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Universités : la première brique de la nouvelle licence

Camille Stromboni
Publié le
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Université - Aix-Marseille - Campus Schuman à Aix-en-Provence - amphithéatre en droit - 2011 - ©C.Stromboni
Université - Aix-Marseille - Campus Schuman à Aix-en-Provence - amphithéatre en droit - 2011 - ©C.Stromboni // ©  Camille Stromboni

40 intitulés de licence générale ont été présentés devant le CNESER le 17 juillet 2013. Cette nouvelle nomenclature, en cours de finition, répond à l'objectif de simplification de la carte des formations porté par Geneviève Fioraso. Avec encore quelques inquiétudes et plusieurs incertitudes.

Quelles seront les règles de la nouvelle licence ? La première marche se précise, avec la nomenclature de la licence, détaillant les intitulés de licences générales et les règles d'utilisation. Un "état des réflexions" a été présenté devant le CNESER (Conseil national de l'enseignement supérieur et de la recherche) à la mi-juillet 2013. Viendront ensuite les masters, et surtout le cadre national des diplômes.

Résultat : 40 mentions de licence générale sont retenues, contre plus de 300 auparavant, au sein de quatre grands domaines (arts, lettres et langues ; sciences humaines et sociales ; droit, économie, gestion ; sciences, technologies, santé). Certaines mentions relevant de plusieurs domaines.

"Sur le principe de réduire le nombre d'intitulés, nous sommes évidemment totalement d'accord, se réjouit Marc Champesme, élu au CNESER et secrétaire national au Snesup. Cela rendra les choses plus claires pour les étudiants, dans le choix des études postbac mais aussi pour la poursuite d'études en master." Mais au-delà de cette appréciation assez partagée dans la communauté, plusieurs inquiétudes demeurent.

De la difficulté de gérer l'interdisciplinarité

"Nous ne comprenons pas bien la méthode qui a été utilisée, relève ainsi le responsable du Snesup. Il y a eu des traitements différents sur des problèmes similaires : pourquoi peut-on conserver des mentions bidisciplinaires comme l'économie-gestion, et pas d'autres ? Il faut être cohérent."

Exemple de difficulté à l'université Paris 5, avec les licences de maths-info et de sciences biomédicales. Deux intitulés qui ne figurent pas dans la liste des 40 mentions. "C'est un effet pervers : nous pourrions être obligés de séparer des disciplines pour entrer dans les cases, alors qu'il s'agit de licences très originales, qui attirent beaucoup les bacheliers. En sciences biomédicales, nous unissons physique, chimie et biologie. Comment choisir une seule mention ? Cela peut sembler compliqué pour l'interdisciplinarité", explique son président Frédéric Dardel.

Un paradoxe quand on sait la volonté de la ministre Geneviève Fioraso d'aller justement vers une licence plus généraliste et pluridisciplinaire, permettant des choix d'orientation plus progressifs. "Cela fait des années que l'on nous encourage à monter des licences bidisciplinaires et, là, on repart dans l'autre sens, décrit la présidente montpelliéraine Anne Fraïsse. Nous revenons à une vision très disciplinaire."

"De la souplesse sera vraiment nécessaire pour plusieurs cas complexes, où le choix de mention ne sera pas évident, espère Marc Champesme. La liste doit encore évoluer pour atteindre un consensus plus large."

Nous revenons à une vision très disciplinaire (A. Fraïsse)

Le futur cadre national en cours de rédaction

Côté ministère, on se veut rassurant en rappelant qu'au contraire cette nomenclature sera adossée au cadre national des diplômes, qui traduira justement la spécialisation plus progressive de la licence inscrite dans la loi et la nécessité d'un plus grand nombre de disciplines en L1. Résultat promis : l'interdisciplinarité se développera – enfin – dans les premières années de licence.

La définition des doubles licences et des cursus bidisciplinaires, qui prendra place dans ce cadre national, est quant à elle en cours d'élaboration, explique la rue Descartes. Le comité "licence" avait jusqu'ici proposé qu'une double licence concerne uniquement les licences conduisant à l'obtention de deux diplômes, les autres devant se rattacher à l'une ou l'autre des mentions, en conservant via des mineures les différentes disciplines.

Les élus du CNESER ont justement adopté une motion afin de participer au débat à venir. Ils demandent des concertations sur la mise en place de ce cadre national. Notamment sur "l'encadrement pédagogique nécessaire des étudiants", la "définition des bases d'enseignement communes pour chaque parcours de mention", ou encore l'évaluation des enseignements par les étudiants. 

