Carole Delga : "Une nouvelle stratégie de l'Occitanie en faveur de la jeunesse et de l'équilibre des territoires"

Propos recueillis par Agnès Millet Publié le
Carole Delga : "Une nouvelle stratégie de l'Occitanie en faveur de la jeunesse et de l'équilibre des territoires"
Carole Delga, présidente de la région Occitanie, répond aux questions d'EducPros. // ©  Fabien Ferrer/région Occitanie
Si l'enseignement supérieur et la recherche dépendent de politiques nationales, elles sont également tributaires de décisions régionales. Pour mieux connaître chaque territoire, EducPros donne la parole aux présidents de région. Objectif : connaître leurs enjeux et les priorités en matière d'ESR. Après Hervé Morin, Carole Delga, présidente de la Région Occitanie, nous explique la stratégie de sa région.

Dans tous les territoires, l'enseignement supérieur représente un enjeu d'attractivité, de dynamisme et de revenus économiques. Ainsi, en Occitanie, on compte près de 270.000 étudiants pour près de 6 millions d'habitants. Carole Delga, présidente de la Région, fait le point, pour EducPros, sur les priorités de l'ESR sur son territoire.

Quelle importance donnez-vous à l'enseignement supérieur dans vos politiques ? Quel est son poids dans votre budget ?

Avec un budget de 83 millions d'euros en 2023, l'Occitanie a fait le choix de soutenir, de façon particulièrement importante, l'enseignement supérieur, la recherche et l'innovation. En novembre 2022, nous avons adopté une nouvelle stratégie régionale en faveur de la jeunesse et de l'équilibre des territoires.

Parmi nos actions : le développement de campus et de formations de proximité, en dehors des deux métropoles de Toulouse et Montpellier, avec le développement des campus connectés sur tout le territoire et l'ouverture de formations dans les antennes de proximité des universités.

Parallèlement, la Région accompagne la modernisation et la construction de campus universitaires et la construction de logements étudiants.

Quels sont les caractéristiques, les enjeux et les problématiques propres à votre territoire dans le domaine de l'enseignement supérieur ?

Avec plus d'un tiers de sa population âgée de moins de 30 ans, l'Occitanie se caractérise par une population particulièrement jeune. Cette jeunesse, fortement fragilisée pendant la crise sanitaire, parfois menacée par la précarité, constitue une force et une opportunité pour l'Occitanie : l'enjeu est d'ouvrir les champs des possibles à tous les jeunes, de leur permettre de choisir et de réussir leurs études et leur vie professionnelle.  

Parce qu'ils sont les citoyens de demain, il est essentiel d'accompagner les 267.651 étudiants que compte l'Occitanie – deuxième région française, hors Ile-de-France, en termes d'effectif - sur la voie de l'autonomie, de favoriser leur émancipation en leur permettant de prendre toute leur part dans la vie de leur établissement, quels que soient leur parcours ou leur lieu de vie.

Cette ambition pour la jeunesse affirmée par la Région et partagée avec l'ensemble des acteurs du territoire – État, collectivités territoriales, établissements, Crous – demeure centrale pour faire société et préparer l'avenir.

Les établissements de l'enseignement supérieur représentent-ils, pour votre région, un outil d'aménagement du territoire ? Avez-vous un exemple précis et récent ?

C'est une évidence pour une région aussi grande que l'Occitanie, deuxième plus vaste de France métropolitaine.

Au-delà des deux métropoles de Toulouse et Montpellier, l'Occitanie dispose d'un réseau important de villes moyennes qui accueillent des formations du supérieur et qui ont été labellisées "Villes Universitaires d'Equilibre (VUE)" par la Région. Elles sont au nombre de 18*, avec des typologies variables, pouvant accueillir une ou plusieurs formations universitaires délocalisées.

Ce soutien volontariste de la Région est essentiel pour assurer un maillage territorial équilibré, en permettant un accès à des formations d'enseignement supérieur de proximité et de qualité pour des jeunes qui n'ont pas les moyens ou qui s'autocensurent.

C'est tout le sens du travail que nous menons avec l'État pour l'ouverture de Campus Connectés, qui permettent à nos jeunes de suivre les études de leur choix, proches de chez eux, avec un vrai coup de pouce pour le pouvoir d'achat des familles. L'Occitanie en compte 13, soit le plus grand nombre pour une région à l'échelle française.

