Hervé Morin : "La Normandie mobilise entre 50 et 70 millions par an pour devenir un territoire d'excellence"

Propos recueillis par Agnès Millet Publié le
Hervé Morin : "La Normandie mobilise entre 50 et 70 millions par an pour devenir un territoire d'excellence"
Hervé Morin, président de la région Normandie // ©  Photo fournie par la région
Pour comprendre les enjeux de chaque territoire, EducPros a décidé de donner la parole aux présidents de région. Objectif : connaître leurs enjeux et stratégies en matière d'enseignement supérieur, de recherche et d'innovation. Hervé Morin, président de la Région Normandie, est le premier invité de cette série et fait le point, pour EducPros, sur les priorités de l'ESR sur son territoire.

Dans tous les territoires, l'enseignement supérieur représente un enjeu d'attractivité et de dynamisme. En Normandie, on compte près de 115.000 étudiants pour un peu plus de 3,3 millions d'habitants. Hervé Morin, son président, fait le point sur les priorités de l'ESR sur son territoire.

Quelle importance donnez-vous à l'enseignement supérieur dans vos politiques ? Quel est son poids dans votre budget ?

L'enseignement supérieur est un enjeu clef sur lequel nous devons massivement investir, d'autant plus en Normandie où nos indicateurs sont mauvais en matière d'accès à l'enseignement supérieur.

En effet, dans un contexte de transformation sociale profonde et de crise de compétences, de défis et enjeux climatiques et énergétiques gigantesques, le secteur de l'enseignement supérieur et de la recherche est une ressource essentielle pour concevoir des modèles de développement plus durables, plus équilibrés, capables d'articuler logiques régionales et enjeux internationaux.

Depuis 2016, la Région mobilise ainsi entre 50 et 70 millions par an pour faire de la Normandie un territoire d'excellence, d'innovations et d'expérimentations par la recherche publique et privée et la formation de ses étudiants.

C'est le plus gros budget consacré à l'enseignement supérieur de toutes les régions françaises ramené au nombre d'habitants. Nous croyons en l'enseignement supérieur, en la science facteur de progrès et nous souhaitons que notre territoire puisse s'appuyer sur suffisamment de laboratoires, de centres de recherche, sur des universités plus attractives. C'est la clé pour créer les conditions d'une région prospère.

Quelles sont les caractéristiques et les problématiques propres à votre territoire dans le domaine de l'enseignement supérieur ?

La Région entend pousser le niveau d'ambition des étudiants, enseignants-chercheurs, chercheurs et institutions du territoire. Elle s'est notamment fixé plusieurs objectifs dans le cadre de son schéma régional enseignement supérieur, recherche, innovation (SRESRI) 2022-2028  :

  • - Atteindre la moyenne nationale en termes de taux de poursuite d'études dans le supérieur. Le taux de poursuite d'études global des néo-bacheliers est de 75,4%, légèrement inférieur à celui de la moyenne nationale, qui est à 77,1%. Le pourcentage de la population normande de plus de 15 ans diplômée du supérieur est de 23,9% contre 30,7% au niveau national.

    - Augmenter le nombre de chercheurs ou d'enseignants-chercheurs reconnus par un label national ou international.

    - Augmenter la présence des établissements normands dans les réseaux et classements internationaux.

Nous accompagnons, par ailleurs, les établissements dans la conception et la valorisation d'une offre de formation tournée vers les priorités territoriales et offrant des perspectives d'emploi importantes comme les filières du nucléaire et des énergies marines renouvelables.

Actuellement, quel est le projet le plus ambitieux que porte votre région pour l'enseignement supérieur et la recherche ?

La Région Normandie soutient bon nombre de projets ambitieux dans le domaine de l'enseignement supérieur et de la recherche. Parmi ceux qui me tiennent particulièrement à cœur figurent les projets d'implantation de nouveaux établissements en Normandie.

J'avais pris l'engagement, en 2021, lors des élections régionales de tout mettre en œuvre pour accueillir un nouvel établissement d'enseignement supérieur par an en Normandie. Cet engagement est tenu.

