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Le palmarès de la recherche en gestion 2018 : la montée en gamme continue

Cécile Peltier
Publié le
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L'Essec, qui a initié le programme d'ouverture sociale "Pourquoi pas moi ?" // DR
L'Essec prend la tête du classement, avec 20 publications en 2016.
Avec 20 publications d’exception, l’Essec devance HEC dans le palmarès de la recherche des écoles de commerce pour la première fois depuis 2013. Une donnée à relativiser, compte tenu de la longueur des cycles de recherche, mais qui témoigne plus généralement d'une progression qualitative.

La recherche n’a cessé de gagner en importance dans la stratégie des écoles de commerce hexagonales. Aiguillonnées par les instances d’évaluation nationales (CEFDG, HCERES) et les organismes d’accréditation (EFMD, AACSB…), les business schools ont massivement investi dans ce secteur, ces dernières années.

Le classement EducPros de la recherche en management le prouve encore une fois : entre 2013 et 2016, le nombre d’articles publiés dans les revues Fnege et CNRS à comité de lecture, et validé par nos soins dans le cadre du palmarès des écoles de commerce de l’Étudiant, a bondi de 27 % (1.001 à 1.275 articles). Les trois quarts des écoles ont amélioré leurs performances. Neoma, qui enregistre la plus forte hausse en valeur absolue, a triplé sa production annuelle (24 à 74 articles). Et ce mouvement ne concerne pas que les établissements les plus gros : l’EMLV ou l’EDC, à la production anecdotique en 2013, ont depuis mené une politique dynamique qui porte ses fruits.

C’est également le cas de l’ISC Paris. Bien décidée à développer sa recherche, la business school a donné la priorité dans ses recrutements aux docteurs ou aux doctorants, accordé des décharges horaires "significatives" et instauré une politique de primes "incitatives" pour les revues classées. "Nous avons aussi travaillé sur la structuration du laboratoire favorisant de manière intensive les débats et les échanges de bonnes pratiques qu’il s’agisse du design des recherches, de la définition des sujets ou de l'interprétation des données…" insiste le directeur général adjoint académique et de la recherche, Tamym Abdessemed.

Et ça marche : l’école, qui affichait trois articles en 2013, en enregistre 27 en 2016, soit une multiplication de sa production par… neuf ! Prochaine étape : gagner en qualité.

Une amélioration des publications depuis cinq ans

L'amélioration de la qualité des publications est l’autre grande tendance de ces cinq dernières années. Entre 2013 et 2016, le nombre d’articles parus dans les revues d’excellence (catégories 1* et 1) est passé de 117 à 140. Une progression tirée par la montée en charge significative des catégories 1 : on en recensait 125 articles pour 2016, contre 93 pour 2013.

Un phénomène qui fait chuter HEC de son piédestal. Si l’éternelle numéro 1, connue pour sa politique exigeante de recrutement et d’incitation, reste, malgré une cuvée 2016 très décevante, loin devant l’Essec et l’EM Lyon en matière de rang 1* (7 catégories 1* pour HEC, contre 3 pour l’EM Lyon et 1 pour l’Essec), ces deux institutions la devancent dès que l'on élargit aux catégories 1. Avec respectivement 19 et 16 articles de rang 1, les deux établissements réalisent une belle année.

Même si la longueur des cycles de recherche (entre trois et quatre ans pour une publication de rang) invite à raisonner dans la durée, ce mini-bouleversement traduit un vrai effort de rattrapage de la part de ces deux institutions.

Des critères d’évaluation durcis à l'Essec

Incapable de rivaliser avec HEC en matière de salaire, l’Essec possède "depuis toujours un système très incitatif de primes indexées sur le rang des publications", souligne José Miguel Gaspar, son directeur de la recherche. En quête d’excellence, l’école a introduit récemment une série de mesures visant à mieux soutenir l’entreprise de longue haleine que représente la publication d’un article dans une revue de rang 1 ou 2.

Réforme de la liste des publications "maison" afin de mieux tenir compte des revues britanniques, renforcement du système de "visiting", politique généreuse en matière de conférences, création d’un prix de recherche financé par la Fondation, budgets conséquents sur des travaux ciblés, mise en place d’une équipe chargée d’accompagner les enseignants dans la recherche de financements extérieurs (appels d’offres, entreprises, etc.)… L'objectif est clair : l'Essec veut monter d’un cran en qualité et créer "un cercle vertueux", susceptible d’attirer de nouveaux talents. "C’est quelque chose que HEC a bien réussi et que j’espère nous allons également y parvenir", confie José Miguel Gaspar.