Mettez-vous en place des dispositifs ou aides financières pour attirer les établissements du supérieur ? Lesquels ?

La Région est très attentive aux projets de développement des établissements du supérieur, en phase avec les besoins du territoire. L'implantation d'un nouvel établissement public est un processus très long, qui dépend d'abord de l'État.

La Région accompagne cependant financièrement les coûts d'investissement de ces projets et finance l'ouverture de nouvelles formations dans les Villes Universitaires d'Equilibre.

Lorsqu'une opportunité se présente, la Région prend toute sa part en jouant le rôle de chef de file et de catalyseur auprès de l'ensemble des partenaires concernés. C'est ce que nous avons fait pour la création de l'Université de Technologie de Tarbes, avec la fusion de l'ENIT et de l'IUT.

Quelles sont les retombées économiques des acteurs du supérieur et de la recherche pour les villes et les territoires ?

L'action de la Région pour développer l'offre de formation, notamment dans les Villes Universitaires d'Équilibre, participe aussi au dynamisme et à l'activité économique de ces territoires, qui déploient des services pour proposer des conditions de vie et d'études attractives (logement, sport, culture, etc.).

Les retombées économiques pour les villes sont de différentes natures : dépenses des établissements (avec mobilisation des entreprises locales), consommation-dépenses des personnels des établissements et des étudiants (loyer, alimentation, transport, services, biens de consommation...).

À titre d'exemple, d'après une étude de 2022 menée par l'Agence d'urbanisme et d'aménagement Toulouse aire métropolitaine (AUAT), les établissements d'enseignement supérieur des 11 intercommunalités de Toulouse génèrent deux milliards d'euros de retombées et 30.400 emplois.

Dans une ville comme Albi par exemple, les retombées monétaires - directes, indirectes et induites -des établissements d'enseignement supérieur représentent 77,5 millions d'euros, pour 1.060 emplois.

Actuellement, quel est le projet le plus ambitieux ou innovant que porte votre Région pour l'enseignement supérieur et la recherche ?

De nombreux projets émergent en Occitanie. À Perpignan par exemple, la Région finance à hauteur de 16 millions d'euros la construction d'un bâtiment de l'Ecole SupENR de l'Université de Perpignan Via Domitia, pour 2024. Il va permettre de former des ingénieurs et de créer un écosystème propice à un enseignement innovant en matière d'énergies renouvelables et de génie énergétique.

Le volontarisme de la Région s'illustre également par son implication décisive dans la création à Toulouse du plus grand centre européen d'essais dédié à l'hydrogène vert. Ce futur Technocampus est construit par la Région, avec un financement de plus de 30 millions d'euros. Dédié à la recherche et au développement, il permettra aussi de former les jeunes aux nouveaux métiers.

L'ambition que nous avons pour la jeunesse d'Occitanie suppose, par ailleurs, d'agir sur plusieurs leviers et notamment celui de construire une ambition commune pour chaque territoire. Sur les 18 VUE d'Occitanie, la Région a proposé aux territoires de construire une stratégie pour l'enseignement supérieur et la recherche pour les années à venir. Je me réjouis de constater que la Région a réussi à enclencher cette dynamique collaborative dans la plupart des VUE.

*Albi, Auch, Cahors, Carcassonne, Castres-Mazamet, Figeac, Foix, Font-Romeu, Mende-Florac, Millau-St Affrique, Montauban, Narbonne, Nîmes-Alès, Perpignan, Rodez, Sète et Tarbes.

Notre série : les enjeux de l'enseignement supérieur dans le territoire, vus par les présidents de région

Pour comprendre les enjeux de chaque territoire, EducPros vous propose une série d'interview des présidents de région.

À tous, nous avons posé les mêmes questions, pour pouvoir saisir les spécificités de leur région, et permettre également de comparer les situations.

L'interview de Carole Delga est la deuxième de notre dossier.

Vous pouvez également consulter :

l'interview d'Hervé Morin, président de la Région Normandie.

l'interview de Renaud Muselier, président de la Région Sud

Propos recueillis par Agnès Millet | Publié le