Grâce au démarchage de l'enseignement supérieur français entrepris depuis plusieurs années, la Normandie va accueillir trois nouvelles écoles d'ingénieurs : l'Isen Yncréa à Caen, l'Ecam à Cherbourg et Arts et Métiers, au Havre. Ce sont trois projets que nous avons portés et qui ensuite ont trouvé des terres d'accueil, avec lesquelles nous avons pu bâtir des propositions sérieuses d'implantation.

Si vous y ajoutez l'arrivée de l'Institut Catholique de Paris et de la première école vétérinaire privée à Rouen, ce sont cinq nouvelles implantations que la Normandie a la chance d'accueillir en l'espace de quelques années.

Mettez-vous en place des dispositifs ou aides financières pour attirer les établissements du supérieur ?

À travers ses différents dispositifs de soutien financier, la Région accompagne aussi bien les projets d'implantation d'écoles que les projets de développement des établissements normands. Elle intervient parfois aussi en maîtrise d'ouvrage.

Plus largement, l'ensemble des politiques en faveur de l'enseignement supérieur concourt à la consolidation et à l'attractivité de notre enseignement supérieur.  

En effet, la collectivité apporte son soutien aux étudiants, enseignants-chercheurs, chercheurs et institutions du territoire par le biais d'aides aux projets de recherche et d'innovation, aux collaborations public privé, aux projets internationaux. Mais aussi par l'attribution de bourses étudiantes et d'aides à la mobilité internationale, par l'octroi de subventions pour l'acquisition d'équipements et infrastructures scientifiques, et par un travail constant sur l'orientation des jeunes Normands et l'amélioration de l'offre de formation normande...

Les établissements de l'enseignement supérieur représentent-ils, pour votre Région, un outil d'aménagement du territoire ? Avez-vous un exemple précis et récent ?

Du fait des implantations d'écoles, l'ouverture de formations, les investissements réalisés sur les Campus, les étudiants et chercheurs que font venir les établissements, mais aussi de par les compétences et connaissances qu'il produit, l'enseignement supérieur est effectivement un facteur majeur de développement et d'attractivité pour les territoires.

Le projet 3NC (Normandie Nucléaire, Nouvelles Compétences) en est un parfait exemple. À travers ce projet, la Région a fédéré les universités, les grandes écoles et les entreprises de Normandie pour porter une candidature auprès de l'État dans le cadre de l'AMI "Compétences et métiers d'avenir" visant à augmenter l'offre de formation de techniciens et d'ingénieurs au titre de la reconstruction de la filière électronucléaire française.

Ainsi, 42 millions d'euros sont alloués à l'enseignement supérieur normand et vont s'ajouter près de 20 millions mobilisés par la Région et les entreprises pour permettre à près de 6.000 jeunes de se former à la filière nucléaire de l'infra-bac au bac+2 et près de 750 étudiants de bac+3 et plus d'ici 2030.  

Ce programme va nous permettre d'augmenter de 30 à 40% les formations d'ingénieurs et de techniciens spécialisés dans cette filière qui prévoit de recruter 100.000 personnes au cours des dix prochaines années. Il s'agit d'une chance unique pour la Normandie de devenir la Région référence en matière de formation dans ce domaine.

Par ailleurs, au-delà du champ de la formation, nous avons la capacité à travers ce programme de remplir les carnets de commande de notre industrie qui sera associée au projet de Penly [un projet d'EPR, NDLR]  pour les décennies à venir car elle sera appelée à travailler sur les autres programmes nucléaires en France et à l'export. Il s'agit d'un projet à l'impact gigantesque en matière d'aménagement du territoire, pour les décennies à venir.

Notre série : les enjeux de l'enseignement supérieur dans le territoire, vus par les présidents de région

Pour comprendre les enjeux de chaque territoire, EducPros vous propose une série d'interview des présidents de région.

À tous, nous avons posé les mêmes questions, pour pouvoir saisir les spécificités de leur région, et permettre également de comparer les situations.

Vous pouvez également retrouver :

l'interview de Carole Delga, présidente de la région Occitanie

l'interview de Renaud Muselier, président de la Région Sud

Propos recueillis par Agnès Millet | Publié le