Les écoles d’ingénieurs tirent les premières leçons de la crise du Covid-19

Clément Rocher
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Les écoles d’ingénieurs tirent les premières leçons de la crise du Covid-19
Dans une période de grande incertitude, les écoles d'ingénieurs tentent de s'organiser pour préparer les nombreux dossiers à venir. // ©  elmirex2009/Adobe Stock
Au lendemain du confinement, la Cdefi dresse un premier bilan en demi-teinte des conséquences de la crise sanitaire sur les écoles d'ingénieurs, notamment d'un point de vue financier. Si plusieurs questions sont encore en suspens, les écoles se préparent à la suite : organisation de la rentrée, accueil des étudiants internationaux, formations en apprentissage...

La crise sanitaire n'a pas épargné les écoles d'ingénieurs. Si elles ont su se mobiliser et s'adapter, la Conférence des directeurs des écoles françaises d'ingénieurs (Cdefi) dresse un bilan en demi-teinte principalement sur le plan financier, alors même que les répercussions de la crise sanitaire sont encore loin d'être terminées.

A l'heure d'un premier point d'étape, plusieurs questions demeurent en suspens notamment les modalités de la rentrée de septembre et le recrutement des étudiants internationaux. La Cdefi travaille aussi à un plan de relance pour donner une impulsion au secteur de l'enseignement supérieur et aborder sereinement la prochaine année scolaire. L'idée des directeurs d'écoles est de contribuer au plan de relance global prévu à l'échelle nationale.

Un équilibre financier instable

La fermeture des établissements commence à avoir des conséquences importantes sur la situation financière des écoles d'ingénieurs. "La situation actuelle pose un certain nombre de questions notamment liées à l'équilibre financier de nos structures", reconnaît Jacques Fayolle, président de la Cdefi et directeur de Télécom Saint-Étienne.

En effet, les établissements constatent une diminution des recettes – formation continue des professionnels, partenariats avec les entreprises – alors même que les dépenses ont augmenté avec la mise en place des outils numériques pour garantir la continuité pédagogique et l'individualisation des parcours. L'aide financière apportée aux étudiants mobilise également les ressources propres des écoles qui se retrouvent fortement dégradées.

Nous anticipons un certain nombre d'incertitudes au sujet des contrats d'apprentissage ou de professionnalisation. (E. Duflos)

Par ailleurs, la conférence ne cache pas ses inquiétudes sur la capacité des entreprises à accueillir des étudiants en apprentissage l'année prochaine. "Nous anticipons un certain nombre d'incertitudes au sujet des contrats d'apprentissage ou de professionnalisation qui font partie du modèle économique de bon nombre d'écoles d'ingénieurs", explique Emmanuel Duflos, vice-président de la Cdefi et directeur de l’École centrale de Lille.

Face à cette perspective, la conférence demande un allègement du coût du travail et un accompagnement exceptionnel de l’État afin de "garantir la durabilité des formations en apprentissage".

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Garantir la continuité des travaux de recherche

Les laboratoires de recherche des écoles d'ingénieurs ont fait preuve de réactivité et d'innovation en participant aux actions de solidarité nationale. Néanmoins, un grand nombre d'activités de recherche expérimentale accusent un retard considérable qui accentue la fragilité économique des écoles d'ingénieurs.

"Nous allons avoir des conséquences sur l'équilibre financier de nos établissements en partie en lien avec cette activité de recherche. Deux mois de suppression d'activité c'est deux mois de ressources décalées", explique Christian Lerminiaux, vice-président de la Cdefi et directeur de Chimie ParisTech. Le poids de la recherche contractuelle est conséquent pour les écoles d'ingénieurs qui dépendent des ressources financières allouées aux activités de recherche.

Quelques pistes de réflexion sont en cours afin de prolonger des contrats doctoraux et de trouver les financements pour les contrats de recherche. "Ce sont des points de vigilance sur lesquels nous travaillons avec nos tutelles respectives", reprend Jacques Fayolle.

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Maintenir la mobilité internationale

L'accompagnement des étudiants internationaux représente un autre point de complexité pour les écoles d'ingénieurs. "La question de l'attractivité des étudiants étrangers et la prise en charge de leur inscription pour la prochaine rentrée est un enjeu financier pour nos écoles", explique Jean-Michel Nicolle, vice-président de la Cdefi et directeur de l'EPF.

Nous allons avoir des conséquences sur l'équilibre financier de nos établissements en partie en lien avec cette activité de recherche (C. Lerminiaux)

La conférence et différentes parties prenantes telles que Campus France s'interrogent sur la capacité des établissements à assurer les missions de formation auprès des étudiants internationaux. La piste privilégiée à l'heure actuelle consiste à retarder leur arrivée pour une éventuelle rentrée dans les établissements au deuxième semestre. La Cdefi recommande par ailleurs une adaptation de la procédure d'obtention des visas afin d'accueillir les étudiants dans les meilleures conditions.

"Aujourd'hui, on peut considérer que deux tiers des écoles d'ingénieurs peuvent prendre en charge cette formation à distance pour maintenir l'attractivité et la formation des étudiants étrangers", poursuit Jean-Michel Nicolle. La mise en place de formations numériques et parfois mutualisées entre plusieurs écoles pourraient voir le jour.

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Consolider le patrimoine numérique et pédagogique

Côté continuité pédagogique, la direction générale de l'enseignement supérieur et de l'insertion professionnelle (DGESIP) travaille sur la mise en place d'un nouveau dispositif. Ce projet vise à construire une plateforme nationale pour mettre en commun l'ensemble des ressources numériques et pédagogiques. Cette initiative s'inscrit dans une dynamique collective et solidaire avec l'ensemble des établissements de l'enseignement supérieur.

"Un groupe de travail émanant de la DGESIP va se focaliser sur la mutualisation des supports (comme Université Numérique) avec comme ambition le soutien de notre activité vis-à-vis de nos étudiants étrangers. C'est un travail complexe mais il faut accélérer la mise à disposition des ressources pour maintenir notre offre de formation en distanciel", affirme Jean-Michel Nicolle.

A l'issue de ce travail d'identification et d'indexation des ressources, le catalogue numérique devrait être proposé aux établissements à partir de la mi-juin.

La Cdefi souhaite accompagner la relance de l'enseignement supérieur qui relève "d'une question de souveraineté nationale". "Nos équipes se mobilisent dans le cadre d'un travail coopératif qui a démarré il y a une dizaine de jours", précise Jacques Fayolle.

La conférence travaille actuellement à la définition des axes principaux de ce plan de relance qui s'inscrit dans le cadre du plan de relance national.


Clément Rocher | Publié le

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