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Bernard Saint-Girons (Université Paris-Est) : "Nous pouvons être le premier PRES francilien à se lancer dans un contrat de site"

Camille Stromboni
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Bernard Saint-Girons - ©Yann Piriou
Bernard Saint-Girons - ©Yann Piriou

A la tête de l'Université Paris-Est depuis 2010, Bernard Saint-Girons achève son mandat à l'été 2013. Son successeur, Bernard Dizambourg, a été élu le 17 juin 2013. L'occasion pour l'ancien DGES de faire le bilan de ses années à la présidence du PRES, marquées par les investissements d'avenir, dont les succès ne sauraient faire oublier l'échec de l'Idex. Et d'envisager les perspectives nouvelles portées par la loi sur l'ESR.

Vous achevez votre mandat à la présidence de l'Université Paris-Est. Que retenez-vous des ces trois années ?

Mon mandat a été essentiellement marqué par le PIA (programme des investissements d'avenir). Les appels à projets ont démarré dès mon arrivée. Les résultats ont été positifs en matière de cohortes, d'Equipex et de Labex, d’IDEFI ou encore avec la SATT Ile-de-France Innov à laquelle nous sommes associés, notamment avec le PRES Sorbonne Paris Cité. C'est une reconnaissance de notre crédibilité scientifique.

Ensuite, des évolutions institutionnelles ont marqué Paris-Est, dont les statuts ont été modifiés en 2011. Cela s’est traduit par une ouverture à la Région qui siège désormais à notre conseil d’administration, et l’adhésion de deux grands organismes de recherche comme membres fondateurs du PRES, le CNRS et l’Inserm, ce qui a constitué une première !

Mais Paris-Est n'a pas remporté d'Idex…

C'est la plus grande difficulté rencontrée : la gestion de l'échec à l'Idex. Il n'est pas lié à l'insuffisance du projet scientifique, mais au fait que nous n'avions pas la taille critique requise dans l’appel à projets.

La conséquence a été, dans le contexte francilien, la fragilisation du PRES. Par rapport aux résultats de Saclay ou des projets  intra-muros retenus, nous avons pu apparaître un instant dans une situation de relative vulnérabilité. Avec la crainte d'un éclatement, voire d'une "vente à la découpe". Outre ce choc immédiat, le corollaire est l'absence des moyens apportés par l'Idex, dans un contexte financièrement tendu, limitant notre capacité à mener nos projets.

Comment vous avez surmonté ce risque d'éclatement ?

Nous avons connu un trou d'air et dû trouver un deuxième souffle. Cela aurait pu être mortel, si nous n'avions pas eu en parallèle nos succès aux autres appels à projets du PIA. Ces derniers, conçus dans une logique bottom-up à l'inverse de l'Idex, ont complètement mobilisé les équipes. Sachant que nous avons obtenu la plupart des projets que nous avions déposés en tant que porteur, et d'autres auxquels nous sommes associés, cela a permis de prouver la pertinence d'être ensemble.

Et surtout, nous avons gardé cette longueur d'avance, en matière de compétences déléguées au PRES. Les établissements ont en effet très tôt confié la fonction doctorale tout entière au pôle, de l’inscription à la délivrance du diplôme de docteur. Même les Idex actuels travaillent encore pour atteindre un tel degré de mutualisation sur le doctorat.

Etre allé au bout de cette logique nous unit de manière profonde, et constitue une valeur ajoutée considérable. Nous allons également être parmi les premiers à délivrer un doctorat conjoint avec des établissements étrangers dans le cadre d’un programme Erasmus Mundus.

Le PRES Université Paris-Est ne risque-t-il pas de rester limité au doctorat ?

Notons d'abord qu'il ne s'agit pas d’une compétence minime ! Mais la question centrale aujourd'hui, avec les futures communautés d’universités et d’établissements prévues dans la loi ESR, est justement de voir quelles compétences nouvelles mettre en commun. Il s'agira du défi de mon successeur.