L’Essec possède depuis toujours un système très incitatif de primes indexées sur le rang des publications.
(J. M. Gaspar)

L’ESC cergyssoise, qui applique depuis quelques années avec plus de fermeté la politique de "tenure" (les enseignants-chercheurs ont un temps limité pour faire leurs preuves et devenir "full professor"), envisage aussi de durcir ses standards d’évaluation et de promotion. Promis, ils ne devraient cependant pas être aussi radicaux que ceux d’HEC : "Un juste milieu est possible entre une certaine pression, inévitable dans un contexte de compétition mondiale, et un besoin de liberté du chercheur inscrit dans l’ADN de l’école", rassure José Miguel Gaspar.

De grosses décharges à l'EM Lyon

Les progrès de l’EM Lyon sont, comme à l'Essec, la conséquence d’une politique volontariste. Ses principaux ingrédients ? Une différenciation assumée entre les enseignants, avec une décharge de cours très conséquente pour les profils "chercheurs", et une revalorisation importante des primes en faveur des rangs 1 et 2. Au détriment des autres.

"Aujourd'hui, la publication d’un article dans une revue de rang 4 rapporte 1.000 euros. Ce montant volontairement peu incitatif a conduit les professeurs qui publiaient dans cette catégorie à préférer d’autres missions comme l’executive education", rappelle Philippe Monin, longtemps doyen associé à la recherche, devenu directeur académique. En revanche, pour une catégorie 1, la prime peut aller jusqu’à 16.000 euros. "Nous ne la versons pas plus d’une ou deux fois par an, au final, c’est très efficace et peu coûteux", affirme le directeur, qui mise aussi sur la qualité de vie lyonnaise pour retenir les talents.

Ce package, assure-t-il, a permis depuis trois ans de mettre fin au turn-over de la faculté et de "recruter au niveau mondial". "On vient d’embaucher un enseignant-chercheur du MIT [Massachussets Institute of technology] et deux autres issus de Kellogg's." Son objectif ? "Atteindre 60 % de la faculté vraiment active en recherche, dont les deux-tiers publiant dans des revues d’excellence (rangs 1 et 2)" d'ici à quelques années.

À Skema, des objectifs contractualisés et évolutifs

En milieu de tableau, Skema, qui a clairement misé ces dernières années sur la qualité au détriment de la quantité, voit ses efforts payer, avec neuf articles dans des revues de haut niveau en 2016, contre 3 en 2015. "Nous visons une recherche de qualité, mais pas seulement les catégories 1 pour gagner en visibilité, et nous avons décidé de nous concentrer sur les thématiques qui sont dans notre ADN, comme l’entrepreneuriat, la fintech…" précise la directrice faculté et de la recherche, Helen Bollaert.

Certains juniors à haut potentiel peuvent avoir des objectifs supérieurs à ceux d’un full professor.
(H. Bollaert)

Des objectifs souples, amenés à évoluer : "Nous privilégions une vraie gestion de carrière. Certains enseignants arrivent avec des objectifs modestes et révèlent leur potentiel, et inversement : d’autres les revoient à la baisse", soutient Helen Bollaert. Pas besoin non plus d’être un gros publiant pour évoluer : "Certains juniors à haut potentiel peuvent avoir des objectifs supérieurs à ceux d’un full professor."

21 institutions ont publié dans des revues de rang 1 et 1* en 2016

Cette course aux étoiles ne concerne pas que les grosses institutions. En 2016, 21 d’entre elles ont publié dans des revues de rang 1 et 1*, contre 15 en 2013. Dans le lot : des grandes, des petites, des établissements post-prépa (EM Strasbourg, Burgundy School of Business, La Rochelle BS, ICN), des postbac (Iéseg, Essca, Ipag, EMLV). Un club qui, compte tenu de la longueur des calendriers de publication, est soumis à des fluctuations importantes d’une année sur l’autre…

Mais comment faire partie de ce cercle, lorsqu’on n’a pas les moyens d’une grande ? Pour Benjamin Morisse, directeur général adjoint en charge de la faculté et de la recherche de l’Essca, témoin des débuts de la recherche au début des années 2000, il s’agit avant tout d’une question de patience :"Nous avons visé le long terme à travers la qualification doctorale du corps professoral existant, puis des recrutements qui nous ont permis de muscler l'équipe. Aujourd’hui, ce travail commence à porter ses fruits dans les revues de rang 1 et 2."

Outre les classiques primes et un système de profil avec plus ou moins de temps accordé à la recherche, l’Essca s’est beaucoup appuyée sur ses partenaires étrangers : "Aujourd'hui, les meilleurs articles publiés dans les ‘top tier journals’ [revues les mieux classées, rangs 1 et 2] sont presque tous le résultat de coopérations internationales", analyse le DGA. L'école a également mené un gros travail de formation, à travers des ateliers d’écriture animés par les rédacteurs en chef de revues prestigieuses, ou encore le recours aux services de professionnels de la traduction.

