçu 25,5 millions d’euros, soit l’intégralité des montants demandés, pour opérer une réhabilitation d’ampleur de deux résidences universitaires à Metz et Nancy. "Nous sommes très satisfaits du soutien de l’État à nos projets immobiliers, car un tiers de notre parc de logement nécessite une réhabilitation, souligne Agnès Bégué, directrice générale du Crous Lorraine. Il y a urgence à assurer un niveau de confort acceptable pour les étudiants, et vu l’état de bâtiment, toute réhabilitation aura de toute façon des impacts élevés en matière de réduction des coûts énergétiques."

Le Plan de relance est donc arrivé à point nommé pour le Crous Lorraine, qui va pouvoir accélérer la mise en œuvre de la réhabilitation, sans attendre, pour ce volet-là de ses projets, la reprise des discussions dans le cadre des contrats de plan État-Région (CPER) 2021–2027.

Qu’ils soient satisfaits ou déçus, les acteurs de l’enseignement supérieur et la recherche, fondent désormais leurs espoirs sur les crédits qui seront alloués dans le cadre des CPER. Un outil qui, assure le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, permettra de financer de nombreux autres projets, nécessitant notamment plus de temps pour leur mise en œuvre.


Marie-Alix Maes | Publié le

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