Patrick Vermay-Musset : "Il faut sécuriser l’offre des certifications professionnelles en autorisant le privé à les déployer sur cinq ans"

Propos recueillis par Ariane Despierres-Fery
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Patrick Vermay-Musset : "Il faut sécuriser l’offre des certifications professionnelles en autorisant le privé à les déployer sur cinq ans"
Patrick Vermay-Musset, directeur national Pigier, groupe Eduservices, répond aux trois questions d’EducPros. // ©  Gil Rose
Enjeux du supérieur, paroles de dirigeants, Patrick Vermay-Musset, directeur national Pigier, groupe Eduservices, répond aux trois questions d’EducPros. Défis de l’orientation, place des groupes privés dans le supérieur, réforme du bac et transitions, il partage son analyse et ses préconisations.

Besoin de renforcer et enrichir la démarche d’orientation, meilleure et surtout plus équitable intégration des acteurs privés du supérieur dans cette perspective, effets de la réforme du bac et évolutions des institutions face aux transitions, Patrick Vermay-Musset, directeur national Pigier, groupe Eduservices, partage son regard sur ces défis pour aujourd’hui et pour demain, et ses propositions d’actions concrètes, sans oublier l’importance des entreprises dans la formation.

Comment permettre un développement plus rapide et plus harmonieux du supérieur selon vous ?

Il me semble indispensable de mettre en place quatre mesures urgentes :

  • Améliorer l’information des futurs bacheliers en permettant aux établissements privés d’accéder systématiquement aux forums d’orientation mis en place par les lycées et les rectorats.
  • Permettre aux établissements privés d’intégrer Parcoursup et la plateforme qui remplacera "Trouver mon master" sans discrimination sur la nature des établissements ou des formations proposées (formation initiale ou en alternance).
  • Renforcer l’aide à l’orientation en développant, comme le font déjà bon nombre d’établissements privés, une approche personnalisée et rigoureuse de la poursuite d’études.
  • Sécuriser l’offre des certifications professionnelles en autorisant les établissements privés qui les créent à les déployer pour une durée minimale de cinq années, qui permettrait par ailleurs de mieux répondre aux exigences qualitatives de France Compétences.
Il faut permettre aux établissements privés d’intégrer les plateformes nationales d’orientation sans discrimination.

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Quels impacts de la réforme du bac constatez-vous et quels aménagements devraient être apportés ?

Nous constatons deux impacts concrets. La réforme, conjuguée à la mise en place de Parcoursup, crée une perte de repères : quelles matières choisir pour s’orienter vers tel ou tel secteur d’activité ? Comment éviter de faire des choix électifs qui vous privent de telle ou telle orientation ? Un véritable casse-tête pour les familles et les futurs étudiants, sans évoquer les conseillers en orientation qui sont eux-mêmes fort démunis…

La réduction des matières dans le socle commun des apprentissages se fait au détriment de la culture générale des futurs étudiants et de la maîtrise des fondamentaux : maîtrise de la langue française (à l’écrit et à l’oral), de l’anglais ou de la méthodologie de travail.

La réforme du lycée, conjuguée à la mise en place de Parcoursup, crée une perte de repères.

Et nous préconisons deux aménagements : former les conseillers en orientation des lycées afin de leur permettre de mieux appréhender l’offre de formation de l’enseignement supérieur dans sa globalité, en prenant soin de ne pas "écarter" les établissements privés et conserver le principe global de la réforme tout en facilitant la création de parcours "classiques" pour les futurs bacheliers et en veillant à la maîtrise des fondamentaux.

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Les transitions écologiques, économiques et sociétales sont au cœur des préoccupations des jeunes, des entreprises comme des acteurs du supérieur : comment nos institutions d’enseignement peuvent-elles/doivent-elles y répondre ?

La tâche des établissements d’enseignement supérieur n’est pas aisée néanmoins on peut mettre en avant trois axes de travail :

– Créer un socle commun de connaissances sur ces éléments de transition quelle que soit la formation et insister sur le fait que ces préoccupations impactent d’ores et déjà tous les services et fonctions des entreprises.

– Veiller à ce que les étudiants développent un "comportement responsable" qui mette en accord leurs convictions et leurs actes, notamment en les impliquant dans la gestion des établissements ou en favorisant des workshops réguliers avec les entreprises en pointe sur ces questions.

– Aider les branches professionnelles à mieux cerner le profil des postes à créer dans chaque secteur d’activité car l’offre d’emploi n’est pas encore très claire.

EducPros poursuit sa série d’interviews pour donner la parole aux dirigeants du supérieur. Objectif : évoquer avec eux les enjeux qui animent leur secteur, en matière d’enseignement, de recherche, de relations avec le monde économique, de développement et de structuration à l’échelle nationale et internationale. Retrouvez tous les 15 jours, le vendredi, l’analyse d’un dirigeant du sup’ :
– Eric Lamarque
– Pierre Mathiot
– Delphine Manceau
– Philippe Choquet
Alain Joyeux


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