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Reportage

Au cœur de l’Inalco : par amour des langues

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Certaines langues enseignées aux "Langues O'" permettent de découvrir également des activités artistiques : ici, la calligraphie. // © Marie-Pierre Dieterlé pour l'Etudiant
Certaines langues enseignées aux "Langues O'" permettent de découvrir également des activités artistiques : ici, la calligraphie. // © Marie-Pierre Dieterlé pour l'Etudiant

Unique au monde par le nombre de langues enseignées – une centaine, dont des très rares –, l’Institut national des langues et civilisations orientales, à Paris, accueille environ 9.000 étudiants aux profils hétéroclites.

C'est une ruche qui bruisse de sons nouveaux et étonnants à l'oreille du néophyte. Les sept étages de l'Institut des langues et civilisations orientales, aussi intitulée "Langues O", forment un dédale de laboratoires et de salles hyper connectées. Salle 313, neuf élèves suivent le cours d'inuktitut, la langue des Inuits de l'Arctique canadien, assuré par Marc Antoine Mahieu, professeur et directeur de la section des langues et cultures des Amériques. De l'autre côté de l'Atlantique, une trentaine d'élèves sont connectés par visioconférence depuis le Québec ainsi que sur le territoire inuit. "Mes étudiants sont très motivés, note l'enseignant, l'inuktitut est une langue spécialement dépaysante, avec des structures exotiques. Elle est fascinante par sa complexité et son originalité." Cette "aventure mentale" et ce "dépaysement intellectuel" en sont la marque de fabrique.

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Des langues étudiées nulle part ailleurs

Héritière de l'École des jeunes de langues fondée par Colbert en 1669, puis de l'École des langues orientales vivantes, créée par la Convention en 1795, c'est un établissement unique en son genre. Bambara, birman, chinois, hindi, japonais, maya, quechua, tibétain...

Certaines langues rares sont étudiées par une poignée d'élèves seulement. Ici, le laboratoire de langue sémitique d'Éthiopie : l'amharique. // © Marie-Pierre Dieterlé pour l'Etudiant

Une centaine de langues et de civilisations du monde sont enseignées à Langues O', faisant de cette institution une école présentant l'offre de formations en langue, la plus riche et diverse du monde. Certaines langues ne sont étudiées nulle part ailleurs, et il est possible de trouver des cours de télougou (Inde), letton, ossette (Iran), comme d'arabe ou de swahili (Afrique de l'Est)...

Melting-pot culturel

Parmi les élèves et les 220 enseignants-chercheurs et la centaine d'attachés temporaires de recherche, on rencontre pas moins de 120 nationalités. C'est ce melting-pot que Najib, en master 1 de japonais, apprécie. "Ce dialogue des cultures est incroyable, ce n'est pas de la théorie ou des velléités, c'est réel et palpable, visible à chaque instant, dans les couloirs, à la cafétéria, lors des conférences ou des soirées culturelles, s'enthousiasme le jeune homme de 24 ans. C'est vraiment stimulant !"

Après une classe préparatoire effectuée à l'École normale supérieure de Lyon (69), il s'est inscrit en licence de japonais puis en master avec, en parallèle, une initiation au chinois. Passionné par la ­culture japonaise, Najib préside l'association des étudiants de japonais, Dejima. Outre ses cours, nombreux et qui demandent un travail personnel conséquent, il anime la cérémonie du thé, aide les jeunes étudiants et participe aux instances de la vie étudiante...

Entraide et tutorat le samedi

Dans le couloir dédié aux associations, le bureau de Chinalco est délicatement décoré dans les tons rouge et doré. Le thé est servi. Flora, 23 ans, en troisième année de licence de chinois dans la filière relations internationales, et Thibaut, en première année de licence de chinois, sont penchés sur le planning des séances de tutorat du samedi suivant. Comme dans plusieurs départements, un système d'entraide est organisé pour soutenir les jeunes étudiants. "Tous les samedis après-midi, entre 14 heures et 17 heures, je révise avec ma tutrice les cours de la semaine. Celle-ci m'aide à reprendre ce que je n'ai pas compris et à répéter les mots, c'est précieux", raconte le jeune homme de 19 ans.

