Newsletter

Le DUT en trois ans devrait voir le jour à la rentrée 2021

Amélie Petitdemange
Publié le
Envoyer cet article à un ami
Le nouveau projet de diplôme en 3 ans n'est pas encore finalisé.
Le nouveau projet de diplôme en 3 ans n'est pas encore finalisé. // ©  IUT Vannes
Le projet d’arrêté réformant la licence professionnelle a été soumis au CNESER mardi 20 novembre. Il prévoit la création d’un DUT en trois ans. Il reste toutefois quelques incertitudes à lever sur ce projet.

Plus de 90% des détenteurs de DUT poursuivent leurs études, pour la majorité d’entre eux en licence pro. Face à cette réalité, le DUT va être revu pour donner lieu à un diplôme en trois ans. Une transformation qui est aussi nécessaire "à l’heure des bachelors qui revendiquent le grade de licence", ajoute Guillaume Gellé, président de la Commission Formation et insertion pro de la CPU (Conférences présidents d'universités) et président de l’Université de Reims-Champagne Ardenne.

Jusqu'à alors, ce diplôme devait être baptisé BUT (Bachelor Universitaire de Technologie). Selon nos informations, ce nom n'a pas convaincu lors du passage au CNESER ce mardi, et pourrait être remplacé par Licence Universitaire de Technologie. Ni le texte proposé ni le texte amendé n'ont été acceptés, une nouvelle mouture devrait donc être proposée en début de semaine prochaine. Une soixantaine d'amendements ont en effet été déposés, notamment par des syndicats. La forme du projet d'arrêté sera donc modifiée, mais les objectifs restent identiques.

Lire aussi : Le DUT en trois ans en attente d'un feu vert ministériel

Avec ce nouveau diplôme, le gouvernement espère régler le problème des bacheliers technologiques qui peinent à trouver des formations supérieures sur Parcoursup. "Cette année, 88% des bacheliers technologiques ont reçu une proposition d’admission. Dans les prochains jours, les nouveaux textes relatifs à la licence pro seront soumis à la concertation. Ils ont vocation à accueillir une proportion substantielle de bacheliers technologiques", déclarait la ministre de l’Enseignement supérieur, Frédérique Vidal, lors de sa conférence de rentrée en septembre 2019.

Accueillir 50% de bacs technos

Le projet d’arrêté portant réforme de la licence professionnelle qui a été soumis au CNESER ce mardi, précise ainsi que le BUT doit "garantir l’accueil d’au moins 50% de bacheliers technologiques en première année d’un IUT et la réussite d’au moins 70% d’entre eux".

Lire aussi : La poursuite d'études des bacheliers pro et techno de nouveau en question

Un chiffre quasiment inatteignable, le vivier de bacs technos étant trop faible pour certaines spécialités. "En chimie ou mesures physiques, nous n’atteindrons jamais 50%. D’autant que les inscriptions en bac techno sont en chute libre", affirme Laurent Gadessaud, porte-parole de l’ADIUT (Assemblée des Directeurs d’IUT). "Actuellement, ils sont moins de 40%. Cette volonté est légitime mais cela nous semble étrange de l’inscrire dans l’arrêté, cela devient un quota", souligne-t-il. Le nouveau texte qui sera proposé la semaine prochaine pourrait d'ailleurs omettre ce chiffre. Pour Guillaume Gellé, cet objectif "particulièrement optimiste" de 50% est plutôt à lire comme "un message d’ouverture à ce public".

En chimie ou mesures physiques, nous n’atteindrons jamais 50%. D’autant que les inscriptions en bac techno sont en chute libre. (L. Gadessaud)

Quoiqu’il en soit, le diplôme devrait être plus accessible, car l’idée est de "décompresser" le programme de deux ans sur trois ans. La pédagogie devrait également accorder plus de place à l’enseignement en mode projets, au tutorat et aux stages.

"Ce nouveau diplôme permettra de construire le projet professionnel des jeunes sur trois ans, avec un public plus mixte. Le volume horaire allégé permettra de mieux former et d’avoir plus de temps pour l’innovation pédagogique. Cela permet un meilleur accompagnement vers la réussite", assure Laurent Gadessaud. L’entrée du DUT dans le système LMD (licence, master, doctorat) permettra enfin une meilleure reconnaissance à l’international.

Repenser les programmes

Deux tiers des programmes seront nationaux, et un tiers sera laissé à l’appréciation des IUT, qui pourront les adapter au contexte local et social et aux étudiants. "Les programmes seront réécrits en compétences professionnelles, pas simplement en unités d’enseignement général comme français ou maths. Ils s’appliqueront aux nouveaux inscrits, à partir de septembre 2021", précise Laurent Gadessaud.

Lire aussi : Le DUT entame sa mue

L’objectif de ce diplôme en trois ans est aussi de favoriser les passerelles entrantes et sortantes, du bac+1, 2 et 3. S’ils s’inscriront bien à ce nouveau diplôme en trois ans sur Parcoursup, les étudiants se verront toujours remettre un diplôme au bout de deux ans (un DEUST en fac, un DUT en IUT). Une demande notamment formalisée par les écoles d’ingénieurs, qui recrutent des étudiants diplômés de DUT. Dans la même logique, les étudiants pourront aussi intégrer la formation en cours de route.

