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Enquête exclusive AFEV : 7 jeunes sur 10 concernés par les difficultés d'accès au logement

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L'autonomie a un prix : d'après l'enquête AFEV, certains renoncent à des dépenses de première nécessité pour payer leur loyer. // © Fotolia
L'autonomie a un prix : d'après l'enquête AFEV, certains renoncent à des dépenses de première nécessité pour payer leur loyer. // © Fotolia

Si 81 % des jeunes de 18 à 30 ans ne vivent plus chez leurs parents, ceux qui y restent – majoritairement les moins de 24 ans – le sont par obligation. Entre autres difficultés qui les y contraignent : l'emploi précaire, le manque de moyens ou de garants suffisants, comme le relève l’enquête publiée le 17 mars 2015 par l’AFEV, premier réseau d’étudiants solidaires dans les quartiers populaires. Décryptage.

Pas si "Tanguy" que ça les jeunes ! Un peu plus de 8 jeunes de 18-30 ans sur 10 ont quitté le domicile parental, révèle l'enquête publiée le 17 mars 2015 par l'AFEV (Association de la fondation étudiante pour la ville) et réalisée avec l'Audirep et la Fondation BNP Paribas. Un résultat paradoxal. "La part des étudiants qui ont un logement autonome ne cesse de croître, alors même que les conditions d'accès au logement se sont énormément tendues", pointe Jean-Claude Driant, géographe et professeur à l'Institut d'urbanisme de Paris, à l'UPEC (Université Paris-Est-Créteil) et auteur des "Politiques du logement en France" (La Documentation française, 2009).

Un emploi, une vie de couple... un appart'

D'après l'enquête, la part des jeunes ayant un logement autonome s'accroît avec l'âge. Plus de la moitié d'entre eux ont en effet entre 25 et 30 ans. Rien d'étonnant puisque c'est aussi dans cette tranche d'âge que se trouve la part d'actifs la plus élevée : 77 % exercent une activité professionnelle, contre 58 % chez les 18-24 ans. La majorité (56 %) des jeunes de 18-30 ans qui ont leur propre logement sont aussi – ou ont été – en couple : 54 % en concubinage, mariés ou pacsés et 2 % divorcés

Majoritairement locataires

Quand les jeunes quittent leur chambre d'adolescent, c'est d'abord pour une location. Près de 40 % d'entre eux occupent un logement privé, seuls ou en couple, voire en colocation pour une petit part. Ils sont environ 2 sur 10 à être locataires d'un logement public. À noter, seuls 2 % des jeunes interrogés sont logés en internat ou en résidence étudiante de type cité U. "Il y a 170.000 places CROUS pour 2,5 millions d'étudiants", commente Béatrice Mérigot, spécialiste des questions de logements à l'AFEV.

Deux jeunes sur dix proprios avant 30 ans

Ceux qui n'ont rencontré aucune difficulté pour accéder à leur logement sont plus nombreux à avoir un bac+5 et à être propriétaires. Chez les 25-30 ans, plus de 2 jeunes sur 10 se déclarent propriétaires, contre 16 % des 18-24 ans. Un résultat à pondérer, selon Béatrice Mérigot : "Certains jeunes vivant chez leurs parents ont pu se déclarer propriétaires." La sociologue Fanny Bugeja-Bloch, auteure de "Logement, la spirale des inégalités" (Presse universitaires de France, 2013), note que "les jeunes privilégiés sont favorisés à la fois sur le marché du travail et sur celui du logement, avec des parents issus des CSP+ qui les aident sans doute".

Deux jeunes sur trois restés chez leurs parents n'ont pas d'autre choix

Plus des deux tiers des moins de 30 ans habitant encore chez leurs parents ont entre 18 et 24 ans. Cela représente 1 jeune adulte de cette tranche d'âge sur 4, contre seulement 13 % des 25-30 ans. Qu'est-ce qui retient les moins de 30 ans chez leurs parents ? Un quart d'entre eux est encore en formation. Et ils sont 2 sur 3 à déclarer ne pas avoir trouvé d'autre solution. Emploi précaire, manque de moyens ou de garants suffisants figurent parmi les difficultés les plus citées par ces "Tanguy malgré eux", presque toujours célibataires (87 % des cas). Près de la moitié d'entre eux (48 %) exercent pourtant une activité professionnelle. "La jeunesse défavorisée cumule les handicaps, et présente plusieurs visages : contrainte à la dépendance, contrainte par les coûts, voire exclue du marché du logement", analyse la sociologue Fanny Bugeja-Bloch.

"Pour une politique globale d'habitat en direction de tous les jeunes"

Globalement, cette enquête révèle que 7 jeunes sur 10 sont – ou ont été – confrontés à des difficultés dans leur accès au logement. Quand certains restent chez leurs parents, d'autres renoncent à des dépenses de première nécessité pour payer leur loyer. Qu'ils soient étudiants ou aient déjà un pied dans l'emploi, "une bonne partie de la jeunesse subit une pression budgétaire du logement souvent insoutenable, et adapte ses modes de vie en conséquence", souligne la sociologue Fanny Bugeja-Bloch.

"Notre jeunesse a un problème pour se loger", s'insurge Béatrice Mérigot, responsable nationale KAPS (Kolocs à Projets solidaires) à l'AFEV. En réaction à cette enquête, pointant les difficultés et les inégalités des jeunes face à l'accès au logement, Nicolas Delesque, vice-président de l'association lance un appel à l'ensemble des acteurs de la société "monde de l'enseignement et de la formation, collectivités et État, monde économique", pour une "politique globale d'habitat en direction de tous les jeunes."


OÙ ET DANS QUEL TYPE DE LOGEMENT VIVENT LES 18-30 ANS

(Source AFEV – L'accès au logement des jeunes, déterminant pour leur autonomie – 2015)