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Skema, une école française, mais pour combien de temps encore ?

Cécile Peltier  |  Publié le

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Le campus américain de Skema Business School à Raleigh en Caroline-du-Nord fête ses cinq ans.
Les effectifs l'école de commerce multicampus connaissent une hausse de de l'ordre de 10 à 15 % par an. // © Tom Fuldner Photography

À l'occasion de sa conférence de presse de rentrée, lundi 10 octobre 2017, Alice Guilhon, la patronne de l'école de management multicampus a affirmé sa stratégie globale. Et mis en garde les pouvoir publics sur les risques de nouvelles mesures hostiles aux grandes écoles.

Les écoles de management hexagonales tirent vers le haut la réputation de la France à l’international. Nous sommes attachés à notre pays, mais si l'on continue à nous mettre des bâtons dans les roues et à casser ce qui fonctionne, nous irons jouer ailleurs !" Lundi 10 octobre 2017, à l'occasion de la conférence de rentrée de Skema, la directrice générale de la business school, Alice Guilhon, a voulu faire passer quelques messages. Parmi les griefs, la baisse de la taxe d’apprentissage ou encore la remise en cause de l'année de césure. "Les écoles françaises demandent juste un cadre qui leur permette de bien travailler sur le long terme", a poursuivi la directrice, qui veut tout de même croire à "un nouvel espace de dialogue", au sein du gouvernement actuel.

Avec son modèle multicampus fondé sur des structures juridiques locales, Skema, qui réalise l’essentiel de sa croissance à l’étranger, peut tout à fait "installer demain son siège à Singapour ou aux États-Unis", a poursuivi Alice Guilhon, qui n’exclut pas, à terme, des rapprochements avec d'autres acteurs français ou étrangers, comme des organismes de formation continue. "Nous ne nous couperons jamais de nos racines, car nous y perdrions notre âme. Mais dans la mesure où nous sommes une entreprise globale, il y aura des décisions d’opportunité à prendre, pas forcément dictées par des raisons financières."

100 millions d'euros de budget en 2020

Sur un marché national fortement chahuté par la mondialisation, l'établissement, créé en 2009 pour répondre à ces mutations, se porte bien, affirme sa patronne. Avec deux ans et demi d’avance, les objectifs du plan stratégique 2020 "sont déjà en passe d’être atteints", assure-t-elle.

Le business model, fondé sur l’autofinancement, est consolidé, avec des campus chinois et américain "largement à l’équilibre". Le budget du groupe, qui atteint 81 millions d'euros en 2017, devrait avoisiner "sans difficultés" les 100 millions en 2020 (contre les 80 prévus initialement), grâce au développement de la formation continue, du fundraising, encore embryonnaire, et à la progression raisonnable de ses effectifs, de l'ordre de 10 à 15 % par an. "Nous comptons actuellement 7.000 étudiants en formation initiale, analyse la directrice. L'objectif est de tourner autour de 8.000", soit 1.000 de moins qu'annoncés initialement.

40 % D'ÉTUDIANTS ÉTRANGERS

Hors du programme grande école, les effectifs progressent en moyenne de 12 % depuis trois ans, notamment grâce à une forte croissance des recrutements à l’international. "Aujourd’hui, 40 % des étudiants de Skema sont étrangers. L'école rassemble pas moins de 120 nationalités. Notre campus de Suzhou compte ainsi un millier d’étudiants et 80 nationalités. Ceux qui disent encore que j’exporte des Français à l’étranger retardent complètement", pointe avec ironie la patronne.

Le campus brésilien de Belo Horizonte Brésil, né il y a seulement deux ans, comme ses prédécesseurs, nécessitera environ 1,5 million d’euros d’investissement de la part de l’école avant d’atteindre l'équilibre. Mais, "il devrait être rentable" avant les cinq années prévues traditionnellement, promet Alice Guilhon, qui attend d'ici à six mois la licence du ministère de l’Enseignement supérieur brésilien pour son Bachelor. "Une première mondiale !" se félicite-t-elle. Avec 600 étudiants cette année et un millier attendus l’année prochaine, (soit autant qu’à Suzhou actuellement), la destination a visiblement du succès.

UNE ÉCOLE "GLOCALE"

Depuis la rentrée 2017, les élèves du programme grande école peuvent partir dès le deuxième semestre sur l'un des trois campus étrangers de l'établissement. Autre nouveauté : ils bénéficient désormais du même dispositif d’incubation/accélération, sur tous les sites. À disposition : des équipes de coaching, une plate-forme centrale permettant de regrouper les projets, de les évaluer et de les suivre et un réseau de partenaires pour l’hébergement, le travail en réseau et la levée de fonds. "Des projets entrepreneuriaux sont en train d’émerger sur tous les campus de l’école, avec des spécificités différentes selon les sites", relève la directrice, attachée au concept de "glocal", comprendre une perspective globale avec un enracinement territorial fort.

Présente sur les quatre continents, l’école, qui travaille déjà avec le Bénin, lorgne désormais du côté de l’Afrique, mais sans se presser : “Nous avons formé un petit groupe de travail de gens éclairés qui nous aident à trouver une localisation, précise Alice Guilhon. Car si les implantations en Chine et au Brésil ont été complexes, je crains qu'en Afrique, cela ne soit encore plus compliqué."

Cap sur une recherche interdisciplinaire
La qualité et la diffusion de la recherche sont des armes essentielles pour Skema, dans l'affirmation de son modèle global. L'école, qui accueille cette année 17 nouveaux enseignants-chercheurs, prévoit de recruter – à prix d’or – trois ou quatre autres stars du calibre de l'économiste Florencio Lopez de Silanes, accueilli récemment. Leur mission : tirer la production vers le haut et gérer une "pouponnière de chercheurs prometteurs", répartis sur les différents campus.

Afin de favoriser l’émergence d’une recherche pluridisciplinaire, la structuration par disciplines a été remplacée par trois grandes "académies" : globalisation, digitalisation et innovation. Une évolution ayant fait chez les intéressés "l’effet d’une bombe atomique", affirme Alice Guilhon, soulignant les risques d'inertie académique.

Cécile Peltier  |  Publié le

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