1. Au cœur de l'école Louis-Lumière : chez les futurs pros de l'image et du son
Reportage

Au cœur de l'école Louis-Lumière : chez les futurs pros de l'image et du son

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Louis-Lumière forme des cadres de l'image ou du son, des opérationnels qui doivent avoir une vision large du processus de création. // © Mat Jacob/Tendance Floue
Louis-Lumière forme des cadres de l'image ou du son, des opérationnels qui doivent avoir une vision large du processus de création. // © Mat Jacob/Tendance Floue

L’École Louis-Lumière a emménagé à la Cité du cinéma à Saint-Denis, il y a deux ans. Dans un décor tout neuf de brique et de verre, elle reçoit 150 étudiants, qui bénéficient d’un matériel de pointe et profitent de l’expérience de professionnels reconnus, dans le son et l’image.

Certains la surnomment "Hollywood-sur-Seine". Imaginée par le réalisateur et producteur Luc Besson, la Cité du cinéma déploie ses murs couleur brique dans la banlieue nord de Paris, à Saint-Denis (93), sur le site rénové d'une ancienne usine EDF. C'est là, à deux pas des studios de l'auteur de Lucy et d'Adèle Blanc-Sec, qu'est installée, depuis 2012, l'École nationale supérieure Louis-Lumière. Avant de pénétrer dans le bâtiment, il faut traverser une immense halle vitrée – qui abritait naguère la salle des machines. "Même en venant tous les jours, cela reste impressionnant", confie Cédric, un "son 2" – entendez, en deuxième année de la section son. D'autant, explique-t-il, qu'entre les expositions et les tournages "il se passe toujours quelque chose ici !".

Il n'est pas rare que des stars arpentent la halle pour se rendre dans les studios Besson. "On a vu De Niro, Youssoupha, Alain Chabat… Une fois, il y avait Scarlett Johansson, à la cantine", se rappelle, le sourire aux lèvres, Robin. Mais les "lumiériens" se montrent réalistes : "Ce n'est pas Chabat qui va nous recruter !" lâchent-ils, davantage intéressés par leurs professeurs, des spécialistes reconnus dans leur domaine. Christian Guillon, le "Monsieur Effets spéciaux" français, Thierry Coduys, expert en installations sonores interactives, ou encore Samuel Bollendorf, photojournaliste, auteur de webdocumentaires… "C'est ce réseau de l'ombre qui nous sera utile", souligne Cédric.

La grande halle vitrée qui donne accès à Louis-Lumière abritait naguère la salle des machines de l'usine EDF.

Des opérationnels, pas des artistes

Loin des paillettes, Louis-Lumière forme des cadres de l'image ou du son, des opérationnels qui doivent avoir une vision large du processus de création. Si quelques élèves deviendront réalisateurs ou photographes d'art, la palette de métiers à la sortie de l'école est beaucoup plus étendue : cadreur, étalonneur ou superviseur des effets visuels pour la section cinéma ; les "sondiers" (surnom des étudiants de la section son) pourront devenir mixeur, directeur technique ou ingénieur du son ; et, côté photo, les diplômés s'orientent vers les métiers de la prise de vues, mais aussi ceux de la retouche d'image ou de l'iconographie.

Leur point commun ? "Exercer des métiers de passion, mais aussi d'intermittence", prévient Pascal Spitz, responsable de la filière son, qui rappelle le très faible nombre de CDI (contrat à durée indéterminée) dans ces secteurs. De fait, en 2013, 30 % des diplômés en photo sont en CDI, 50 % le sont en son et moins de 10 % en cinéma. Dès lors, comme le dit l'enseignant, "la motivation n'est pas nécessaire ; elle est indispensable".

La plupart des cours sont des projets en petits groupes. Ici, Pascal Spitz, responsable de la filière son, corrige avec des élèves des exercices de mixage.

Une sélection sans formatage

De la motivation, il en faut déjà pour passer la sélection à l'entrée : seuls 16 élèves par an sont admis dans chacune des trois sections pour une centaine de candidats en photo, 200 en son et 300 en cinéma. "Entrer à Louis-Lumière, ça se mérite", déclare Marc, un "photo 2", qui a passé deux fois le concours, après un diplôme d'infirmier. Un profil atypique, mais qui se fond dans une diversité de parcours que l'école souhaite préserver : licence de cinéma, BTS (brevet de technicien supérieur) audiovisuel ou photo, mais aussi classe préparatoire ou études scientifiques à l'université…

Soucieux de ne pas formater les esprits, l'établissement s'attache néanmoins à donner aux étudiants un socle commun de connaissances. "Les six premiers mois, on fait beaucoup de théorie", témoigne Marc, qui a apprécié, ensuite, d'avoir beaucoup de cours pratiques et de projets à mener en petits groupes. L'occasion d'apprendre à maîtriser la technique, à raison de 35 ou 40 heures de travail par semaine.