Le tutorat est organisé par les associations d'étudiants. Tous les samedis après-midi, Flora, en L3 de chinois, aide Thibaut, en L1. Des moments précieux ! // © Marie-Pierre Dieterlé pour l'Etudiant

Après un baccalauréat ES au lycée Julien-Wittmer à Charolles (71), Thibaut a intégré l'Inalco "par amour de la langue et de la civilisation chinoises". Comme une majorité d'étudiants en japonais et en chinois, les langues les plus enseignées ici, il a d'abord passé un an en "licence zéro" de chinois, sanctionné par un diplôme d'initiation, pour pouvoir suivre le double cursus de langue et civilisation. "Sauf quelques élèves d'origine chinoise ou qui ont commencé au collège en tant que langue vivante 1, c'est assez rare de rentrer directement en première année de licence, poursuit-il, et ce n'est pas plus mal, on se concentre uniquement sur la langue."

Des cours en petits groupes

Chaque année, un tiers des élèves sont inscrits dans l'un des diplômes d'établissement ou d'initiation. Ici, personne ne semble laissé de côté. La plupart des cours se passent en petits groupes, les enseignants sont disponibles, et le tissu associatif est constitué d'une vingtaine d'associations. "La pédagogie est traditionnelle, l'enseignement est en présentiel avec des outils numériques bien sûr, indique Vincent Benet, vice-président délégué aux formations et à la vie étudiante. Nous sommes très attachés à ce contact essentiel dans un cours de langue, où les groupes sont en moyenne composés de 20 élèves." Les cours de civilisation et de grammaire ont lieu en général en amphithéâtre, ainsi que les conférences (une centaine par an).

C'est cette richesse intellectuelle et la culture que Léa, 21 ans, est venue chercher. Après hypokhâgne, khâgne (première et seconde années de classes préparatoires littéraires) et avoir cubé au lycée Condorcet, à Paris, elle a choisi de suivre un cursus de licence de vietnamien tout en poursuivant un master de géographie à l'université Paris 4-Sorbonne. L'Inalco, elle y tenait : "Mes parents y ont étudié, dit la jeune fille dont le père est diplomate, ma mère est vietnamienne mais elle ne m'a jamais parlé dans sa langue, alors j'ai eu besoin de me pencher sur cette langue maternelle." Même si elle n'a pas de voie toute tracée et une vision exacte de son projet professionnel, elle souhaiterait travailler, plus tard, dans les pays en voie de développement... et si possible en Asie.

Un taux d'insertion de 84 %

Les étudiants sont âgés de 18 à 70 ans ! Ils sont issus de nombreuses formations très différentes et sont inscrits dans des doubles cursus de l'Inalco ou d'autres universités. Bacheliers français, européens, ou hors Europe, la multiplicité des cultures est au rendez-vous. Les filières peuvent être suivies à plein temps sur place ou en alternance. "Les langues et les civilisations sont au cœur de l'école, indique Marie Battini, directrice des études de commerce international. En complément, nous proposons des enseignements professionnalisants, avec une réussite particulièrement forte en termes d'insertion professionnelle." Ainsi, le taux d'embauche, six mois après l'obtention du master de commerce international, s'élève à 84 %.

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Des professeurs très exigeants

"Oui, on pense à notre avenir et à notre métier, insiste Flora. J'envisage de suivre le master ici, pour me lancer ensuite dans une carrière de diplomate." Un tiers des diplomates français en poste aujourd'hui sont passés par les Langues O'.

L'Inalco prépare au concours du ministère des Affaires étrangères où il envoie chaque année plusieurs candidats, qui réussissent avec succès. "Le niveau est exigeant, tient à préciser Françoise Robin, enseignante de tibétain. Le travail personnel est considérable et nous demandons aux élèves de s'investir. Je me considère comme une professeure sévère." Ce jour-là, voyant que la dizaine d'étudiants n'avait pas suffisamment étudié le cours précédent, l'enseignante commence le cours par... une interrogation surprise !

Se former à l'Inalco

- 12 départements. Afrique et Océan indien, Asie du Sud-Himalaya, Asie du Sud-Est et Pacifique, études arabes, études chinoises, études coréennes, études hébraïques et juives, études japonaises, études russes, Eurasie, Europe, Langues et cultures des Amériques.

- 5 filières. Commerce international, didactique des langues, communication et formation interculturelles, relations internationales, texte-informatique-multilinguisme.
Des diplômes d'établissement : ils concernent une trentaine de langues pour lesquelles il n'existe pas de licence ou de master.

- Tests de langue. Avant de s'inscrire en licence d'arabe, de chinois, de grec, d'hébreu ou de russe, un test est organisé par l'école.
Si vous n'avez pas le niveau, l'Inalco propose une année de "débutant", communément appelée "licence 0", à l'issue de laquelle vous pouvez intégrer une première année de licence.
Même procédure pour les inscriptions en master 1 de chinois.
Les tests ont lieu en septembre pour l'année universitaire en cours.