Aujourd’hui, 10 % de ses 40 millions d’euros de budget sont consacrés à la recherche : "C’est un gros effort pour l’institution, mais tellement de choses en dépendent…" Un sacrifice jugé excessif par certains acteurs du milieu, qui plaident pour la création de business schools axées sur l’enseignement et d’autres sur la recherche…

Nombre de publications 1*, 1e, 1g, 1eg et 1 Nombre de professeurs en 2016–2017
Établissements 2016 2015 2014 2013
Essec, Cergy-Pontoise 20 14 11 12 132
EM Lyon 19 9 11 12 110
HEC, Jouy-en-Josas 19 36 33 37 137
Kedge, Bordeaux, Marseille 12 9 9 7 154
Grenoble École de management 9 8 5 5 135
Iéseg, Lille, Paris 9 6 5 11 112
Skema, Lille, Nice, Paris 9 3 3 4 80
Edhec, Lille, Nice, Paris 8 5 10 13 105
Toulouse Business School 6 2 1 2 86
Audencia, Nantes 4 3 1 0 107
ESCP Europe, Paris 4 7 6 6 132
ICN, Nancy, Metz 4 1 0 0 58
Rennes School of Business 4 4 10 0 83
Burgundy School of Business 3 3 0 1 64
Ipag, Paris, Nice 3 8 1 1 97
Montpellier Business School 2 1 0 1 64
EM Strasbourg 1 2 1 2 81
EMLV, Paris 1 1 0 0 32
Essca Angers, Paris, Aix, Bordeaux, Lyon 1 2 0 0 122
Neoma, Reims, Rouen 1 11 2 3 136
EBS, Paris 0 0 1 0 34
EM Normandie 0 1 0 0 62
La Rochelle Business School 0 1 0 0 82
ESCE, Paris 0 1 0 0 53
Esdes, Lyon 0 1 0 0 42
Inseec, Bordeaux, Paris, Chambéry 0 1 1 0 92
Télécom EM, Évry 0 1 2 0 51

Méthodologie

Pour établir notre palmarès, nous avons retenu le nombre total d'articles parus dans les revues référencées par la Fnege (Fondation nationale pour l'enseignement de la gestion des entreprises) et le CNRS dans les catégories 1*, 1e, 1g, 1eg et 1 du 1er janvier 2016 au 31 décembre 2016. Le délai de publication dans ces journaux étant souvent très long, nous avons fait le choix d'étendre notre période de référence à quatre ans.

Les données ont été collectées auprès des établissements dans le cadre des palmarès des écoles de commerce de l'Etudiant et vérifiées par ses journalistes.

Tous les résultats du palmarès des grandes écoles de commerce de l'Étudiant


Cécile Peltier | Publié le

Vos commentaires (5)

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Ludmilla.

Madame Peltier, à bien regarder le classement, vous n'avez pas du tout fait attention à l'achat des publications. Honte à vous et vérifiez mieux!!!Il y a aussi les faux contrats de professeurs permanents!!! les faux permanents sur 4 ou 5 jours!! car ces professeurs ne font pas des cours,ne sont pas responsables de cours, ils travaillent pour une autre institution, ils sont payé seulement pour mettre l'affiliation de l'école payante sur leur publications en première place!!donc votre classement est inutile!!

Gérard.

Bonjour, Le "Nombre de professeurs en 2016–2017" inclut-il les enseignants professionnels, ceux qui ne font que de l'enseignement, ou seulement les "Professeurs-Chercheurs" Merci.

Peltier.

Bonjour Tarot2018, Merci pour votre intérêt. Lors du travail de vérification mené dans le cadre du palmarès, nous ne tenons compte que des professeurs permanents présents au moins 4 à 5 jours par semaine (définition CEFDG) et retirons les achats de publications !

mk.

En effet : certaines écoles font appel à des profs de fac qui ne mettent jamais (ou presque) les pieds dans leurs locaux, mais qui indiquent le nom de cette école dans leurs publications (moyennant prime). Cela fausse tout et c'est déloyal. Par ailleurs, il faut noter que certaines écoles paient très cher d'excellents chercheurs, qui ne font que cela, et qui ne sont pour autant pas obligatoirement de bons pédagogues. De fait, une école peut avoir un bon score sur les publis, cela n'indique en rien que c'est une bonne école sur tous les autres critères. Enfin, c'est un peu trompeur de ne regarder les publications que dans les top revues : c'est comme ne regarder que les médailles d'or aux JO, en négligeant celles d'argent ou de bronze.

Tarot2018.

Pourquoi ne pas tenir compte des chercheurs multi affilié, ou des "achats" de publications? Cette pratique a toujours lieu, il serait temps d'ouvrir les yeux et de déclasser les établissements qui pratiquent cela

Ludmilla.

Bravo Tarots 2018, il faut ouvrir les yeux!!