Universités européennes : la coopération interuniversités au sein de Circle U et UNA Europa

Séverine Mermilliod
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Université Paris 1 Panthéon Sorbonne - Site du Panthéon - Paris - Septembre 2015
L'université Panthéon-Sorbonne membre de l'alliance Una Europa // ©  EducPros
La Commission européenne vient d’annoncer la création de quatre nouvelles alliances d’universités européennes. Mais comment coopèrent concrètement les universités ? Lancées en 2019, Circle U et UNA Europa reviennent sur leur expérience.

A l’aube d’un label de diplôme européen, les défis ne manquent pas pour les désormais 44 alliances d’universités européennes, qui comptent 37 membres français.

La fin de la Présidence française de l’Union européenne (PFUE) a été l’occasion de réunir des acteurs de ces alliances, dont le nombre devrait monter à 60 d’ici 2024, pour présenter quelques modèles de coopération.

Diplômes communs : le défi des universités européennes

Des programmes de recherche communs

"Notre alliance se compose de neuf universités engagées à intensité égale pour la recherche, explique Bjørn Stensaker, vice-recteur pour l’éducation de l’université d’Oslo, membre de l’alliance Circle U*, lors d’un séminaire de clôture de la PFUE organisé fin juin à la Sorbonne à Paris.

Ce focus sur la coopération dans la recherche a fait émerger plusieurs idées. "Nous avons créé un programme de chaires académiques ainsi que trois pôles thématiques, sur la santé globale, le climat et la démocratie", précise Antoine Cazé, vice-président relations internationales à l’Université Paris Cité, également membre de Circle U.

L’idée était de créer un réseau de chercheurs capable de jouer le rôle de moteur du changement. (A. Cazé, Université Paris Cité)

"Nous avons associé des professeurs et chercheurs à ces hubs pour entraîner une dynamique de collaboration. L’idée était de créer un réseau de chercheurs capable de jouer le rôle de moteur du changement", précise-t-il.

A titre d'exemple, les chaires académiques sont sollicitées pour créer des programmes d’écoles d’été afin de travailler sur des questions communes. La première sur la santé globale a eu lieu du 4 au 8 juillet avec des étudiants et jeunes chercheurs. "Il y en a une deuxième en août pilotée par Oslo sur la démocratie en temps de crise, et enfin une autre sur 'comment communiquer sur la science du climat', à Berlin en août, pour des étudiants de licence et master", détaille Antoine Cazé.

Le pôle de recherche sur la santé globale a quant à lui produit une sorte d’étude de marché "sur la façon dont est définie la santé globale dans nos neuf universités, pour ensuite développer un programme d’enseignement commun sur ces thématiques."

Circle U réunit neuf universités : Humboldt-Universität zu Berlin, King’s College London, Université catholique de Louvain, Université de Belgrade, Université d’Oslo, Université d’Arhus, Université de Pise, Université de Vienne et l'Université Paris Cité.

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Création de diplômes conjoints

A UNA Europa, les universités membres ont conçu plusieurs diplômes conjoints. "Nous avons créé par exemple une licence conjointe en études européennes et nous sommes en train de créer une licence conjointe en développement durable ainsi qu'un doctorat dans le domaine du patrimoine culturel, ainsi que des certificats de formation continue" partage Fabienne Peraldi Leneuf, qui pilote le projet d'université européenne à Paris 1 Panthéon-Sorbonne.

"Nous incitons aussi les étudiants à partir dans des universités d’été. Cet été, la première a lieu à Edimbourg sur la thématique de la santé globale également. Nous créons aussi des challenges étudiants, des ateliers, on a un think tank interne…"

UNA Europa est composé de 11 universités : Freie Universität Berlin, Alma Mater Studiorum Università di Bologna, University College Dublin, University of Edinburgh, Helsingin yliopisto/ Helsingfors universitet, Universiteit Leiden, Uniwersytet Jagielloński w Krakowie, KU Leuven, Universidad Complutense de Madrid, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Universität Zürich.

