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Prérequis, budget, gouvernance des universités... Les chantiers de Frédérique Vidal

Laura Taillandier  |  Publié le

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Frédérique Vidal, ministre de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Innovation
Budget, entrée à l'université, sélection en master... L'année universitaire de Frédérique Vidal s'annonce chargée. // © Patrice Normand/Leextra pour l'Etudiant

Les dossiers s'accumulent sur la table de la ministre de l'Enseignement supérieur, de l'Innovation et de la Recherche. En cette première rentrée du quinquennat, Frédérique Vidal devra mener de front plusieurs réformes structurantes, dans un contexte budgétaire encore incertain.

L'année sera chargée pour Frédérique Vidal. Pour sa première rentrée universitaire en tant que membre du gouvernement, la ministre de l'Enseignement supérieur, de l'Innovation et de la Recherche devra avancer sur plusieurs dossiers cruciaux. Et sur le dessus de la pile, la concertation sur le premier cycle universitaire, qui devrait aboutir à la création d'un contrat de réussite étudiant.

Démarrées avant l'été, ces discussions, qui doivent aboutir à la fin du tirage au sort à l'entrée en licence, reprennent jeudi 31 août. Tout au long du mois de septembre, les échanges entre les 25 organisations se poursuivront dans le cadre de groupes de travail. C'est qu'il faut faire vite : les conclusions doivent être livrées en octobre afin de paramétrer de justesse la plate-forme Admission postbac pour le début des préinscriptions des lycéens à la fin du mois de janvier 2018.

prérequis et dispositifs de remédiation

Les discussions tournent autour de trois enjeux : un travail sur l'orientation et l'information des lycéens, la définition de prérequis et l'accompagnement à fournir aux étudiants afin qu'ils les acquièrent. "Un élève issu d'une filière littéraire et qui veut suivre des études supérieures dans un domaine scientifique, il faudra lui donner les bases pour réussir", illustrait Frédérique Vidal, le 24 août 2017, au micro de franceinfo.

Cet accompagnement des étudiants pourrait prendre différentes formes. "Je ne suis pas certaine qu’un modèle unique doive s’imposer. Des universités pourront proposer des années de propédeutique, d’autres des systèmes mixtes, avec des licences en quatre ans", souligne la ministre, auditionnée le 19 juillet 2017 par la commission éducation de l'Assemblée nationale. 

Un plan sur la vie étudiante pour la rentrée 2018

Opposées à l'instauration de prérequis, les organisations étudiantes pourraient bien obtenir des contreparties. Selon le Premier ministre, Édouard Philippe, le contrat de réussite étudiant comportera en effet un "volet pouvoir d’achat", avec des mesures en faveur du logement et de la santé. Prévu pour septembre 2018, ce plan de vie étudiante doit permettre de réduire le coût de la rentrée, selon le ministère.

Le gouvernement étudie ainsi avec l'organisme Action logement la possibilité pour l'État de se porter caution pour les étudiants. Vont également débuter la construction des 60.000 logements promis par Emmanuel Macron pour la fin du quinquennat. Une autre piste pour maîtriser le coût du logement consiste à figer les loyers du Crous, qui concernent 10 % des étudiants. Ce qui était le cas pour cette rentrée.

Sur le volet santé, les étudiants pourraient bénéficier du régime général de la Sécurité sociale. Un sujet attendu par les organisations étudiantes, et notamment la Fage, mais qui reste sensible. Les mutuelles ont déjà commencé à réagir, comme la LMDE, qui s'étonne de ne pas être associée aux discussions.

Politique de site : des questions en suspens 

Autre sujet brûlant : la gouvernance des universités. Un projet de loi d'habilitation permettant d'injecter plus de souplesse dans la politique de regroupement d'établissements est actuellement examiné par le Conseil d'État. Une fois que ce dernier aura rendu son avis, le ministère pourra ouvrir une concertation avec les acteurs de la communauté universitaire pour plancher sur l'ordonnance qui suivra ce texte, d'ici à l'automne 2018.

Le projet offre la possibilité aux établissements et aux regroupements d'établissements de s'unir sous deux formes possibles : l'EPCSCP (Établissement public à caractère scientifique, culturel et professionnel) ou la Comue (Communauté d'universités et établissements), toutes deux bénéficiant d'un "régime expérimental", d'une durée maximale de quinze ans. L'objectif ? Laisser les sites proposer des modèles de gouvernance répondant à leurs attentes.

