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Hélène Velasco-Graciet : "Je réfute la mort annoncée des humanités"

Marie-Anne Nourry
Publié le
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Hélène Velasco-Graciet, présidente de l'université Bordeaux-Montaigne
Hélène Velasco-Graciet, présidente de l'université Bordeaux-Montaigne // ©  Université Bordeaux Montaigne
Rédactrice en chef invitée d'EducPros, Hélène Velasco-Graciet commente l'actualité de mai 2016. Pour la nouvelle présidente de l'université Bordeaux-Montaigne, les SHS doivent défendre leur place dans l'Idex de Bordeaux et plus largement au sein de notre société.

IDEX : "une fusion allait nous perdre"

"Trois Idex ont été confirmés le 29 avril 2016, dont celui de Bordeaux qui est composé de l'université de Bordeaux et des autres établissements fondateurs, Bordeaux-Montaigne, Bordeaux INP, Sciences po Bordeaux et Bordeaux Sciences Agro. Quand l'Idex a été initié, la cible était la fusion complète sur le site bordelais. Cette cible n'a pas été atteinte mais cela n'a pas été un frein à la réussite du projet.

Nous avons toujours pensé qu'une fusion allait nous perdre. Nous enseignons des disciplines rares qui sont ancrées dans notre identité mais peuvent être volatiles si on les place dans un ensemble vaste et dans des enjeux de classements internationaux. Notre responsabilité est de les promouvoir et de construire une communauté intellectuelle riche. Je suis contre l'idée communément admise que la fusion est nécessaire pour qu'un Idex soit maintenu.

À présent, notre enjeu est de trouver notre place au sein de l'Idex. Nous sommes représentés par un Labex autour des sciences archéologiques qui comprend deux UMR (unités mixtes de recherche) de Bordeaux-Montaigne et une de l'université de Bordeaux. L'ouverture aux SHS figure parmi les préconisations du jury et nous comptons nous impliquer encore davantage pour nous positionner comme le partenaire SHS de l'Idex, avec Sciences po Bordeaux."

budget : "nous avons très peu de marge de manŒuvre"

"L'annonce de François Hollande, le 30 mai 2016, de ne pas retirer les 134 millions d'euros aux organismes de recherche est une bonne nouvelle. Une diminution des crédits attribués au CNRS aurait forcément un impact sur les UMR. Pour maintenir un niveau de recherche équivalent, les universités devraient combler la différence, si tant est qu'elles en soient capables. Il est impossible d'imaginer que la recherche soit une variable d'ajustement de l'État, il s'agit de notre valeur ajoutée.

Nous avons toujours une crainte au moment des négociations budgétaires, que ce soit en recherche ou en formation. Pour notre université SHS, presque 90 % du budget provient de la dotation de l'État, nous avons donc très peu de marge de manœuvre. Il est de notre mission de service public d'accueillir tous les étudiants mais, face à une augmentation constante du nombre d'inscriptions, l'impasse n'est pas loin. Il est nécessaire que les communautés d'université jouent un rôle de régulation entre les universités."

Au fil des lois et décrets sur l'autonomie des universités, le politique construit une créature qui lui échappe.

Conditions de travail : "Les situations sont très variables entre universités riches et pauvres"

"Les négociations autour de l'agenda social de l'enseignement supérieur visent à améliorer les conditions de travail des 230.000 personnels. Or, au fil des lois et décrets sur l'autonomie des universités, le politique construit une créature qui lui échappe. Faire fonctionner une université avec un budget contraint, un nombre d'enseignants-chercheurs et de BIATSS limité, accueillir un nombre toujours plus important d'étudiants, maintenir des enseignements de qualité, développer la formation continue et l'apprentissage... tout cela relève de la gageure. 

Concernant les conditions de travail des enseignants chercheurs, le nombre de tâches administratives et de gestion qui leur est demandé augmente année après année et leur investissement pédagogique et administratif n'est pas ou peu reconnu.

Pour les BIATSS, la montée en professionnalisation de l'ensemble des tâches interroge aussi. Les catégories C remplissent des missions des catégories B et les catégories B des missions de catégories A, avec des salaires souvents faibles. Pour compenser cela, les universités interviennent de façon variable et notamment par une valorisation de l'indemnitaire. Mais bien sûr, les situations diffèrent selon les universités  : les régimes indemnitaires pouvant passer du simple au double, ce qui a un impact sur leur attractivité. Une régulation ici aussi  serait bienvenue car on assiste à la construction d'une université à deux vitesses."

#Carte blanche : "oser les humanités"

"Il y a une idée selon laquelle les humanités seraient dépassées, que la princesse de Clèves devrait être oubliée, que l'histoire serait un fardeau, que les langues ne seraient qu'un moyen de communication. Pourtant, les étudiants continuent de s'inscrire et les taux d'insertion sont bons.

Je réfute la mort annoncée des humanités et le fait qu'elles ne s'inscriraient pas dans le monde contemporain. Il faut bien plus 'oser les humanités'. Au rebours de l'enfermement des disciplines sur elles-mêmes, les sciences dites exactes ne peuvent se passer des humanités au risque d'oublier leurs finalités : l'homme et la société. Le lien pluridisciplinaire est essentiel comme nous voulons le démontrer avec l'Idex de Bordeaux.

En tant qu'université SHS, nous devons intervenir dans la sphère politique plus que nous l'avons fait jusqu'à présent. Les humanités peuvent être des lanceurs d'alerte sur des problèmes sociaux, la citoyenneté, la démocratie. Je plaide pour qu'elles n'accompagnent pas simplement les sciences 'exactes' mais pour qu'elles participent pleinement au débat citoyen."

 


Marie-Anne Nourry | Publié le

Vos commentaires (1)

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Olivier Cassagnau.

Merci pour ce message fort, Mme la Présidente. En effet, les Universités de SHS doivent jouer un rôle politique en Gascogne et en Languedoc au service de nos valeurs et participer aux grands projets comme la consolidation du partenariat Aquitaine-Euskadi-Navarre.