S. André (Rubika) : "L’association nous permet d’avoir une indépendance financière et d’augmenter nos moyens humains"

Pauline Bluteau
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Le campus de l'école Rubika à Valenciennes.
Le campus de l'école Rubika à Valenciennes. // ©  photo fournie par l'établissement
Après plus de 30 ans d’existence, Rubika fait figure de référence dans le monde du jeu vidéo, de l’animation ou du design. Mais pour Stéphane André, directeur général de l’école, difficile de continuer à former de futurs diplômés sans faire abstraction des bouleversements que vivent la société, et les étudiants eux-mêmes.

Vous avez annoncé en cette rentrée un changement de la gouvernance de Rubika. Pouvez-vous en dire plus ?

Stéphane André, directeur général de Rubika. // © photo fournie par l'établissement

Depuis le 2 septembre 2021, nous sommes une école associative [et non plus consulaire] où 100% des ressources appartiennent à l’établissement. L’association nous permet d’avoir une indépendance financière et donc d’augmenter nos moyens humains pour mener tous les projets en faveur de l’accompagnement des étudiants. Cela fait trois ans que nous travaillions sur ce projet.

Ce changement de gouvernance doit aussi nous permettre de faciliter la reconnaissance de nos diplômes vis-à-vis du ministère de l’Enseignement supérieur (MESRI) afin qu’ils soient visés. Aujourd’hui, nous avons le titre RNCP mais il n’est pas reconnu à l’étranger, contrairement aux visas. Si nous avons donc un contrôle du ministère du Travail pour l’insertion de nos diplômés, le contrôle du MESRI sera aussi bénéfique pour évaluer la qualité de nos formations car nous pouvons toujours progresser. Nous nous inspirons des écoles de commerce qui sont en avance dans ce domaine mais aussi du Canada où la pédagogie permet de donner confiance en eux aux étudiants.

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Comme tous les établissements, la crise sanitaire a fortement touché les étudiants. Les avez-vous vu changer ?

Au premier confinement, nous avions mis en place les cours à distance mais cela n’avait aucun sens pour nous car nous proposons des formations "pratiques". Heureusement, comme le campus est grand (17.000 m² pour 1.000 étudiants), nous avons pu revenir en présentiel rapidement. Le plus difficile pour eux, je crois, a été le couvre-feu : dès 19 heures, ils se retrouvaient tout seuls.

Mais de manière générale, les étudiants sont de plus en plus sensibles et ont une plus grande fragilité. Ce n’est ni bien ni mal, je pense qu’il faut savoir s’appuyer dessus pour travailler différemment.

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Cette situation a-t-elle aussi modifié la manière d’enseigner ?

En cette rentrée, nous avons quatre enjeux principaux. Le premier est de renforcer la valeur étudiante. Nous souhaitons augmenter l’accompagnement de nos étudiants en vue de la sortie de l’école. Et nous avons compris que cet accompagnement dépendait des individus : par exemple, en première année, il faut davantage axer sur la gestion de la charge de travail pour éviter qu’ils ne perdent pied.

Le contrôle du MESRI sera bénéfique pour évaluer la qualité de nos formations car nous pouvons toujours progresser.

Nous avons aussi développé un support psychologique et nous recevons environ 20 appels par mois à Valenciennes. Nous proposons également des ateliers de récréation artistique en mêlant la sculpture et le théâtre : l’objectif est qu’ils arrivent à sortir quelque chose de leur corps. C’est facultatif mais cela les intéresse.

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On dit souvent que l’école est le reflet de la société et que de nombreux freins doivent être levés. Quels sont ces freins au sein de Rubika ?

Nous aimerions diminuer les barrières à l’entrée et en particulier la barrière psychologique chez les femmes. C’est pour cela que l’on s’associe à des programmes dès le collège grâce aux Cités éducatives ou aux Cordées de la réussite. L'évolution est lente mais nous avons de plus en plus de jeunes qui viennent du territoire, du Hainaut. Nous sommes sur une commune plutôt pauvre, cette inclusion sociale est donc essentielle. Le tout est de convaincre les familles.

Le troisième axe prioritaire est celui du respect des personnes en faisant de la prévention et de la sensibilisation. Nous avons rendu une formation sur le consentement obligatoire pour tous les étudiants. C’est important d’être à leur écoute. Notre rôle est d’ailleurs souvent de faire de la médiation. Parfois, ils ne se rendent pas compte de ce qu’ils disent, notamment sur les réseaux sociaux. Pour nous, le plus important est qu’ils réussissent et qu’ils entrent dans les entreprises avec de bonnes valeurs. Il faut donc prendre le problème à la racine. Nous essayons d’apporter notre pierre à l’édifice. Mais se pose aussi la question de la place de l’école dans l’éducation…

Aujourd’hui, les secteurs du jeu vidéo, de l’animation et du design sont-ils toujours attractifs ?

Il y a un essor depuis dix ans, de nombreuses écoles ont ouvert leurs portes. Et il y a toujours beaucoup d'offres d’emploi par rapport au nombre de diplômés. Donc oui, il y a une vraie tendance porteuse pour les métiers d’art numérique.


Pauline Bluteau | Publié le