Mais des questions restent toutefois en suspens. Même si la personnalité morale des établissements regroupés est conservée durant la phase d'expérimentation, comment faire machine arrière quinze ans après ? Quel poids donner à la "superstructure" par rapport aux membres qui la composent ? Quel cadre donner aux expérimentations pour ne pas aboutir à la multiplication des statuts et à un éclatement des structures de l'enseignement supérieur ?

L'évaluation des enseignants-chercheurs sur la table ?

Sujet jugé moins "prioritaire" mais également dans la ligne de mire du ministère : l'évaluation des enseignants-chercheurs. Frédérique Vidal souhaite aborder ce dossier au niveau européen. "Avec mon homologue danois, nous envisageons de définir des critères pour évaluer l'ensemble de [leur] carrière, a annoncé la ministre le 11 juillet 2017 devant la commission éducation du Sénat. Aujourd'hui, un enseignant-chercheur, comme un chercheur, n'est évalué que sur ses publications [...]. Il n'existe aucun critère pour évaluer l'investissement pédagogique ou administratif."

En abordant ce sujet, Frédérique Vidal s'attend "à une levée de boucliers, d'autant qu'une proposition d'évaluation individuelle des enseignants-chercheurs se heurte à l'opposition de plus de la moitié des membres du CNU (Conseil national des universités)".

BUDGET : À QUEL MONTANT S'ATTENDRE ?

Si la liste des réformes programmées s'allonge, les acteurs de l'enseignement supérieur, eux, s'interrogent sur le budget qui leur sera alloué. La CPU (Conférence des présidents d'université) a été claire : aucun changement n'est possible sans moyens supplémentaires, tant les universités sont déjà à flux tendu face à l'arrivée massive d'étudiants supplémentaires à chaque rentrée. D'autant que, selon la Cour des comptes, 15 universités étaient déjà dans le rouge en 2016, dont six en situation très dégradée, avec un risque d'insoutenabilité à court ou moyen terme.

Les signaux négatifs concernant le budget 2018 se sont multipliés avant l'été : annulation de crédits à hauteur de 331 millions d'euros sur le budget 2017, baisse de 5 euros de l’APL (aide personnalisée au logement)... Jusqu'à la déclaration formelle du président de la République en juillet : "Aucun autre budget que celui des Armées ne sera augmenté en 2018."

Pourtant, du côté de l'Éducation nationale, le chef de l'État a semble-t-il lâché du lest. Jean-Michel Blanquer a déjà annoncé que le budget de son ministère bénéficierait d'une hausse de 1,2 milliard, passant de 49,3 à 50,5 milliards d’euros (hors pensions et cotisations). Un bon présage pour la Rue Descartes ? Quoi qu'il en soit, la ministre l'assure : "L’enseignement supérieur et la recherche figurent au rang des priorités budgétaires, ce qui se reflétera dans le budget 2018 en cours d’élaboration."

Idex, sélection en master, emprunt, frais d'inscription...

La ministre devra également composer avec d'autres actualités. La première : les Idex, avec la réévaluation attendue des dossiers de PSL et Paris-Saclay dont la phase probatoire arrive à échéance cet automne. De même qu'à la fin de l'année, le soutien financier accordé à l'Université fédérale de Toulouse et à l'USPC s'arrête, après leur perte de l'Idex, en 2016. Les deux regroupements planchent depuis sur de nouveaux dossiers.

La rentrée sera aussi l'occasion de faire un premier bilan du droit à la poursuite d'études en M1. Le site trouvermonmaster.gouv.fr était avant l'été peu fréquenté, tandis que le nombre de recours sur la sélection en M1 et M2 devant les tribunaux administratifs s'est, lui, multiplié durant les vacances.

Autre sujet que souhaite aborder la ministre : la possibilité pour les universités d'emprunter. Celles-ci n'ont, à ce jour, le droit d'utiliser leurs bâtiments que pour leur fonctionnement propre et ne peuvent ni louer leurs locaux l'été, ni déléguer leurs missions à un organisme privé.

Le gouvernement étudie enfin la possibilité d'augmenter les frais d'inscription pour les étudiants extracommunautaires, ainsi que le rétablissement des bourses au mérite.

Laura Taillandier  |  Publié le

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