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Sophie Vayssettes (enquête Pisa 2012) : "Attention aux spéculations et aux récupérations politiques"

Propos recueillis par Virginie Bertereau
Publié le
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Sophie Vayssettes, analyste à la direction éducation de l'OCDE © OECD / Hervé Cortinat
Sophie Vayssettes, analyste à la direction éducation de l'OCDE © OECD / Hervé Cortinat

Selon Vincent Peillon, la France chuterait dans les tests Pisa 2012. Le ministre de l’Éducation nationale a même parlé de "choc Pisa" à l’Assemblée nationale, mercredi 23 octobre 2013, pour annoncer une réforme de l’éducation prioritaire. Pourtant, la publication officielle des résultats de l’enquête mondiale sur les performances des élèves de 15 ans n’est attendue que le 3 décembre 2013… Sophie Vayssettes, analyste à la direction de l'éducation de l'OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques), fait une mise au point.

Vincent Peillon affirme que la France recule dans l'enquête Pisa 2012. D'où tient-il ces informations ?

Aucune idée ! Nous n'avons pas communiqué de données au ministère de l'Éducation nationale. Il ne s'agit que de spéculations. Les résultats ne seront finalisés qu'en novembre 2013.

Pourquoi cette impatience ?

L'enquête Pisa a longtemps été décriée par les gouvernements français successifs. Ils l'accusaient de ne pas prendre en compte les spécificités locales, d'être trop "anglo-saxonne". Mais nous vivons aujourd'hui dans un espace mondialisé. Et depuis l'édition 2009, les choses ont changé. Les esprits se sont ouverts. La France a intégré qu'il était important de prendre en compte les résultats de Pisa et de les analyser pour comprendre les faiblesses de notre système éducatif.

Je ne sais pas si ce sont les médias qui ont poussé le gouvernement à s'intéresser davantage à Pisa ou, inversement, le gouvernement qui a poussé les médias, mais on constate aujourd'hui un effet "boule de neige". Pour commenter ces résultats, il y a trois ans, Luc Chatel, le ministre de l'Éducation nationale de l'époque, avait voulu organiser sa conférence de presse en même temps que celle de l'OCDE.

Du côté de l'OCDE, pourquoi ce "secret défense" autour des tests et de leurs résultats ?

Il ne s'agit pas du tout de cela. Il serait simplement délicat de sortir des résultats non vérifiés. On essaie d'éviter les spéculations, les messages erronés jusqu'aux récupérations politiques. On veut une version donnée, pas trente. D'autre part, nous ne publions pas les tests car certains items [questions, ndlr] sont communs d'une édition à l'autre pour pouvoir faire des comparaisons dans le temps. À chaque fin de cycle, nous publions des items : ceux que nous ne gardons pas pour les cycles suivants.

Les tests Pisa sont-ils à l'origine de réformes du système éducatif français ?

Pisa a par exemple montré que la qualité des enseignants était un élément clé pour expliquer la qualité d'un système éducatif. Donc qu'il fallait plus investir dans leur formation. C'est ce qui est fait actuellement dans notre pays. Mais il ne s'agissait pas seulement d'une préconisation de l'OCDE...

Par ailleurs, l'enquête Pisa complète d'autres études (comme Regards sur l'éducation, par exemple) et analyse les systèmes des pays pour comprendre leurs résultats et leur évolution lors des évaluations successives.

Les mathématiques sont cette année le domaine principal des tests

Quelles sont les nouveautés de Pisa 2012 ?

C'était au tour des mathématiques d'être le domaine principal des tests. L'analyse des résultats aux questions portant dessus, en lien avec l'origine des élèves interrogés, a donc bénéficié d'une attention particulière. Pour cette édition, certains items de maths ont été réalisés sur ordinateur. La France a pris part à cette évaluation informatisée en supplément des épreuves papier-crayon. En 2015, les tests numérisés devraient être mis en place dans la plupart des pays participants, pour les trois domaines (sciences, compréhension de l'écrit et maths).

Comment fonctionne Pisa ?
Chacun des 65 pays participants envoie la liste de tous les établissements dans lesquels sont scolarisés des élèves de 15 ans. L'OCDE sous-traite à une société spécialisée dans l'échantillonnage la tâche de sélectionner un minimum de 150 écoles représentatives en terme de taille, de localisation (zones rurales/zones urbaines), de statut (public/privé), etc.
Dans chacun de ces établissements, 30 élèves sont tirés au sort pour répondre aux tests.
En France, 4.500 jeunes participent
ainsi à Pisa à chaque édition. Leur identité est tenue confidentielle.

Pendant deux heures, ils doivent répondre à des questions de types différents (questions ouvertes plus ou moins longues, QCM, etc.) pour correspondre à toutes les cultures. Celles-ci ont été proposées par tous les pays puis étudiées par un groupe d'experts internationaux qui les a sélectionnées. Elles se rapportent aux trois domaines phares de Pisa : la compréhension de l'écrit, les mathématiques et les sciences.
Les participants doivent également remplir un questionnaire d'une demi-heure sur eux-mêmes (école, famille, milieu socio-économique, professeurs...).

Les tests sont ensuite corrigés dans chaque pays par des correcteurs (souvent des enseignants) formés spécifiquement. Pour éviter toute subjectivité, des vérifications sont faites ensuite au niveau national mais aussi international.
Enfin, l'OCDE reçoit tous les tests corrigés et procède à l'analyse des résultats au siège, à Paris. L'enquête Pisa est reconduite tous les trois ans.

Propos recueillis par Virginie Bertereau | Publié le

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