Les grandes écoles font le pari de l’intelligence artificielle

Louise Claereboudt
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Les grandes écoles font le pari de l’intelligence artificielle
// ©  panuwat/Adobe STOCK
Alors que l’intelligence artificielle prend de plus en plus de place dans tous les domaines de notre société (la santé, l’industrie ou encore l’éducation), les grandes écoles françaises tentent de se frayer un chemin pour s’imposer sur la scène internationale. Un défi de taille face aux géants américains et chinois.

"Il y a 12 mois, quand nous avions annoncé la création d’une école d’intelligence artificielle, nous étions les seuls, et tout le monde disait que nous étions fous", se souvient Alice Guilhon, directrice générale de Skema, l’une des principales business school françaises qui s’est dotée d’un laboratoire en "intelligence augmentée", à Montréal.

Recruter les futurs managers et ingénieurs de l'IA

À l’heure où l’IA traverse tous les secteurs de l’économie, ces réticences ne semblent aujourd’hui plus d’actualité. "Il y a un phénomène de maturation qui s’est opéré même si nous n'en sommes qu’aux balbutiements", observe Alice Guilhon. Les recruteurs sont plus que jamais à la recherche de profils spécialisés dans ces domaines. Et les grandes écoles, notamment d’ingénieurs, mais aussi de commerce, l’ont bien compris.

Il y a un phénomène de maturation qui s’est opéré même si nous n'en sommes qu’aux balbutiements. (A. Guilhon, Skema)

Lors d’une conférence de presse, mardi 15 septembre, l’Institut polytechnique de Paris et HEC Paris ont ainsi annoncé le lancement de "Hi! Paris", un centre interdisciplinaire de recherche et d’enseignement consacré à l’IA et aux sciences des données. Celui-ci s’appuiera sur les 300 chercheurs des deux partenaires et formera les futurs ingénieurs et managers de l’IA. "Ici, on prend une école d'ingénieurs et une business school de classe mondiale, on les fusionne, et la magie opère : on crée de nouvelles manières de penser des solutions aux grands problèmes", explique Peter Todd, directeur général d’HEC Paris.

Skema ouvre un laboratoire en "intelligence augmentée"

Défendre la souveraineté française et européenne

L’objectif du centre est ambitieux : devenir un leader mondial du domaine d’ici cinq ans, ce qui permettra de contribuer "au développement d’une souveraineté numérique de la France et de l’Europe, assurant la compétitivité de ses entreprises, l’efficacité de ses administrations, et la qualité de vie de ses citoyens", assure Éric Labaye, président de l’Institut polytechnique de Paris et de l’École polytechnique. Une philosophie soutenue par Cédric O, secrétaire d’État au Numérique, pour qui la France a "une carte à jouer".

Il nous faut un M.I.T de France. (P. Todd, HEC)

Porté par cinq mécènes fondateurs (L’Oréal, Capgemini, Total, Kering et Rexel), “Hi! Paris” entend rivaliser avec la Chine et les Etats-Unis, avec un budget annuel de 50 millions d’euros. “Il nous faut un M.I.T [Massachusetts Institute of Technology, ndlr] de France”, prône Peter Todd. Pour cela, l’IP Paris et HEC Paris souhaitent réunir “les meilleurs esprits et les meilleurs talents” pour travailler sur de nouveaux programmes éthiques et responsables alliant les sciences, la technologie, le business et les enjeux sociétaux.

La recherche sommée de se mettre au service de la "deep tech Nation"

Une révolution éthique ?

Ancien président de l’emlyon, Tawhid Chtioui s’est lui aussi fixé un objectif similaire en lançant Aivancity School for Technology, Business & Society, une nouvelle école privée spécialisée dans l’intelligence artificielle qui ouvrira ses portes à la rentrée 2021 sur le campus de Paris-Cachan. Avec toutefois une particularité : "Nous ne sommes ni école de commerce ni école d’ingénieurs. Nous sommes en dehors des périmètres classiques", insiste Tawhid Chtioui. Cette école "hybride" proposera des programmes allant de post-bac à bac+8, "accessibles à des jeunes qui viennent des sciences politiques, de la littérature, de la santé etc."

Convaincu que l’IA n’est pas uniquement un "objet technologique" réservé aux scientifiques, Tawhid Chtioui ambitionne de former des "AIgineers" (une marque qu’il a, par ailleurs, déposée) capables de "répondre aux nombreux défis de l’économie et de la société relatifs à l’exploitation du potentiel de la data et de l’IA, de développer les programmes informatiques permettant d’accélérer la performance des entreprises et d’assurer la transition vers une industrie 4.0".

Nous ne sommes ni école de commerce ni école d’ingénieurs (T. Chtioui, Aivancity School of Technology)

Une attention toute particulière sera portée aux notions d’éthique, de confiance et de responsabilité. "Il existe beaucoup de fantasmes autour de l’IA, mais il y a aussi des choses qu’on ne souhaite pas voir apparaître", assure Emmanuel Goffi, professeur associé en éthique de l’IA et directeur de l’Observatoire Éthique & Intelligence Artificielle de l’Institut Sapiens. Reste à voir si ces nouveaux parcours attireront autant que Skema. "Beaucoup d’étudiants cette année, au concours, ont dit qu’ils voulaient venir à Skema parce qu’ils souhaitaient avoir cette spécialisation hybride en IA", se félicite Alice Guilhon.


Louise Claereboudt | Publié le

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