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Entretien | Budget

Hervé Christofol : "Les universités ont gelé plus de 11.000 postes depuis 2009"

Aurore Abdoul-Maninroudine  |  Publié le

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Vue aérienne de l'université d'Orléans
Selon le Snesup, en euros constants, le budget de la Mires a perdu 850 millions entre 2009 et 2015. // © Université d'Orléans-JS Loiseau

Alors que les députés examinent en commission, jeudi 27 octobre 2016, les crédits dédiés à l'enseignement supérieur et la recherche, le secrétaire général du Snesup, Hervé Christofol dresse un sombre constat sur la situation financière des universités.

Hervé Christofol, secrétaire général du SnesupComment expliquez-vous que plusieurs universités soient de manière récurrente en déficit ?

La rentrée 2016 est la plus difficile depuis 2009, année où la gestion de la masse salariale a été transférée aux universités [suite à la LRU]. À l'époque, ce transfert s'est traduit par une période d'illusion – les universités ayant cru que l'État allait continuer de financer les embauches supplémentaires –, avant que la réalité ne se rappelle à eux.

En fait, l'État n'avait pas anticipé l'augmentation de la masse salariale liée au vieillissement du personnel, principalement via le GVT (glissement vieillesse technicité), et, surtout, il n'a pas compensé ces charges supplémentaires. Les budgets de nombreuses universités sont alors passés dans le rouge. En 2011, 19 établissements étaient en déficit. Depuis, la situation n'a fait que se dégrader.

La politique menée sous François Hollande a-t-elle permis d'enrayer cette évolution ?

Non, et il y a là une immense déception dans la mesure où nous pensions que la gauche allait revenir sur la LRU (loi relative aux libertés et responsabilités des universités) et reprendre la main sur la gestion de la masse salariale. Sous couvert d'un terme positif, l'autonomie, l'État en a surtout profité pour se désengager.

Qu'est-ce que l'université y a gagné ? La possibilité d'embaucher des contractuels quand le nombre de personnels titulaires diminue, faute de pouvoir les payer ?

Le nombre d'établissements en déficit a pourtant diminué depuis 2009. En 2015, ils n'étaient plus que neuf. N'est-ce pas un facteur de satisfaction ?

Non, pas du tout ! La diminution du nombre d'opérateurs en déficit n'est que la conséquence des nombreuses mesures d'austérité. Les cas médiatisés des universités de Dijon, où 35.000 heures de formations vont être supprimées en 2017, Toulouse, où 200 postes d'enseignants-chercheurs vont disparaître, ou encore Orléans, qui cumule un déficit et un fonds de roulement négatif, ne sont que la partie visible de l'iceberg.

Les cas des universités de Dijon, Toulouse, ou Orléans ne sont que la partie visible de l'iceberg.

À Reims Champagne-Ardenne, les maquettes de licence sont passées de 1.800 heures à 1.150 heures. À Rouen, l'université accueille 5.000 étudiants en plus en licence de psychologie, mais dispose de trois enseignants-chercheurs en moins depuis 2009. À l'université de Toulouse, un seul personnel administratif s'occupe des 1.200 élèves de L1.

Toutes ces mesures entraînent évidemment une grande souffrance au travail et une grande précarité. Les retours du terrain sont les mêmes partout. La situation ressemble fort à celle de France Télécom. Il y a un fort sentiment de dégradation des conditions de travail.

Comment expliquer que la situation ait continué de se dégrader depuis 2013 alors que, conformément à une promesse de campagne du président de la République, l'État a donné aux universités les moyens de créer 4.000 postes supplémentaires ?

L'État a donné aux universités de l'argent pour créer des postes tout en se désengageant par ailleurs ! Entre 2009 et 2015, en euros constants, la Mires a perdu 850 millions d'euros et le programme 150 sur l'enseignement supérieur 514 millions d'euros. Autrement dit, quand le ministère annonce une augmentation du budget de 850 millions d'euros pour 2017, cela permet simplement de revenir à la situation de 2009... Sauf que les universités accueillent désormais 180.000 étudiants de plus !

Entre 2009 et 2015, en euros constants, la Mires a perdu 850 millions d'euros.

Face à ce manque de moyens criants, certaines universités ont été obligées d'utiliser le budget normalement fléché sur les postes pour payer leurs dépenses de fonctionnement.

Selon le secrétaire d'État à l'Enseignement supérieur, Thierry Mandon, environ 75 % des 4.000 postes ouverts par l'État ont été créés par les universités...

Ce chiffre me paraît totalement irréaliste. Le calcul du ministère ne prend clairement pas en compte les départs à la retraite ou les mutations non remplacées.

Vous avancez que 11.147 emplois ont été gelés dans les formations et la recherche universitaires depuis 2009. Comment arrivez-vous à ce chiffre ?

Selon les chiffres de la Cour des comptes, entre 2009 et 2015, le programme 150 sur les formations et la recherche universitaires a perdu 7.147 ETPT (équivalent temps plein travaillé). Entre-temps, 4.000 nouveaux postes auraient dû être créés. Ce qui signifie que le nombre d'emplois gelés dans les formations et la recherche universitaires est légèrement supérieur à 11.000.

Les universités ont donc aujourd'hui moins de personnels titulaires qu'en 2009 mais, pour compenser cette diminution, le nombre de contractuels a explosé (+ 13.577). Autrement dit, il y a bien un peu plus de personnels sur le terrain mais aussi beaucoup plus de précarité. Le calcul a vite été fait par les universités : quand un maître de conférences coûte 60.000 euros par an, un enseignant vacataire à temps plein ne coûte que 22.000 euros...

Il y a bien un peu plus de personnels sur le terrain mais aussi beaucoup plus de précarité.

Les inégalités entre universités en termes d'encadrement des étudiants se sont-elles réduites au cours du quinquennat ?

De manière marginale, alors qu'il existe, historiquement, de très grandes inégalités entre universités. La première mesure prise par le gouvernement concerne la répartition des 1.000 postes ouverts chaque année depuis 2013. Cette répartition s'est faite en faveur des universités ayant des taux d'encadrement des étudiants en dessous de la moyenne nationale.

À titre d'exemple, l'université d'Angers comptait, en 2013, 380 postes en moins par rapport à la moyenne nationale. Il aurait donc fallu créer 35 postes par an pendant dix ans pour normaliser la situation. Sur les 105 postes attribués à cette université depuis 2013, seuls une trentaine d'emplois titulaires ont été créés.

L'autre mesure concerne les fonds de roulement des universités. En 2015, le ministère a ponctionné les fonds de roulement supérieurs à trois mois de masse salariale. Cela a permis de financer les universités dans le besoin sans pour autant augmenter la dotation de l'État. Et pendant ce temps le CIR (Crédit d'impôt recherche) représente 6 milliards d'euros !

Par ailleurs, si ces deux mesures ont permis une relative péréquation, les programmes d’investissement d’avenir, qui profitent à une minorité, contribuent à augmenter drastiquement les inégalités.

Qu'espérez-vous pour les années à venir, alors que le budget 2017 est examiné au Parlement ?

Avec 850 millions d'euros prévus pour l'enseignement supérieur et la recherche, nous n'attendons pas grand-chose. La seule lueur d'espoir vient de la Stranes (Stratégie nationale pour l'enseignement supérieur et la recherche). L'objectif affiché est d'atteindre 2 % du PIB fléchés vers l'enseignement supérieur. Cela supposerait d'augmenter le budget de l'enseignement supérieur de 3,5 milliards par an pendant dix ans...

Aurore Abdoul-Maninroudine  |  Publié le

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