Les licences pro des IUT disparaîtront pour être intégrées dans ce nouveau diplôme, à l’exception "des licences pro hyper pointues, trop de niche pour s’y intégrer", précise le porte-parole de l’ADIUT. Du côté des universités, les licences pro ne changeront pas, puisque ce diplôme sera exclusivement proposé par les IUT.

Un projet qui pourrait par ailleurs faire réagir les BTS. "Je ne pense pas qu’ils soient ravis car ils aimeraient sûrement le même type de réforme, mais le ministère de l’Education nationale n’a ni les moyens ni l’envie de le faire", confie le porte-parole de l’ADIUT. Affaire à suivre.


Amélie Petitdemange | Publié le

Vos commentaires (4)

Nouveau commentaire
Annuler
* Informations obligatoires
Bruno Surget.

Benj. Beau plaidoyer !... Ancien DUT + Licence pro (effectué à 100% à l'étranger en Fachhochchule (FH) en DE...je recevais mes cours français par la poste et je suivais les cours en FH avec les exams qui vont avec.. J'ai passé les exams francais en Fev et Sept après le stage de 6 mois en entreprise DE). Le DUT demandait beaucoup de temps de travail de la part de l'étudiant... il y avait un vrai encadrement pédagogique. Ca a été pour moi deux années d'études formidables qui m'ont très bien préparées pour la licence pro aussi très chargée en heures du fait de son exécution à l'étranger en même temps que le diplôme allemand (Diplom Kaufmann Betriebswirt)

Benj.

Pour avoir enseigné de longues années en IUT et m'y être beaucoup impliqué récemment, je suis consterné par cette réforme à venir! Effectivement on est en train de "casser" une formation qui - même si elle ne répondait plus à l'objectif initial (de 1966!) - répondait aux attentes de réussite de beaucoup de nos jeunes! Plutôt que d'essayer de comprendre pourquoi et comment le système IUT fonctionne et de transférer tout ou partie de ce modèle aux autres formations (les licences notamment) on fait l'inverse... on le détruit! Alléger le volume horaire pour améliorer la réussite... c'est une grosse blague!!! Cet argument ne peut sortir que d'administratifs, de politiques ou d'universitaires qui n'ont plus d'encrage auprès de nos jeunes étudiants. Hier le décret (de 2005) du DUT fixait à 1800H le temps de formation (pour un DUT secondaire) mais une subtile interprétation du texte permettait aux universités de forcer les IUT à réduire la voilure de 20% (soient 1440H sur 2 ans)... lisez-bien le nouvel arrêté, il est dores et déjà prévu qu'une (encore moins) subtile interprétation réduise le temps de formation à 1500H sur 3 ans! en gros comme une licence classique quoi! Deux remarques pour terminer : (1) comme le dit très bien cet article en préambule, tout cela vise à résoudre le "problème des bacs technos"... plutôt que de créer de nouvelles formations adaptées pour permettre aux bacs Pro de poursuivre des études, on a demandé (forcé!) aux BTS de les accueillir et donc on demande (force!) les IUT à accueillir les bacs technos que les BTS ne peuvent plus accueillir (2) j'entends déjà ceux qui diront qu'on ne peut pas transférer le modèle IUT aux licences car cela coûterait beaucoup trop cher... d'une part le modèle IUT ça n'est pas qu'une question d'heure (et donc de coût) c'est aussi une organisation en équipes pédagogiques pluridisciplinaires qui prennent en charge "globalement" les étudiants, une organisation en assemblées nationales par spécialités autour d'un programme pédagogique commun qui offre des possibilités d'échanges de bonnes pratiques parfois très innovantes, etc. et enfin même si on en revient au coût, c'est FAUX! il est facile de montrer qu'un étudiant qui réussit coûte moins cher qu'un étudiant en échec... Pour l'anecdote, j'enseigne aujourd'hui en licence. J'ai appliqué les pratiques pédagogiques que j’utilisai en IUT. Sans davantage d'heures et donc sans coût supplémentaire, non seulement les résultats s'en font sentir mais surtout les étudiants plébiscitent ces pratiques qui les forcent à travailler! Par pitié... s'il est encore temps ne cassez pas nos IUT!!!

jldg.

actuellement licence pro + dut = 2250h en sciences. avec la réforme : 2000h...soit une économie de 250h pour l'Etat, voilà le fond de la réforme, le reste c'est du verbiage...et la casse annoncée d'un diplome reconnu par les industriels mais ça...et allégé le volume horaire pour un meilleur accompagnement...il fallait oser. pour info, les projets tutorés, l'enseignant est payé 1h/étudiant et par année...est-ce cela le meilleur accompagnement???

johet.

Et cela continue, après avoir créé le deug sur 2 ans à la place des propédeutiques en 1 an, puis inventé les maîtrises 2 ans pour licence maîtrise avant le dea, puis le doctorat en 3 ans remplaçant les thèses 3ème cycle en 2 voire 1 an, voila le dut en 3 ans puis alors la licence pro en 4 etc...L'université continue de plonger sous la "bonne cause" et grande avancée de démocratisation et d'égalitarisme