En section photo, les diplômés travaillent aussi bien dans le cinéma que dans la pub, la presse ou l'édition.

De la technique avant toute chose

Au rez-de-chaussée, réservé à la section cinéma, Cyril anime sur ordinateur le tableau d'un peintre écossais. "On a eu plusieurs cours d'esthétique, qu'on met maintenant en pratique. L'objectif est de faire le lien entre l'image fixe et l'image animée vers laquelle on se destine", commente l'étudiant, arrivé en septembre dans la filière cinéma. À quelques mètres de là, Paul, en dernière année, travaille sur le même logiciel, mais s'est donné un objectif plus complexe : transformer, grâce à des effets spéciaux, la Cité du cinéma en une bâtisse entre réalisme soviétique et futurisme.

"La philosophie de l'école, c'est de mettre l'outil au service de la créa­tivité", explique Jean-Paul Gandolfo, enseignant et respon­sable du laboratoire argentique, une grande salle dotée de paillasses et aux murs couverts de portraits en noir et blanc. Les étudiants y apprennent à utiliser les techniques des années 1850 et à les associer au numérique pour créer des images hybrides.

Après le tournage, le fond vert permet de réaliser des incrustations d'effets spéciaux.

Du matériel sophistiqué

Quelle que soit la filière, les élèves de Louis-Lumière ont à leur disposition du matériel haut de gamme. Avec, par exemple, six salles de montage, une régie musique, un studio radio, rien que sur le premier étage dédié au son. Pendant que quatre étudiants enregistrent un groupe de jazz-rock, Robin et Celsian travaillent sur le mixage d'une bande-son d'un court-métrage. Après deux jours encadrés par leur professeur, les voilà seuls derrière la console dans un auditorium dernier cri.

Une autonomie que ces élèves de deuxième année apprécient. "On peut tester beaucoup de choses", se réjouit Robin : "On s'entraîne à régler le niveau des prises de son directes, des ambiances enregistrées, des effets renforcés qu'on ajoute…" "On fait un travail de post-prod en prenant le temps d'apprivoiser l'outil, complète Celsian. Au total, il y a quatre ordinateurs qui communiquent entre eux, c'est très technique !"

Les élèves travaillent dans un studio de prise de vues qui n'a rien à envier à ceux des photographes professionnels.

Les élèves travaillent dans un studio de prise de vues qui n'a rien à envier à ceux des photographes professionnels. // © Mat Jacob/Tendance Floue

Une ambiance familiale

Les étudiants sont conscients de leur conditions de travail privilégiées : ils ne sont que 150 à se partager les trois étages de l'école d'où "une ambiance familiale", souligne Luka, un "photo 2". "Les rapports avec les professeurs sont détendus, ceux-ci ont le temps de s'occuper de nous de manière personnalisée", confirme Marine, en dernière année de photo.

Confortablement installés sur les canapés de leur foyer, les élèves discutent de la vie de l'école, tandis que d'autres se lancent des défis au baby-foot. Week-end d'intégration, semaine au ski en perspective… "Il manque juste une cafèt pour déjeuner sur place", regrette Luka. Heureuse­ment, il y a la table de ping-pong installée dans la cour. "C'est l'agora de l'école", glisse Cédric, qui s'octroie une petite pause au milieu de son exercice avec les "ciné".

La table de ping-pong est le véritable point de ralliement de l'école.

Des élèves en réseau

Si la plupart des cours sont distincts d'une section à l'autre, quelques projets se font en commun, notamment la réalisation de deux fictions sur les trois ans de scolarité. Au quotidien, les uns et les autres se donnent aussi des coups de main, selon leurs affinités. C'est ainsi que Raphaël, en cinéma, vient aider Charles et d'autres "sondiers" sur l'éclairage de leur installation interactive, tandis que Chloé, en photo, s'est chargée de la communication visuelle de leur projet.

"Au-delà du côté agréable, travailler en petits groupes est très professionnalisant", souligne Charles. Sans compter les liens noués au sein de la promo, qui pourront déboucher sur des collaborations au moment où, après leur diplôme, les jeunes de Louis-Lumière rejoindront le réseau des professionnels de l'ombre.
 

Une école sélective et publique
Admission : concours ouvert (avec trois sections au choix : son, photo, cinéma) aux titulaires d'un bac+2 âgés de moins de 27 ans (QCM, écrits et entretien).
Frais de scolarité : environ 300 € par an.
Durée des études : trois ans, qui débouchent sur l'obtention d'un diplôme de grade master.
Insertion : un étudiant sur quatre trouve un emploi trois mois après sa sortie de l'école.

ens-louis-lumiere.fr