P. Vendrix : "Pour que la rentrée soit réussie, il faut accorder un rôle essentiel aux étudiants"

Pauline Bluteau
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P. Vendrix : "Pour que la rentrée soit réussie, il faut accorder un rôle essentiel aux étudiants"
Le respect des règles sanitaires, dont le port du masque obligatoire dans les bibliothèques, sera primordial pour la réussite de la rentrée universitaire. // ©  Fred MARVAUX/REA
À l’approche de la rentrée étudiante, Philippe Vendrix, président de l’université de Tours et de la commission Vie étudiante à la CPU (conférence des présidents d'université), revient sur les différentes hypothèses imaginées pour faire revivre les campus dans le respect des règles sanitaires. Un enjeu de taille en conséquence duquel les universités devront rester particulièrement vigilantes.

Au sein de votre commission, vous avez travaillé sur quatre scénarios (du confinement total au déconfinement total) pour préparer le retour des étudiants sur les campus universitaires. Peut-on vraiment anticiper les mois à venir ?

Tous les sujets doivent faire l’objet d’une réflexion, y compris la vie étudiante. C’est pour cela que nous avons rédigé une note en juin dernier qui montre d’ailleurs toute la fragilité de cette rentrée. Nous travaillons sur des hypothèses et nous ne pouvons rien prévoir. Les décisions continuent d'être prises au fil de l'eau. Pour les services culturels des universités, c’est terrible car tout est suspendu, ils ne peuvent pas s’organiser.

Mais, lors de ces derniers mois, nous nous sommes rendu compte que nos services ont dû être encore plus présents pour les étudiants. Le maintien de ce lien, quel qu’il soit, est indispensable et le sera d’autant plus à la rentrée car la vie étudiante est synonyme de brassage, de rencontres et d’activités. Cette note permet à tout le monde de redémarrer, il y a une vraie volonté de travailler collectivement.

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Comment les universités peuvent-elles parvenir à concilier règles sanitaires et festivités de rentrée ?

Je n’ai pas de réponse toute faite à vous apporter… Chacun s’organise du mieux possible en prenant en compte les conditions sanitaires : les journées d’accueil se feront en plus petits groupes et seront étalées dans le temps. Certaines universités préparent aussi des visites virtuelles. Tout est modulable.

En revanche, la fête ne sera pas cautionnée : trop d’étudiants se réunissent pour les journées et soirées d’intégration, nous prendrions trop de risques. D’autres événements pourraient être organisés en partenariat avec les associations étudiantes.

Vous estimez d’ailleurs que la présence de ces associations est indispensable sur les campus. Comment les universités pourront-elles les mettre à contribution ?

Pour que la rentrée soit réussie, il y a des lignes de force à respecter. Accorder un rôle essentiel aux associations étudiantes en fait partie. Ce sont elles qui mettent les étudiants en relation, elles jouent le rôle de brise-glace et elles connaissent très bien le terreau universitaire.

Pour que la rentrée soit réussie, il y a des lignes de force à respecter. Accorder un rôle essentiel aux associations étudiantes en fait partie.

La mise en place de la CVEC (contribution à la vie étudiante et de campus) avait déjà été un bon vecteur pour échanger avec les étudiants sur des projets, il faut continuer en ce sens. En parallèle, l’objectif sera de valoriser cet engagement étudiant. Il faudra déployer davantage les jobs étudiants dans les universités afin de leur offrir une rémunération.

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Quels sont les autres points sur lesquels les universités devront être particulièrement vigilantes selon vous ?

De manière générale, nous devrons être attentifs aux périodes blanches comme les vacances scolaires où les étudiants sont moins bien accompagnés. À la rentrée, nous allons accueillir des bacheliers et des étudiants qui ont traversé des périodes difficiles pendant plusieurs mois. Il ne faut pas le négliger.

C’est aussi pour cela que nous allons devoir clarifier la nature de nos liens avec les Crous. Nous devons être sûrs de nos coordinations car les Crous ne peuvent pas toucher tous les étudiants.

La CVEC ne suffit pas, nous avons besoin de moyens supplémentaires.

Cette rentrée doit aussi s’accompagner de moyens supplémentaires notamment pour le fonctionnement des SUMPPS (service universitaire de médecine préventive et de promotion de la santé). Aujourd’hui, nous avons encore beaucoup de mal à recruter des infirmiers et des médecins.

Enfin, la question de l’accès au numérique pour les étudiants va aussi se poser à la rentrée. Le ministère de l’Enseignement supérieur réfléchit actuellement à des solutions pour éviter aux étudiants de suivre leurs cours via leur téléphone dans le cas où les moyens des universités seraient insuffisants pour prêter du matériel informatique.

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Vous évoquez le budget des universités, sera-t-il suffisant en cas de deuxième vague ?

Ces derniers mois, nous avons pris sur d’autres budgets que la CVEC pour compenser le manque de moyens mais ces ressources seront rapidement épuisées. D’autant que les difficultés ne seront pas les mêmes pour toutes les universités. J’espère que la CVEC sera suffisante : cela signifiera qu’on sera sorti de la crise et qu’on pourra prévoir l’avenir.

Lire la biographie de Philippe Vendrix


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