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L'éducation selon LinkedIn : pour un monde meilleur ?


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Linkedin, le siège à San Francisco
Le réseau social professionnel, dont le siège est à San Francisco, a lancé il y a un mois LinkedIn Learning : cette plate-forme propose en temps réel des formations sur mesure à ses utilisateurs. // ©  Hélène Allaire
De retour de la Learning Expedition EducPros dans la Silicon Valley, Marie-Caroline Missir, directrice de la rédaction de L'Etudiant, s'interroge sur les stratégies en matière d'éducation des géants du Web, et notamment sur celle de LinkedIn.

"Des entreprises qui ressemblent à des campus et des universités plus rentables que des entreprises. Dans la Silicon Valley, destination de la dernière Learning Expedition EducPros, la porosité voire la gémellité entre le monde universitaire et celui de l'entreprise sont saisissantes : de Berkeley à Stanford, la geste des grands fondateurs des Gafa – Google, Apple, Facebook, Amazon – a laissé ses empreintes dans les noms des bâtiments et les rêves des étudiants.

L'éducation comme source de croissance

En miroir, l'éducation s'inscrit au plus profond de l'ADN de ces géants de l'Internet. Expertise, intelligence, innovation, compétences renouvelées en continu sont au cœur du "miracle" de la Valley. Dans ce contexte, l'éducation et la formation online représentent aujourd'hui une puissante source de croissance pour des entreprises qui parient à plein sur la société de la connaissance… tout simplement parce qu'elles en sont issues. Coursera, Udemy, Galvanize, General Assembly, Google... toutes misent sur le développement de la formation des individus en ligne, dans un monde ultraconcurrentiel, où les compétences vieillissent aussi vite que les versions d'iPhone.

On aurait pu espérer que cette vision soit mise au service d'une démocratisation de l'accès au savoir pour un individu éclairé.

On aurait pu espérer que cette vision soit mise au service d'une démocratisation de l'accès au savoir pour un individu éclairé, plus libre et plus ouvert car mieux formé et plus employable. Ce n'est manifestement pas le cas. Et, au lendemain de l'élection de Donald Trump à la présidence des États-unis, la carte postale de la Silicon Valley (excellence académique + génie technologique + opulence financière) ne colle pas vraiment à celle que vient d'adresser au monde le reste de l'Amérique.

La preuve chez LinkedIn : en rachetant Lynda, une plate-forme de formations en ligne, le réseau social professionnel a fait de la formation son nouveau terrain de jeu, la puissance et les data en plus. En croisant les données des millions de détenteurs d'un profil sur LinkedIn, leurs compétences, leurs parcours professionnel et les secteurs qui les intéressent, LinkedIn Learning, lancé il y a un mois, est en mesure de proposer en temps réel des formations sur mesure à ses utilisateurs.

linkedin d'emblée géant de la formation

Le champ ouvert par la conjonction de trois éléments : data, qualité de l'expérience utilisateur et puissance, positionne d'emblée LinkedIn comme un géant de la formation. Se former en permanence, améliorer ses compétences, en acquérir d'autres, n'avoir de cesse d'optimiser son employabilité : telles sont les possibilités offertes par LinkedIn Learning. Promesse d'un monde nouveau où la connaissance et la compétence seront désormais à la portée de tous ?

Cette course à la compétence et la performance ne concerne qu'une petite élite de cadres et de managers déjà sur-performants. Et les autres ?

Pas si sûr. Car la vision de l'éducation portée par Linkedin pose question. Les vidéos, très léchées et efficacement "marketées" sont réalisées par des professionnels déjà populaires sur LinkedIn. Les choix de formation proposés ciblent les compétences les plus prisées au sein du réseau : l'apprentissage du code, le développement d'applications et de sites internet, ou le "business development". Des compétences standardisées et des formations dont personne ne garantit la qualité ou l'efficacité, comme si la seule recommandation des usagers "LinkedIn" valait label académique et pédagogique.

"Nous voulons permettre aux professionnels de devenir plus productifs et performants", explique-t-on chez LinkedIn. Très bien. Mais cette course à la compétence et la performance ne concerne qu'une petite élite de cadres et de managers déjà sur-performants. Et les autres ? Les non ou mal-diplômés ? Ceux dont les compétences deviennent obsolètes ou dont les métiers sont voués à disparaître ? Chez LinkedIn, on comprend mal ces interrogations.

une puissance qui s'auto-alimente

En guise de "redistribution", LinkedIn renvoie à l'initiative "Economic Graph", qui propose aux utilisateurs du réseau de cartographier l'économie mondiale en recensant les besoins de recrutement et de formation des entreprises. Une démarche qui vient d'ailleurs de s'enrichir d'une nouvelle fonctionnalité "LinkedIn Salary" : en indiquant votre salaire à LinkedIn vous contribuez à cette cartographie du monde professionnel.

Linkedin pourra demain vous dire dans quelles entreprises postuler, sur LinkedIn, pour voir augmenter votre rémunération, et quelles formations LinkedIn suivre pour valoriser votre profil LinkedIn. Une puissance technologique et big data qui a pour caractéristique de s'auto-alimenter et de fonctionner en circuit fermé, pour le seul profit de.... LinkedIn. Un monde meilleur on vous dit."

Marie-Caroline Missir, directrice de la rédaction de l'Etudiant


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