Outre un chantier, que nous avons lancé, pour aller vers une politique commune en matière documentaire, l'enjeu se situe sur l'offre de formations. Un travail a débuté sur celle-ci. Il faut créer une complémentarité entre nos établissements pour offrir aux étudiants des parcours appropriés à la diversité de leurs projets. Cela se concrétisera dans la cadre de la prochaine contractualisation.

D'autant qu'à l'horizon 2018, avec le Grand Paris Express, les sites de Créteil et la Cité Descartes seront distants… de 11 minutes ! Il y aura une continuité territoriale permettant aux étudiants de circuler de l'un à l'autre très facilement.

Le défi de mon successeur sera de voir quelles compétences nouvelles mettre en commun

Une fusion entre les deux universités du PRES vous paraît-elle à l'avenir judicieuse ?

Nous ne sommes pas et nous n'avons jamais été un PRES "pré-fusionnel", comme l'était par exemple le pôle marseillais. Avec la diversité de nos établissements – universités, écoles d'ingénieurs, écoles d'architecture, école vétérinaire, organismes de recherche et d'expertise –, une fusion globale n'a déjà pas de sens.

Concernant les deux universités, je pense qu'il est possible d'atteindre les résultats escomptés d'une fusion, en termes de rapprochement, sans en passer par là mais c’est à elles d’en décider. La priorité étant de préserver notre richesse : la diversité.

Le futur format de regroupement ouvert par la loi, la communauté d'universités et d’établissements, vous semble-t-il adéquat ?

J'ai pu être inquiet de voir un modèle unique s’imposer partout, mais loi ESR offre une diversité de modèles satisfaisante. La construction fédérale, notamment envisagée, laisse la liberté aux établissements quant aux compétences mises en commun, et le niveau auquel elles seront déléguées. Chacun pourra opter pour l'organisation de son choix dans le respect de certains principes communs.

En quoi les communautés vont-elles plus loin que les PRES ?

Le souci de collégialité à l'intérieur de ces futures communautés est important, afin d'éviter l'écueil ressenti dans certains PRES d’une déconnexion de la base. Le contrat de site, qui accompagne ces regroupements, sera en outre crucial. Il permettra de situer tous les établissements sur une trajectoire commune,  en recherche et en formation. Dans le même phasage  et surtout : quel que soit le ministère de tutelle.

L'enjeu pour réussir les contrats de site, sera pour nous de réussir une approche interministérielle innovante donnant à l’Etat le levier d’une vision stratégique. Au sein du PRES Université Paris-Est, les établissements dépendent d'au moins cinq ministères. Le souci n'est pas la cotutelle du MESR, c'est que tous les responsables d’établissements puissent signer ce contrat ensemble, ce qui nécessite un accord de toutes les tutelles. Il faut dépasser les visions parallèles en tuyaux d’orgues et réussir sur ce point la modernisation attendue de l’Etat.

Cela va marcher, mais à condition également qu'il y ait un vrai bonus contractuel financier. Ce qui semble être le cas quand on regarde les montants du contrat "Lorraine". Nous pouvons être le premier PRES francilien à se lancer dans un contrat de site, nous y sommes prêts.

De manière plus globale, pensez-vous que ce nouveau texte rompt avec la loi LRU, que vous avez participé à mettre en place à l'époque ?

Il ne s'agit pas d'une loi de rupture, et elle ne veut pas l'être ! Les institutions ont besoin de stabilité et le texte proposé permet de franchir un nouveau cap. Je reste inquiet du sort qui sera fait à l’AERES. S'il faut remettre en cause certaines pratiques jugées bureaucratiques, il faut préserver le principe d’une évaluation indépendante qui existe aujourd’hui partout.

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La biographie de Bernard Saint-Girons
La biographie de Bernard Dizambourg

Camille Stromboni | Publié le

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