Valérie Pécresse : "Nous mettons tout en œuvre pour que l'Île-de-France reste la première puissance de recherche en Europe"

Propos recueillis par Agnès Millet Publié le
Valérie Pécresse : "Nous mettons tout en œuvre pour que l'Île-de-France reste la première puissance de recherche en Europe"
Pour Vaérie Pécresse, "l'égalité des chances passe par une offre d'accès à l'enseignement supérieur mieux répartie sur le territoire francilien". // ©  Mathilde MAZARS/REA
Pour comprendre les enjeux de chaque territoire, EducPros donne la parole aux présidents et présidentes de région. Dans cet entretien, Valérie Pécresse, présidente de la Région Île-de-France, nous rappelle le poids que représentent l'enseignement supérieur et la recherche dans son territoire et nous explique ses priorités.

En enseignement supérieur et en recherche comme dans d'autres secteurs, l'Île-de-France n'est pas une région comme les autres puisqu'elle concentre une partie importante des universités et des organismes de recherche en France.

La région compte près de 800.000 étudiants, sur une population de 12 millions d'habitants. "Second pôle estudiantin européen, nous accueillons 35% d'étudiants internationaux", rappelle Valérie Pécresse, sa présidente.

Quelle importance donnez-vous à l'enseignement supérieur dans vos politiques ? Quel est son poids dans votre budget ?

L'enseignement supérieur est au cœur de notre stratégie, et ce, pour une raison simple : la qualité de nos laboratoires de recherche, la modernisation des campus, le bien-être des chercheurs et des étudiants, nos capacités d'accueil et de logement, tous ces éléments sont des moteurs et de compétitivité pour la plus grande région scientifique française et européenne que je préside.

Cette priorité se lit dans le budget 2024 : 420 millions d'euros pour l'enseignement supérieur et la recherche. C'est le quatrième budget de la Région, après les transports, les lycées et la formation professionnelle.

Quelles sont les caractéristiques et les problématiques propres à votre territoire dans le domaine de l'enseignement supérieur ?

L'enseignement supérieur en Île-de-France est marqué par une concentration à Paris, ce qui pose des défis d'accessibilité et de répartition équitable des opportunités d'étude. Seules 6 universités sur les 15 sont en dehors de la capitale !

Cette hyper concentration pose d'autres difficultés, comme celle du logement étudiant, avec une offre bien insuffisante et des coûts incompatibles avec le pouvoir d'achat des étudiants.

Pour rééquilibrer, nous privilégions les projets visant à décentraliser l'offre. Nous soutenons ainsi les projets d'I-site de CY Cergy université et de l'université Gustave Eiffel, pour ne citer qu'eux.

Nous avons aussi fait le choix de répartir les formations sociales et sanitaires sur tout le territoire, au plus près des hôpitaux.

Sur ce volet, nous avons constaté un grand décalage entre l'offre de formations professionnalisantes et la très forte demande. J'ai donc souhaité qu'on apporte un soutien particulier aux IUT.

Enfin, nous sommes attentifs aux nombreux étudiants internationaux, dont la situation est souvent précaire, et pour lesquels les sujets de logement et de restauration sont particulièrement aigus.

Actuellement, quel est le projet le plus ambitieux que porte votre Région pour l'enseignement supérieur et la recherche ?

Les Questions d'intérêt majeur représentent une initiative-clé dans notre soutien à la recherche. Nous finançons pendant trois ans des équipes pluridisciplinaires pour qu'elles nous éclairent sur des thématiques ciblées pour l'Île-de-France.

Plusieurs questions sont en cours, par exemple pour nous aider à définir les agricultures durables que l'on souhaite pour l'Île-de-France. Nous interrogeons aussi les chercheurs pour identifier des mesures pour prévenir la vulnérabilité pulmonaire, compte tenu notamment de la pollution. Et nous les faisons aussi travailler sur des questions de société, comme le handicap.

Nous avons aussi l'objectif de créer des écosystèmes de recherche performants et renforcer l'attractivité de nos laboratoires. C'est pourquoi nous consacrons plus de 100 millions d'euros à la structuration des acteurs de la recherche publique et privée, à travers des DIM (Domaines de recherche et d'innovation majeurs).

Ainsi, le DIM C-BRAIN vise à faire de l'Île-de-France un foyer majeur d'innovation en santé, neurosciences et sciences cognitives. Et il y en a beaucoup d'autres, pour les technologies quantiques, la santé, l'environnement, l'intelligence artificielle…

Mettez-vous en place des dispositifs ou aides financières pour attirer les établissements du supérieur ?