"Ces concertations doivent débuter d'ici à fin juillet, explique Marc Champesme (Snesup). Cela devient difficile de parler des intitulés, qui seront en annexe du cadre, sans connaître le cadre en question." L'échéance ? Les arrêtés devraient être pris d'ici à la fin de l'année 2013, pour une mise en œuvre dès la rentrée 2014 pour les licences.

Les parcours en annexe du diplôme

Second échelon prévu pour la nouvelle licence : des "parcours types" feront perdurer une certaine diversité des intitulés et la liberté des universités. "Ils expriment l'autonomie pédagogique des établissements", indique la note du ministère. "Les croisements, notamment disciplinaires, doivent en priorité se situer au niveau des parcours types de formation", précise-t-elle également. Ces parcours pourront figurer sur le diplôme en tant que "visas", mais seront véritablement développés dans le "supplément diplôme", en annexe descriptive du diplôme.

"Que le parcours ne soit pas affiché sur le diplôme était problématique dans certaines disciplines, explique Anne Fraïsse. Dans les arts ou les langues surtout. Par exemple en LEA et LLCE, il fallait pouvoir préciser la langue concernée sur le diplôme."

Quelle efficacité pour la réussite des étudiants ?

De manière générale, la présidente reste tout de même sceptique quant à l'efficacité de cette réforme sur la réussite des étudiants. "C'est toujours bien de simplifier, mais cela reste cosmétique, sourit Anne Fraïsse. Cela ne règle pas le vrai problème que nous rencontrons en licence 1 : tant que des étudiants seront inscrits à l'université uniquement pour avoir le statut, ou dans l'attente d'obtenir une place dans une autre filière, sans aucune intention de suivre une année d'études, on ne pourra pas relever le taux de réussite en première année. Il est quand même bizarre que les mêmes enseignants arrivent à faire réussir 40% des étudiants à la fin de la première année, et presque le double à la fin de la L2 ou de la L3…"

Un problème social que reconnaît le ministère, qui voit en revanche dans cette meilleure lisibilité un véritable facteur de réussite pour les étudiants, avec la spécialisation progressive en licence et l'ensemble des mesures portées par l'article 18 de la loi ESR. La nouvelle licence de Geneviève Fioraso aura-t-elle plus d'impact que les plans précédents qui n'ont pas enrayé l'échec en licence ? Verdict avec les prochaines enquêtes de cohorte.

Les licences professionnelles et les masters
Une liste de 59 intitulés de licence professionnelle, contre 2.200 recensés actuellement, a également été présentée au CNESER, mais le travail ne fait que commencer et cela pourrait encore fortement évoluer, précise le ministère, la discussion avec les branches professionnelles étant en cours.

Quant aux masters, les premières propositions du comité en charge de la question envisagent entre 200 et 250 mentions, contre 5.000 intitulés actuellement. Un premier état des lieux devrait être présenté au CNESER courant septembre 2013. La mise en œuvre de cette nouvelle nomenclature est prévue un an plus tard que pour les licences, à la rentrée 2015.
La liste des intitulés de licence générale de la note présentée par le MESR
A noter : les mentions qui peuvent relever de plusieurs domaines apparaissent plusieurs fois.

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Sur les blogs EducPros
- Les billets de Pierre Dubois avec le tag Licences
- Le billet de Didier Delignères : Courrier de la C3D STAPS, du CNU 74 et de l’ANESTAPS sur la nomenclature des diplômes
- Le billet de Jean-Luc Vayssière : Vous prendrez bien un peu de pédagogie ?

Camille Stromboni | Publié le

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Mathieu.

Les ERASMUS et finissants français y gagneront à cette simplification s'ils veulent se faire reconnaître leurs diplômes à l'étranger pour aller y étudier ou pour y immigrer. Quelle complexité, que d'avoir 2200 intitulés de formation différents, cela peut-il représenter pour les ENIC-NARIC, pour les universités et pour les employeurs étrangers!!! Les risques de mauvaises interprétations d'un programme d'études sont extrêmement élevés dans de telles conditions, dans des pays où les intitulés sont déjà - et depuis toujours - très simples pour qu'un employeur différencie bien qui est: chimiste, celui qui est biologiste, biochimiste, chimiste pharmaceutique, etc.; qui est administrateur, de celui qui est économiste, sociologue, gestionnaire de projets, comptable; qui est urbaniste de celui qui est géographe, etc.

Jean Theme.

Encore un comité Théodule et des frais inutiles. Que d'argent dépensé en pure perte !