C. Defélix (Grenoble IAE) : "L'entrée de l'IAE et de Polytech permet de transformer Grenoble INP"

Agnès Millet
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© IAE Grenoble 2006
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Directeur de Grenoble IAE depuis dix ans, Christian Defélix fait le bilan de ses deux mandats durant lesquels son établissement a rejoint Grenoble INP sous un format inédit dans l'enseignement supérieur français.

Grenoble IAE est intégré à Grenoble INP, lui-même établissement composante de l'UGA (Université Grenoble-Alpes). Comment cet ensemble se structure-t-il ?

 // © photo fournie par l'établissement

Grenoble est aujourd'hui un grand site académique, lauréat définitivement labellisé depuis un an, dans le club des Idex pérennisés. C'est le fruit d'un long travail de l'ensemble des acteurs. La première étape a été la fusion des trois universités de Grenoble. Puis, au 1er janvier 2020, cette nouvelle Université Grenoble-Alpes s'est structurée en EPE (établissements publics expérimentaux) qui intègre d'autres établissements.

Ainsi, l'École nationale supérieure d'architecture de Grenoble et Sciences po Grenoble sont chacun établissement composante de cet EPE. Le troisième est Grenoble INP UGA, qui rassemblait plusieurs écoles d'ingénieurs et qui a accueilli Polytech Grenoble et – projet unique – notre IAE, pour devenir un institut d'ingénierie et de management.

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Vous étiez déjà directeur de Grenoble IAE : comment l'idée est-elle venue ?

Dès 2018, nous avions réfléchi à proposer quelque chose de différent. Le fait d'intégrer l'IAE dans l'INP est une idée de Yassine Lakhnech, actuel président de l'EPE. Ces établissements ont beaucoup de points communs : nous formons des cadres à bac+5. Nous en avons discuté, en interne, avec nos partenaires. Et la décision de cette double intégration a été prise en 2019.

Cela présente un intérêt pour tous. L'UGA rassemble ainsi toutes les écoles publiques en son sein. L'INP, regroupant huit écoles, se renforce avec cette composante management. Et Grenoble IAE fait reconnaître son modèle, proche d'une école d'ingénieurs publique et peut développer des synergies.

Quels sont les apports de cette intégration pour vos étudiants ?

Grenoble IAE gagne en réputation, nos étudiants bénéficient ainsi du prestige de l'UGA et s'appuient sur un plus grand réseau d'alumni – sans pour autant que les associations ne fusionnent.

Grenoble IAE fait reconnaître son modèle, proche d'une école d'ingénieurs publique et peut développer des synergies.

Nous faisons travailler ensemble des étudiants aux profils divers, venus de formations d'éco-gestion, de droit, de santé ou d'ingénierie, à travers des projets tutorés. Cette année, nous avons lancé quatre projets pilotes de start-up à "l'IAE starter". Cela permet aux élèves de voir leur complémentarité et de se confronter aux autres cultures.

Nous déploierons ces hybridations, notamment dans l'entrepreneuriat. L'objectif serait que chaque élève de l'IAE et chaque élève ingénieur aient une expérience commune.

Par ailleurs, en octobre, nous organiserons une "semaine commune" axée sur la créativité et ouverte pour la première fois aux élèves des huit écoles de l'INP. Cela montre que l'entrée de l'IAE et de Polytech permet de transformer l'INP, ce qui était l'un des objectifs.

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Y a-t-il des créations ou des développements de formations communes ?

Des formations conjointes existaient déjà, notamment un double diplôme entre l'IAE et Polytech. Il était aussi déjà possible pour un élève ingénieur de se former au management à l'IAE.

Par ailleurs, depuis la rentrée 2021, les élèves de l'IAE peuvent suivre le semestre électif Management de l'innovation technologique de Grenoble INP, lors de leur césure. Ce semestre va devenir la première brique d'un dispositif transversal de l'INP. Prévu pour la rentrée 2023, il permettra à tous les élèves de se former à ces sujets, en parallèle ou en plus de leur cursus.

L'objectif serait que chaque élève de l'IAE et chaque élève ingénieur aient une expérience commune.

Cette "école de la transition", qui s'appellera T-EN School, ne sera pas à proprement parler une 9e école, car l'objectif est de tirer parti de la complémentarité ingénieur et manager.

Dans un autre registre, nous pourrions nous inspirer des PeiP (Parcours des écoles d'ingénieurs Polytech) pour créer une sorte de prépa post-bac intégrée à l'IAE.

Et du côté de la recherche ?

L'idée de l'INP est d'encourager la recherche à l'interface de l'ingénierie et du management. Par exemple, avec l'École nationale supérieure de Génie industriel, nous avons créé une chaire industrielle 4.H qui porte sur les enjeux humains de l'industrie 4.0.

Et il y a beaucoup de sujets qui se croisent – comme le marketing des nouvelles technologies, la transition énergétique et ses enjeux financiers. Nous ne sommes qu'au début de notre exploration.

L'idée de l'INP est d'encourager la recherche à l'interface de l'ingénierie et du management.

Comme Grenoble détient le label 3IA pour son Institut interdisciplinaire d'intelligence artificielle, le MIAI@Grenoble Alpes, il y a également des synergies dans ce domaine, notamment en formation.

Est-ce que vous souhaitez aller plus loin dans les rapprochements ?

Oui, en étant structurés et intégrés, nous sommes plus forts pour répondre aux appels à projets ou aux appels à manifestations d'intérêt, comme l'AAP Compétences et métiers d'avenir portant sur la physique quantique et auquel participe l'UGA. Cela nous permet d'être plus solides financièrement. Nous aurions moins de réussite si nous étions dispersés.

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Avec ces liens forts à l'UGA, quelles ressources vous apportent le réseau IAE France?

Le réseau IAE France, qui compte 37 établissements, est un soutien précieux pour les directeurs et les responsables, via le partage de bonnes pratiques.

Il permet de mener des actions que l'on ne pourrait pas faire seuls, comme l'enquête d'insertion des IAE, prévue pour 2023. Nous pouvons aussi mieux communiquer et nouer des partenariats ambitieux, avec McGill University (Canada) ou la Banque de France par exemple.

En quelques mots, en dehors de la question de l'UGA, quel bilan dressez-vous de ces dix dernières années à Grenoble IAE?

Nous avons structuré la gouvernance interne, en créant un comité de direction, un comité pédagogique, un comité stratégique… Nous avons renforcé notre visibilité dans l'écosystème, notamment en passant par le BSIS (Business School Impact System), qui permet de mieux dialoguer avec les collectivités et avec les entreprises.

Depuis 2017, nous préparons l'AACSB pour labelliser Grenoble IAE.

Nous avons aussi créé une période d'études à l'international et nous avons développé nos réseaux de partenaires. Cet effort d'internationalisation a été couronné par l'EFMD accredited, label décroché en 2020 pour notre L3 de management. Et depuis 2017, nous préparons l'AACSB pour labelliser l'établissement. Nous espérons la peer review pour fin 2023.

Votre mission prendra fin au 8 octobre. Savez-vous qui prendra la suite ?

Oui, le processus est enclenché et presque finalisé. Nous avons lancé une consultation – non juridique – auprès des collaborateurs sur les candidatures. C'est le processus habituel à Grenoble IAE. Les IAE ont un mode de fonctionnement plus collégial que les écoles de commerce privées.

Puis, le 5 juillet, le conseil de l'école a approuvé la candidature de Philippe Protin, directeur adjoint en charge des études et maitre de conférences en finance. Reste encore la nomination officielle.

Retrouvez la biographie EducPros de Christian Defélix


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