Depuis 2016, nous avons contribué à la création de plus de 1.400 places en bibliothèque, à la construction ou rénovation de 40.000 m² pour plus de 11.000 étudiants et personnels universitaires.

Par ailleurs, je rappelle notre investissement historique de plus d'un milliard d'euros pour la construction et la rénovation des campus, dans le cadre du Contrat de plan État-Région 2022-2027. Nous avons ainsi affecté 30 millions d'euros pour trois projets immobiliers, en lien avec l‘universitarisation d'écoles et d'instituts de formations paramédicales et maïeutiques.

Nous avons aussi engagé en 2021 et 2022 un plan de 60 millions d'euros pour rénover, agrandir ou relocaliser les instituts de formation sanitaire, souvent vétustes. Ma volonté est d'améliorer les conditions d'étude, mais aussi de renforcer l'attractivité de ces formations, indispensables pour les habitants.

Les établissements de l'enseignement supérieur représentent-ils, pour votre région, un outil d'aménagement du territoire ? Avez-vous un exemple précis et récent ?

Je suis profondément convaincue que l'égalité des chances passe par une offre d'accès à l'enseignement supérieur mieux répartie sur le territoire francilien.

C'est pourquoi nous accompagnons de nombreux projets d'université pour le développement de campus secondaires, comme celui de l'université Paris Est-Créteil qui installe une offre axée sur la santé et comprenant aussi un IEP, à Fontainebleau, ou encore celui de l'université de Paris à Saint-Ouen pour les étudiants en médecine et formations sanitaires, qui sera adossé au futur hôpital Grand Paris Nord.

Je voudrais citer aussi la construction du Campus Condorcet à Aubervilliers et la construction du campus de la Porte de la Chapelle ou encore celui du Landy 2 pour le Cnam à Saint-Denis qui accueillera 1.500 apprenants du CFA.

Cette année, nous avons également lancé le programme Emplois Étudiants mentors, qui finance près de 1.000 étudiants mentors. Ils peuvent accéder à des emplois compatibles avec leurs études, avec des missions variées : tutorat, soutien aux étudiants en situation de handicap, accueil des internationaux ou des initiatives de prévention santé.

Quelles sont les retombées économiques pour les villes et les territoires ?

La recherche et l'enseignement supérieur sont des maillons essentiels sur la chaîne de valeur économique d'une région comme l'Île-de-France. Ils forment et attirent les talents pour nos entreprises, soutiennent l'entrepreneuriat et participent à faire de notre région le moteur de l'innovation en Europe.

Disposer d'universités mondialement reconnues est un facteur d'attractivité indéniable : entre 2019 et 2022, ce ne sont pas moins de 86 entreprises étrangères qui se sont implantées à Paris-Saclay, sixième hub technologique mondial qui rassemble 15% de la recherche française.

Nous nous devons donc d'être présents à toutes les étapes : de la recherche fondamentale en finançant des équipements et des bâtiments, à l'innovation avec nos subventions Innov-up, en passant par l'entrepreneuriat en accompagnant les incubateurs.

Sur ce volet, le programme PEPITE pour les étudiants-entrepreneurs que nous soutenons connaît un véritable succès. Et en 2020, nous avons aussi lancé le Prix des Innovateurs, qui met en lumière des chercheuses et chercheurs ayant créé une entreprise à partir de leurs recherches.

Enfin, nous soutenons les initiatives qui structurent les acteurs entre eux : pôles universitaires d'innovation, bioclusters, clusters IA, pôles de compétitivité…

Notre série : les enjeux de l'enseignement supérieur dans les territoires, vus par les présidents de région

Pour comprendre les enjeux de chaque territoire, Educpros vous propose une série d'interviews des présidents de région.

À tous, nous avons posé les mêmes questions, pour pouvoir saisir les spécificités de leur région, et permettre également de comparer les situations.

L'entretien de Valérie Pécresse est le quatrième de notre dossier. Vous pouvez également consulter :

- l'interview d'Hervé Morin, président de la Région Normandie

- l'interview de Carole Delga, présidente de la Région Occitanie

- l'interview de Renaud Muselier, président de la Région Sud PACA

- l'interview d'Alain Rousset, président de la Région Nouvelle-Aquitaine

Propos recueillis par Agnès Millet | Publié le