Des cadres légaux inflexibles

Les participants ont toutefois rappelé que la coopération ne se fait pas toute seule. "Dès le départ, il a été très compliqué d’imaginer le fonctionnement de cette université européenne, car elle réunit de nombreuses universités", se remémore Fabienne Peraldi Leneuf de UNA Europa. Les projets font face à la fois à des difficultés légales au niveau national ou fédéral, et budgétaires.

Dès le départ, il a été très compliqué d’imaginer le fonctionnement de cette université européenne, car elle réunit de nombreuses universités. (F. Peraldi Leneuf, UNA Europa)

"On a commencé à travailler sur le doctorat en patrimoine culturel il y a plus de trois ans", présente par exemple Maria Gravari Barbas, vice-présidente relations internationales à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Ce diplôme repose sur la mise en place d’une communauté de chercheurs autour de quatre thématiques de recherches communes en patrimoine culturel. "Aujourd’hui, ce doctorat agrège plus de 200 chercheurs des différentes universités qui ont des projets communs et fonctionnent comme une équipe transnationale."

Mais le lancement du diplôme, désormais prévu pour 2023, a rencontré "plusieurs obstacles, souligne Maria Gravari Barbas. On a bricolé pour ce doctorat. Il a nécessité l’harmonisation des cadres doctoraux, ce qui demande du temps. Les obstacles sont très nombreux aujourd’hui, il y a des cadres qui sont inflexibles !"

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Un nécessaire accompagnement financier

Pour Fabienne Peraldi Leneuf, il faut aussi que les universités soient accompagnées et aidées financièrement car Horizon Europe n'a pas suffi à renforcer la recherche universitaire. L'objectif : "aller au-delà des projets pilotes que nous avons tous lancés. Ce serait terrible si cet énorme effort perdurait à son niveau actuel.”

"Il est difficile de rayonner à l’international avec les moyens qui nous sont alloués. Il faut que les pouvoirs publics prennent leurs responsabilités", abonde Yoan Vilain, de l'université Humboldt de Berlin membre de Circle U, qui déplore qu’en Allemagne se profile une réduction “assez drastique des budgets” en matière universitaire.

Il est difficile de rayonner à l’international avec les moyens qui nous sont alloués. (Y. Vilain, université Humboldt de Berlin)

Pour lui, améliorer la mobilité des universitaires est aussi un des enjeux fondamentaux des alliances. "Nous avons tous expérimenté à quel point il est difficile de collaborer et de combattre le côté légal qui existe dans tous les pays différents. La 'révolution in slow motion' des alliances d’universités n’aura lieu que si on a le soutien des pouvoirs publics nationaux, car ils ont encore beaucoup de pouvoir", rappelle de son côté Bjørn Stensaker de l’université d’Oslo.

Un "modèle européen d'universités"

Malgré les difficultés, les universités européennes ont "un rôle à jouer pour transformer l’espace de l’enseignement supérieur en Europe" souligne Antoine Cazé. "Les chercheurs doivent travailler ensemble en réseau pour traiter des enjeux internationaux (sanitaires, climatiques…) qui sont au cœur de l’agenda politique", ajoute Yoan Vilain. Les alliances agissent selon lui pour la "défense d’un modèle européen d’universités" – certaines étant parfois situées hors UE, au Royaume-Uni par exemple.

Pour Jean-Marc Sauvé, président de la Cité internationale universitaire de Paris et vice-président honoraire du Conseil d’État, les universités européennes sont un "moteur essentiel pour l’amélioration de notre enseignement supérieur". Elles "contribuent à promouvoir des valeurs communes et une identité européenne renforcée, tout en réunissant une nouvelle génération d’européens, qui veulent travailler en s‘enrichissant des cultures et langues européennes, au-delà des valeurs nationales."


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