Nomination de Pap Ndiaye et Sylvie Retailleau, le choix de la rupture et de la continuité

Dahvia Ouadia, Ariane Despierres-Féry
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Nomination de Pap Ndiaye et Sylvie Retailleau, le choix de la rupture et de la continuité
// ©  Christophe Peus- Robert Kluba/REA
Pap Ndiaye au ministère de l'Education nationale et de la Jeunesse et Sylvie Retailleau au ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche. Deux nouveaux visages du Gouvernement Borne. Le choix de la rupture pour Pap Ndiaye et de la continuité pour Sylvie Retailleau. Le point sur les dossiers à traiter en priorité par les nouveaux ministres.

Entre rupture et continuité. Pap Ndiaye et Sylvie Retailleau sont deux des nouveaux visages du premier Gouvernement Borne. Deux universitaires renommés auprès de leurs pairs qui ne laissent pas indifférents.

Un historien spécialiste des minorités rue de Grenelle, pour le symbole et au-delà…

Car nommer un historien à l’Education nationale était déjà un symbole fort. Mais, le nouveau locataire de la rue de Grenelle est aussi le désormais ex-directeur du musée national français de l’Histoire de l’immigration et un spécialiste de la lutte contre les discriminations.

Pap Ndiaye aura en effet fort à faire sur le champ de la citoyenneté et pour réconcilier les jeunes avec leur histoire commune alors que la "crise" de la démocratie se confirme avec un abstentionnisme désespérément haut chez les plus jeunes aux dernières élections et deux ans après l’assassinat de Samuel Paty, que le nouveau ministre n’a pas manqué de saluer lors de la passation et à qui il a dédié son premier déplacement officiel.

Car comme l’a très justement résumé Omar Sy à Cannes en évoquant son dernier film "Tirailleurs" : "Nous n’avons pas la même mémoire, mais nous avons la même histoire". Un symbole aussitôt décrié par une partie de la classe politique, arguant de certaines prises de position du nouveau ministre en faveur des minorités.

Gouvernement : Sylvie Retailleau à l'Enseignement supérieur et la Recherche, Pap Ndiaye à l'Education nationale

Il faudra de la pédagogie à Pap Ndiaye pour renouer avec la communauté éducative

Il ne sera pas uniquement question d’histoire rue de Grenelle ces prochains mois. Les enseignants sont déjà vent debout contre "l’autonomisation" de l’école, à leurs yeux terreau d’inégalités entre les établissements et donc entre les professeurs, qui immanquablement choisiront l’école, le collège, le mieux coté.

A ce dossier, s’ajoute celui plus ancien et surtout ancré structurellement du manque d’attractivité du métier d’enseignant encore démontré par la baisse de candidats au Capes 2022. Et son corollaire – la crainte d’une pénurie de professeurs – alors que le niveau scolaire des petits français reste moyen, et pour certains même très fragile.

La mise en place de la réforme du lycée, toujours ni achevée ni consolidée, verra immanquablement aussi les beaux jours de nouvelles discussions entre Pap Ndiaye et les syndicats d’enseignants et de proviseurs doublement inquiets de la baisse du niveau en maths et de son retour dans le tronc commun dès septembre. Pap Ndiaye saura-t-il apporter un regard neuf sur l’Education nationale en tant que ministre à la fois novice de la politique et du premier et second degrés ? Il sera sans aucun doute attendu sur ce terrain pour apaiser la situation.

A noter enfin deux évolutions dans le périmètre du nouveau ministre : il récupère en direct la jeunesse, le secrétariat d’Etat passant à la trappe. Bonne ou mauvaise nouvelle, l’avenir nous le dira. Le sport sort de son giron pour retrouver un ministère de plein exercice à deux ans des JO de Paris.

E. Macron face à France Universités (ex-CPU) : l'annonce d'un programme (et d'un candidat ?) en faveur de l'ESR

Une universitaire "reine de l'expérimentation" dans le supérieur

Dans le supérieur, on prend (presque) les mêmes et on recommence. Après Frédérique Vidal, ancienne présidente d'université, le choix d'Elisabeth Borne s'est porté sur Sylvie Retailleau, jusqu'alors présidente de l'université Paris-Saclay. Un choix de continuité pour poursuivre les actions entreprises par sa prédécesseure.

Car Sylvie Retailleau œuvre depuis plusieurs années dans le sens des réformes menées par Frédérique Vidal. En tant que présidente de l'université Paris-Sud, elle a porté à bras le corps la construction de l'université Paris-Saclay – en tant qu'établissement expérimental – et elle a su embarquer avec elle des établissements phares comme CentraleSupélec.

La force de l’expérience pour Retailleau qui devra batailler ferme côté budget pour relever les défis du sup’

Pour le milieu, cette nomination est donc une bonne nouvelle, une personnalité du sérail qui connaît ses dossiers et saura prendre en compte les besoins des établissements du supérieur écoles comme universités, notamment dans une logique de rayonnement international.

Mais les syndicats d'enseignants et d'étudiants mettent en garde la ministre contre la libéralisation de l'enseignement supérieur et surtout l'importance de la lutte contre la précarité étudiante, thème récurrent depuis la crise sanitaire.

Et face aux enjeux de précarité, de sous-financement de l'enseignement supérieur et aussi de mise en place de la LPR, la nouvelle ministre a plusieurs chantiers devant elle. Reste à savoir si elle parviendra à conjuguer son positionnement passé en tant que présidente d'université – martelant l'importance d'investir dans l'enseignement supérieur – et celui de son nouveau rôle de ministre dont les budgets peuvent être contraints.


Dahvia Ouadia, Ariane Despierres-Féry | Publié le