Réforme des études de santé : le couac du numerus apertus

Pauline Bluteau
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Réforme des études de santé : le couac du numerus apertus
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Il aurait dû être publié en mars 2020, mais plus d'un an plus tard, le numerus apertus vient à peine d'être officialisé le vendredi 7 mai, provoquant inquiétude et incompréhension chez les étudiants en PASS et L.AS. Un couac qui en dit long sur la mise en place laborieuse de la réforme des études de santé dans son ensemble.

"Les étudiants sont très inquiets et cela s’accentue avec toutes ces incertitudes. Il faut dire que le Conseil d’Etat ne nous aide pas non plus", lâche Macha Woronoff, présidente de la commission Santé à la CPU et présidente de l’université de Franche-Comté. En place depuis la rentrée 2020, la réforme du premier cycle des études de santé ne cesse d’être critiquée.

Une critique en partie due au manque de communication des ministères de tutelle que sont celui de l’Enseignement supérieur et la Santé. Mais aussi par de nouvelles décisions comme celle du Conseil d’Etat, suspendant l'arrêté du numerus clausus pour les PACES trois mois après sa publication, qui ne font qu’ajouter du flou et de l’incertitude, à la fois chez les étudiants et du côté des universités. Une fois de plus, la question des numerus clausus et apertus, autrement dit, des capacités d’accueil en deuxième année de santé, semble pointée du doigt.

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Un an de retard sur la publication du numerus apertus

Comme le confirme le ministère de l’Enseignement supérieur (Mesri), "les universités devaient afficher le nombre de places ouvertes dans les formations MMOP au plus tard au 31 mars 2020" pour l’année 2021–2022. Une date qui a ensuite été décalée au 1er octobre 2020 "en raison de la crise sanitaire". Mais en mars 2021, toujours rien. "La première réunion de la conférence nationale fixant les objectifs de formation des professionnels des filières médicales (…) a eu lieu le 26 mars [2021]. Les universités n’avaient donc pas à leur disposition les guides constitués par les objectifs nationaux pluriannuels, ce qui a ralenti le processus", tente d’expliquer le ministère.

À plusieurs reprises, le Mesri et sa ministre Frédérique Vidal s’étaient pourtant engagés à officialiser les capacités d’accueil dans les universités pour la rentrée prochaine, d’abord mi-mars, puis fin mars 2021. Mais selon différentes sources, jusqu'à fin avril plusieurs universités n'avaient toujours pas communiqué le numerus apertus 2021–2022 à leurs étudiants en PASS ou en L.AS, alors même que la fin de l’année approche. Un arrêté publié finalement le 7 mai précise les capacités d'accueil globales pour intégrer la deuxième année d'études de santé par universités.

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Une lenteur due à une incompréhension sur le processus à suivre

Au Mesri comme à la CPU (Conférence des présidents d'université), ce retard s’explique d’abord par la crise sanitaire. "Il ne faut pas sous-estimer la crise, en mars dernier, la foudre est tombée sur les universités", estime Macha Woronoff. La présidente de la commission Santé à la CPU rappelle aussi l’arrivée de nouvelles équipes au même moment dans une grande partie des universités, ce qui a créé beaucoup de chamboulements.

De son côté, l’ANEMF (association nationale des étudiants en médecine de France) pointe plutôt une "incompréhension dans le processus". "Avant, le Mesri fixait les places, désormais c’est aux universités de le faire en suivant les objectifs pluriannuels. Cela bloque car c’est un processus compliqué avec de nombreuses concertations entre les acteurs de la santé et du supérieur, prenant plusieurs mois", explique Loona Mathieu, vice-présidente en charge de l’enseignement supérieur à l’ANEMF. D’après l’association étudiante, les universités étaient dans l’expectative concernant les objectifs pluriannuels cette année or, ils ne devaient s’appliquer qu’en 2022.

"Le plan de communication n’a pas été optimal, très clairement, il y a eu des incompréhensions pour les étudiants mais cela vaut aussi pour nous, les universités, soutient Macha Woronoff. C’est une réforme d’une grande technicité."

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Un manque de moyens au détriment des étudiants

Le collectif PASS/L.AS, à l’origine de plusieurs recours auprès des tribunaux et du Conseil d’Etat, dénonce également le non-respect de la loi vis-à-vis des capacités d’accueil. "Il n’y a eu aucune anticipation, les universités auraient pu demander des comptes, demander des places supplémentaires… Il faut bouger et prendre soin des étudiants, c’est un cauchemar pour eux !", s’indigne Sébastien Fourneron, membre du collectif lyonnais.

On sait le degré d’anxiété des étudiants, on fait avec nos moyens et nous en avons besoin, l’université publique a besoin de moyens pérennes. (M. Woronoff)

Mais pour la CPU, difficile de plaider coupable face à cette réforme de grande ampleur. "Tout le monde fait le maximum, les universités dans leur globalité sont concernées. Notre volonté est de donner, a minima, le même nombre de chances aux PASS, L.AS et PACES par rapport à la génération précédente, d’où cette augmentation du numerus apertus pour respecter cet engagement."

La présidente de la commission Santé relève tout de même un manque de moyens financiers pérennes dans les universités publiques au détriment des étudiants. "Nous avons multiplié le nombre d’étudiants mais pas le nombre d’enseignants, or, notre objectif est de proposer des formations de qualité. Au-delà du Mesri et du ministère de la Santé, Bercy doit accompagner les universités, en particulier sur cette réforme."

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Pauline Bluteau | Publié le