Le PLF 2022 prévoit 700 millions d'euros supplémentaires pour l'enseignement supérieur et la recherche

Elsa Sabado
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Le PLF 2022 prévoit 700 millions d'euros supplémentaires pour l'enseignement supérieur et la recherche
Le ministre de l'Economie, Bruno Le Maire, et le ministre du Budget, Olivier Dussopt, lors de la présentation du projet de loi de finances en Conseil des ministres le 22 septembre 2021. // ©  Romain GAILLARD/REA
Bruno Le Maire présentait son projet de loi de finances en Conseil des ministres le 22 septembre. Le ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche voit son budget augmenter de 700 millions d'euros grâce, notamment, aux crédits accordés dans la loi de programmation et de la recherche. Une augmentation en trompe-l'œil pour les opposants à la politique universitaire du gouvernement.

Le projet de loi de finances 2022 présenté le 22 septembre en Conseil des ministres, prévoit une augmentation de 700 millions d'euros du budget du ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, le portant à 24,6 milliards d'euros – soit le quatrième poste de dépenses de l'Etat.

"La seconde marche de la loi de programmation de la recherche (LPR) permet une augmentation de 472 millions d'euros du budget pour 2022, qui fait suite à une augmentation de 400 millions d'euros en 2021", a détaillé Nicolas Hengy, conseiller en charge de la relance et du suivi de l'exécution des réformes devant la presse. Cette augmentation se répartit sur le budget du programme "recherches scientifiques et technologiques pluridisciplinaires", qui augmente de 334 millions d'euros, et celui du programme "formations supérieures", qui se voit attribuer 138 millions d'euros supplémentaires.

LLPR : une augmentation du budget de la recherche ambitieuse ou en trompe-l'œil ?

Revaloriser les salaires des personnels du supérieur

Sur ces 472 millions d'euros issus de la LPR, 114 millions d'euros sont destinés à améliorer la rémunération des personnels de recherche, auxquels Frédérique Vidal a promis une revalorisation, annonçant en janvier dernier "que tout maître de conférences ou chargé de recherches sera recruté à hauteur d'au moins deux Smic".

Par ailleurs, 131 millions d'euros iront abonder le budget de l'agence nationale de la recherche (ANR) avec l’objectif d’augmenter son taux de sélection pour qu'il atteigne 23% (contre 16% en 2020). L'agence nationale de recherche bénéficiera aussi d'une hausse de 10 millions d'euros de son budget pour développer des recherches sur le sida, les hépatites et les maladies infectieuses émergentes. Près de 16 millions d'euros permettront de soutenir l'augmentation en volume et en rémunération des contrats de thèses. Et 54 millions d'euros supplémentaires permettront aussi d'acquérir des infrastructures de recherche.

Côté établissements, 127 millions d’euros seront dédiés aux budgets des universités et organismes de recherche pour garantir notamment la soutenabilité de leurs recrutements et augmenter de 5% la dotation de base aux laboratoires. Des crédits serviront aussi à protéger les compétences professionnelles en recherche et développement, d'autres viendront s'ajouter au budget de l'ANR.

Recrutement des enseignants-chercheurs : des préconisations pour repenser les carrières

Accompagner les étudiants dans leur réussite et leurs conditions de vie

Dans le supérieur, le gouvernement prévoit 66 millions d'euros supplémentaires au titre de "l'accompagnement des étudiants dans leur réussite". Ils seront versés aux établissements d'enseignement supérieur public afin de créer des places dans les établissements et répondre à la diversité de l'afflux de nouveaux bacheliers. Ils serviront également à augmenter le nombre de places dans les formations aux métiers de la santé, particulièrement dans les IFSI, mais aussi dans les formations de BTS. En outre, ils visent à prolonger l’accompagnement psychologique des étudiants mis en place suite aux dégâts de la pandémie.

Par ailleurs, 179 millions d'euros iront à "l'amélioration des conditions de vie des étudiants". Sur ce montant, 2,5 millions d’euros sont dédiés aux aides directes aux étudiants dont 2,4 millions pour la revalorisation des bourses sur critères sociaux. Et avec l’augmentation prévisionnelle du nombre de boursiers, "ce sont 151 millions d'euros de plus que l’État consacre aux étudiants", précise le ministère dans son dossier de presse. D'autres fonds multiplieront par cinq le fonds de garantie des prêts étudiants.

Cette manne servira également à prolonger la formule du repas Crous à 1 euro pour les étudiants boursiers et précaires, à déployer des distributeurs de protections périodiques gratuites, à recruter des référents étudiants dans les Crous, et à financer le gel des loyers des appartements qu'ils gèrent.

Rénovation énergétique des bâtiments du supérieur : une satisfaction en demi-teinte

Rénover les bâtiments de l'ESR

A ce budget de 24,6 milliards viennent s'ajouter les subsides liés au plan de relance du gouvernement, dont 7,8 milliards sont dédiés au secteur de l'enseignement supérieur et de la recherche. Ainsi, 1,3 milliard d'euros devraient être consacrés à la rénovation énergétique des bâtiments de l'ESR.

Un budget "stagnant" ?

"Le PLF 2022 consacre (…) l'engagement du gouvernement en faveur de l'éducation, de l'enseignement supérieur et de la recherche", a estimé Bruno Le Maire en présentant son projet de loi en Conseil des ministres. Selon lui, "l’investissement dans l'enseignement supérieur et la recherche sera accentué au-delà même de ce qui était prévu dans la LPR pour les années 2021 à 2030".

Des augmentations en "trompe-l'œil" selon Bruno Andreotti, professeur de physique à l'Université de Paris et proche du mouvement RogueESR. Il dénonce un budget stagnant, ne permettant pas à l'université d'absorber les 30.000 baby boomers des années 2000 qui s'ajoutent en ce moment aux effectifs étudiants.

"Lorsqu'on se plonge dans le PLF, on observe que le programme ‘Formations supérieures et recherche universitaire’ passe de 13,9 milliards à 14,16 milliards d'euros, soit exactement l'application de l'inflation sur cette ligne. Sur les programmes 172 et 193, on observe une augmentation du budget un peu supérieure à l'inflation. Mais cette hausse est dédiée au privé – les sommes allant à la charge de service public augmentant au même rythme que l'inflation", précise le professeur.

Or, "tous les audits de France Stratégie ou de la Cour des comptes montrent que ce financement de la recherche des entreprises par le public est absolument inefficace. Cela nous a d'ailleurs éclaté à la figure quand Sanofi n'est pas parvenu à trouver un vaccin, alors que l'entreprise est inondée d'argent public depuis des années", critique Bruno Andreotti. Un jugement tranchant, qui promet des échanges animés lors de l'examen du projet de loi prévu pour décembre prochain.

Côté ministère de la Culture, le gouvernement prévoit "un plan global en faveur de l’enseignement supérieur Culture" soit une hausse de 26 millions d'euros du budget dédié (+10,8%). Ce plan s'articule autour de trois priorités :
– le soutien aux étudiants pendant et après leur cursus (+6 M€) ;
– le renforcement et la modernisation de la capacité d’action des établissements nationaux d’enseignement supérieur culture (+12,6 M€, dont +4,3 M€ en fonctionnement et +8,3 M€ en investissement) ;
– l’accompagnement des projets d’investissement des établissements territoriaux d’enseignement supérieur culturel (7,5 M€), dans le cadre des contrats de plan Etat Région 2021–2027.
Dans le cadre du plan de relance, 70 millions d'euros sont prévus sur deux ans – dont 20 millions en 2022 – pour la rénovation des écoles nationales.


Elsa Sabado | Publié le