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Portrait-robot du directeur d'IEP

Marie-Anne Nourry
Publié le
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V. Hoffmann-Martinot (Bordeaux), C. Braconnier (Saint-Germain en Laye), G. Eckert (Strasbourg), R. Mehdi (Aix), P. Raimbault (Toulouse), P. Le FLoch (Rennes), V. Michelot (Lyon), F. Mion (Paris), J-C. Froment (Grenoble) et B. Lengaigne (Lille)
V. Hoffmann-Martinot (Bordeaux), C. Braconnier (Saint-Germain en Laye), G. Eckert (Strasbourg), R. Mehdi (Aix), P. Raimbault (Toulouse), P. Le FLoch (Rennes), V. Michelot (Lyon), F. Mion (Paris), J-C. Froment (Grenoble) et B. Lengaigne (Lille) // ©  Photos fournies par les établissements

En l'espace de deux ans, plus de la moitié des instituts d'études politiques auront renouvelé leur tête. En régions, le profil des directeurs reste inchangé : un homme de moins de 50 ans, professeur des universités, avec tout de même une connaissance de plus en plus fine de l'international.

Depuis l'ouverture de Sciences po Saint-Germain-en-Laye à la rentrée 2014, les IEP (instituts d'études politiques) sont désormais au nombre de dix. Aux commandes de ces établissements sélectifs, neuf hommes et une femme. Si les profils  présentent de nombreux traits communs en régions, celui du directeur de l'institut parisien continue quant à lui de se distinguer, que ce soit en termes de diplômes ou de niveau de rémunération.

Ancrage local

À la différence des grandes écoles de commerce et d'ingénieurs qui recrutent leur directeur au niveau national, les IEP préfèrent se concentrer chacun sur leurs territoires. Près de la moitié des patrons sont même diplômés de leur maison : Vincent Hoffmann-Martinot à Bordeaux, Jean-Charles Froment à Grenoble ou encore Philippe Raimbault à Toulouse. "Les IEP sont des petits établissements et on n'y vient pas par hasard, c'est un choix de carrière", affirme ce dernier.

D'autres, s'ils n'ont pas été formés dans leur établissement, y ont assumé des responsabilités avant d'être élus. À Lyon, Vincent Michelot était directeur des relations internationales. À Rennes, Patrick le Floch était directeur des études. "Pour prendre la tête d'un IEP, il est crucial de connaître l'établissement et d'acquérir une légitimité auprès des étudiants, qui représentent un tiers des voix au conseil d'administration, indique celui-ci. Certes, nous recrutons nos étudiants et nos enseignants-chercheurs au niveau national, mais le directeur, lui, doit avoir une inscription territoriale forte."

Une pointe d'international

À côté de cet ancrage régional, la quasi-totalité des directeurs d'IEP affichent une solide connaissance de l'international, souvent en lien avec leur domaine. À titre d'exemple, le Lyonnais Vincent Michelot, spécialiste de l'histoire des États-Unis, siège au conseil scientifique de l’Institut des Amériques et au conseil d’administration de la commission Fulbright.

À l'inverse, l'économiste Patrick le Floch a effectué la totalité de son parcours en France. "Ce qui compte, souligne-t-il, c'est la capacité à s'entourer de spécialistes qui ont cette ouverture internationale, désormais fondamentale dans les IEP. À Sciences po Rennes, j'ai recruté une directrice des relations internationales franco-brésilienne qui parle cinq ou six langues."

Portrait-robot directeur d'IEP 2015

Des formations de haut niveau

Les directeurs des IEP de régions sont tous titulaires d'un doctorat. "Le directeur est quelqu'un qui a vocation à enseigner, c'est écrit dans l'article 9 du décret des IEP, il est donc logiquement choisi parmi les enseignants-chercheurs, expose Philippe Raimbault, directeur de Sciences po Toulouse. D'ailleurs, quand on voit des énarques postuler en régions, ça nous fait bondir ! Le fait d'avoir affaire à un collègue universitaire, c'est la garantie qu'il connaisse les trois volets de notre métier : l'enseignement, la recherche et l'administration. Et de ne pas tomber dans une logique de pure gestion."

