Transition écologique : les écoles d’ingénieurs ouvrent la voie

Thibaut Cojean
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Transition écologique : les écoles d’ingénieurs ouvrent la voie
Les écoles d'ingénieurs ont plus intégré dans leurs programmes les défis de la transition écologique que les autres formations du supérieur. // ©  DEEPOL by plainpicture/Kentaroo Tryman
Dans son “grand baromètre” de la transition écologique dans le supérieur, l’association “Pour un réveil écologique” salue le travail fait par les écoles d’ingénieurs, plus impliquées sur cette question que leurs homologues de management ou que les universités. Mais construire un ingénieur du futur actif sur la transition écologique demande d’abord beaucoup d’adaptabilité de la part des écoles.

Dans les grandes écoles, la transition écologique devient un critère d’orientation de plus en plus important. Si bien que les étudiants deviennent particulièrement attentifs aux programmes des formations. Et dans le spectre de l’enseignement supérieur, les écoles d’ingénieurs ont déjà une longueur d’avance.

La transition écologique, d’abord un enjeu scientifique

En février dernier, l’association "Pour un réveil écologique" a publié un "grand baromètre" de la transition écologique dans le supérieur, une enquête sur les engagements en matière d’écologie des universités, des écoles de commerce et des écoles d’ingénieurs françaises.

"Depuis deux ans, on constate d’énormes améliorations des écoles, qui commencent à prendre en compte ce que ça signifie pour les étudiants", analyse Caroline Mouille, étudiante en agronomie et coordinatrice du rapport. Mais cette prise en compte est inégale : "Les écoles d’ingénieurs comprennent vraiment, les écoles de commerces commencent, et c’est plus compliqué dans les universités."

Selon Emeric Fortin, responsable des formations au développement durable à l’école des Ponts ParisTech, les bons points des écoles d’ingénieurs s’expliquent avant tout car "un certain nombre de problématiques environnementales concernent le scientifique". Au-delà des "compétences techniques" que demandent ces métiers, il donne l’exemple de la compréhension de la nature et du climat, qui "relève des sciences dures".

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Quel(s) rôle(s) pour l’ingénieur du 21e siècle ?

Au sein de son établissement, la structuration des cursus autour de la transition écologique a démarré en 2012, avec l’objectif de "préparer les acteurs de la transformation". Le professeur insiste sur le mot "acteur", car il souhaite qu’une fois diplômés, ses étudiants soient capables de "déployer des stratégies". C’est également dans ce sens que le Shift Project accompagne en ce moment le groupe Insa dans la création de projets pilotes visant à mieux intégrer les enjeux écologiques dans les formations. "Nous voulons poser un cadre sur le rôle de l’ingénieur du 21e siècle", explique Damien Amichaud, chef de projet au sein du think tank. Cela demande un "travail d’intégration des compétences et connaissances des ingénieurs de demain".

Selon lui, le rôle de ces futurs diplômés dépassera les aspects techniques et scientifiques, et demandera par exemple des connaissances "des enjeux socio-écologiques, des contraintes sociétales, ou des systèmes industriels et économiques". Une approche "transdisciplinaire" qui explique aussi en partie la facilité des écoles d’ingénieurs à intégrer ces enjeux dans leurs programmes. "La présence des sciences sociales en écoles d’ingénieurs ne date pas d’hier", rappelle Emeric Fortin.

Mais la prise en compte de ces questions n’est pas à mettre uniquement au crédit des écoles. "Sans la mobilisation étudiante, il n’y aurait pas eu ce genre de projets", considère Damien Amichaud, qui salue les "manifestations, sondages et manifestes en ligne, qui font bouger les choses du côté des formations". Cela se ressent également en cours. "Aujourd’hui, je ne fais plus de sensibilisation en première année, raconte Emeric Fortin. Une majorité d’élèves a une grande connaissance des enjeux et pousse pour la transition."

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Une transformation engagée en réponse aux engagements étudiants

"La demande des étudiants est énorme, " confirme Caroline Mouille. "Parfois, on apprend des choses à nos enseignants." L’étudiante rappelle que "’Pour un réveil écologique’ défend une position radicale" de la transition écologique, "dans le sens ambitieux". Les écoles d’ingés sont sur la même ligne, mais tentent d’équilibrer l’appétit des étudiants avec les contraintes des entreprises. "Les problèmes sont beaucoup trop complexes pour apporter des solutions clés en main, explique le professeur de l’école des Ponts ParisTech. On leur apprend cette complexité."

Damien Amichaud, également auteur du rapport "Former l’ingénieur du XXIe siècle", pense que cela passera entre autres par la réflexivité, l’esprit critique, l’analyse scientifique ou encore l’actualisation constante de ses connaissances. En outre, la transition écologique présente "tellement d’enjeux que l’éthique va devenir un moyen de décision". La transformation du métier passera donc par l’adaptation des écoles. Celles du groupe Insa devaient lancer leurs premiers projets pilotes en 2021, mais ce calendrier sera probablement légèrement retardé en raison de la crise sanitaire.

Dans le reste du monde ingénieur, "la majorité des écoles fait du renforcement de cours thématiques", observe Emeric Fortin, qui a représenté la CDEFI au sein du groupe de pilotage du rapport Jouzel. Et si aujourd’hui la "structuration complète ne concerne que quelques établissements", un mouvement d’ampleur pourrait se dessiner. "L’approche globale suit de plusieurs années la prise de conscience, explique-t-il. Or cette prise de conscience est déjà bien installée."


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