Les deux domaines de spécialité les plus représentés sont le droit public et la science politique. "Mais cela varie selon les périodes, note Patrick le Floch. La constante est que la majorité des profils correspondent aux matières fondamentales : droit public, science politique, histoire et économie."

Quand on voit des énarques postuler en régions, ça nous fait bondir !
(P. Raimbault)

L'exception parisienne

Aucun des trois nouveaux directeurs qui prendront leurs fonctions d'ici au 1er septembre n'échappe à ce portrait-robot. À Aix, le docteur en droit public Rostane Mehdi a exercé de nombreux mandats au sein de l’université voisine Aix-Marseille. Le Strasbourgeois Gabriel Eckert, qui prendra la direction de Sciences po Strasbourg, est professeur de droit public également. Quant à Benoît Lengaigne, directeur de Sciences po Lille à partir du 1er septembre, il est maître de conférences en sciences économiques et connaît bien l'institut pour en avoir été directeur adjoint pendant sept ans.

Finalement – et sans surprise –, le seul directeur dont les traits ne correspondent pas à ce profil est l'énarque Frédéric Mion. Membre du Conseil d'État, comme son prédécesseur Richard Descoings, il a effectué une grande partie de sa carrière dans le secteur privé, d'abord en tant qu'avocat puis comme secrétaire général du groupe Canal +.

Côté rémunération, le Parisien se distingue encore de ses homologues de régions. Frédéric Mion est de loin le mieux payé, avec un salaire brut annuel qui s'élève à 200.000 euros, son établissement étant doté d'un statut hybride, en partie privé. En régions, les directeurs perçoivent leur rémunération d’enseignant-chercheur, soit entre 37.000 euros (professeur de 2e classe) et 73.000 euros brut annuel (professeur de classe exceptionnelle), à laquelle s’ajoute une prime d’administration mensuelle de 700 euros brut.

La seule femme à la tête du plus jeune IEP 

L'unique femme de la bande des dix, Céline Braconnier, a été élue fin 2014 à la tête du tout jeune IEP de Saint-Germain-en-Laye, qui a vu le jour la même année. Agrégée d'histoire et professeure en science politique diplômée de Paris 1, elle enseignait auparavant à l'université de Cergy-Pontoise.

La dernière femme en date à la tête d'un IEP était Laure Ortiz, qui a effectué deux mandats à Toulouse, de 2000 à 2010. La professeure de droit public préside à présent l'association Sciences po-Europe, qui réunit six IEP (Aix, Lille, Lyon, Rennes, Strasbourg, Toulouse).

"Ce que l'on observe dans les IEP, on l'observe dans la majorité des établissements, remarque Patrick le Floch, directeur de Sciences po Rennes. La situation va forcément évoluer avec le temps."

Biographies des directeurs des 9 IEP de régions

Aix : Rostane Mehdi, 49 ans, professeur de droit public, élu en 2015
Bordeaux : Vincent Hoffmann-Martinot, 57 ans, professeur de science politique, élu en 2007 et 2012
Grenoble : Jean-Charles Froment, 47 ans, professeur de droit public, élu en 2012
Lille : Benoît Lengaigne, 43 ans, maître de conférences en économie, élu en 2015
Lyon : Vincent Michelot, 54 ans, professeur de civilisation, élu en 2014
Rennes : Patrick le Floch, 48 ans, maître de conférences en économie, élu en 2009 et 2014
Saint-Germain-en-Laye : Céline Braconnier, 46 ans, professeure de science politique, élue en 2014
Strasbourg : Gabriel Eckert, 51 ans, professeur de droit public, élu en 2015
Toulouse : Philippe Raimbault, 43 ans, professeur de droit public, élu en 2010 et 2015

Biographie des derniers directeurs de Sciences po Paris
Frédéric Mion, 46 ans, énarque, élu en 2013
Richard Descoings, décédé en 2012 à 53 ans, énarque, élu en 1996, réélu trois fois

Marie-Anne Nourry | Publié le

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WARGNIER.

Institut de sciences quoi ? : politiques = A quand la parité ?