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Parcoursup : big bang dans les concours d'écoles de commerce

Cécile Peltier
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Parcoursup : big bang dans les concours d'écoles de commerce
RSB fait partie avec les ESC d'Amiens, de Pau, Clermont, l'Idrac ou l'Istec des rares Bachelors à recruter dès le rentrée 2018 sur Parcoursup. // ©  Rennes school of business
Si Atout+3 a finalement décidé d’intégrer la plate-forme nationale en 2019, la plupart des écoles de commerce postbac devraient demander, d’ici au 22 juin 2018, une dérogation de un an. De quoi se donner le temps de refondre leurs concours et de revoir leur stratégie en matière de banques d'épreuves, promises à un phénomène de concentration.

Elles l'attendaient pour le 8 juin. C'est finalement le 13 que les écoles de commerce ont reçu la fiche du ministère précisant le calendrier et la procédure de demande de dérogation pour l'entrée dans Parcoursup, fixée par la loi ORE au 1er janvier 2019. Elles ont jusqu’au 22 juin pour adresser leur demande à la Rue Descartes qui s’est engagée à leur répondre au plus tard le 7 juillet. Plusieurs business schools qui avaient déjà formulé cette requête n'ont à ce jour reçu aucune réponse. Des sources concordantes confirment qu'aucun de ces dossiers n'a encore été traité.

En dépit d'un certain lobbying du ministère et des rectorats en faveur d’une entrée en 2019 sur la plate-forme nationale, seule une poignée d’écoles de commerce postbac devraient finalement sauter le pas.

Atout+3 sera dans Parcoursup dès 2019

C’est le cas d’Atout+3, qui plaidait encore il y a deux mois en faveur d’une dérogation. “Voyant la notoriété qu’apporte Parcoursup, et pour éviter de laisser la place à des formations de moindre qualité, nos écoles ont décidé de l’intégrer dès cette année”, se justifie le délégué général du concours commun, Didier Wehrli. En espérant, que cette visibilité accrue permettra de compenser le resserrement de calendrier et le risque d'une diminution du nombre de candidats, obligés de faire des choix entre les concours. Une décision qui ne fait pas l’unanimité, parmi les neuf membres du concours commun.

Côté programmes grandes écoles, l’Istec et l’Idrac, fortes d’une expérience concluante en matière de Bachelors rejoindront également la plate-forme dès 2019. Leur homologue du concours TEAM, l’ICD, tranchera quant à elle, lundi 18 juin.

Toutes ces écoles devront avoir revu leurs modalités de concours et réécrit leur règlement pédagogique d'ici au 15 septembre, afin qu’il puisse être validé par la Dgesip. De quoi s'occuper pendant les vacances…

Encore trop d'incertitudes

Mais de l'avis des autres écoles, trop de points d'achoppement subsistent “sur des sujets aussi vitaux que la possibilité d’organiser des rentrées décalées, des concours multi-sessions ou de demander un chèque d’acompte aux admissibles afin de leur réserver des places pour se lancer en 2019", énumère le directeur des programmes de Kedge BS, Pascal Vidal. Un point de vue largement partagé par ses confrères.

Autre sujet d’inquiétude : le traitement réservé aux étudiants internationaux, que la Conférence des grandes écoles a demandé à voir sortir du portail. “Pour le moment, le ministère nous dit que tout le monde doit passer par Parcoursup, mais on voit mal comment va faire un étudiant chinois sur une plate-forme tout en français”, relève Denis Lescop, directeur du Bachelor de Montpellier Business School. Une clientèle essentielle sur le marché hyper-concurrentiel des Bachelors.

On voit mal comment va faire un étudiant chinois sur une plate-forme tout en français. (Denis Lescop, MBS)

La question se pose aussi pour les élèves des lycées français de l’étranger, qui candidatent aussi dans les institutions internationales, type London School of Economics, Bocconi ou IE Business School, qui recrutent plus tôt dans l’année.

Autant d'incertitudes, qui ont conduit Acces (Ieseg, Essca, Esdes), Pass (BBA Inseec et BBA Edhec), Link (EMLV, EBS, EDC et PSB) et les concours indépendants (Toulouse, Skema…) à solliciter un répit d’un an pour s’organiser. Et proposer d’éventuels ajustements.

Chez Sésame (SCBS, La Rochelle, Neoma, Essec, Kedge, EM Normandie, ESCE et Ipag), la balance penche aussi plutôt en faveur de 2020. “Cela nous permettrait d’utiliser 2018–2019 pour adapter notre calendrier et voir de quelle manière utiliser le dossier et la fiche Avenir de Parcoursup pour une entrée optimale en 2020”, expose le patron de l’Essec, Vincenzo Vinzi, qui préside la banque d'épreuves.

Toutes les demandes de dérogation seront analysées et traitées au cas par cas avec le souci de ne pas mettre les formations en difficulté. (Ministère)

Un contexte d’incertitude qui crée des tensions au sein des banques et du stress du côté des écoles qui craignent de se voir refuser leur dérogation. “Si on ne l’obtient pas, je ne sais pas comment on va faire…”, se désole le patron d’une grande maison, très remonté contre la “pagaille” de Parcoursup. “J’ai peur qu’il y ait très peu de dérogations, voire pas du tout…”, ajoute un collègue. Du côté de la Rue Descartes, le ton se veut rassurant : “Toutes les demandes de dérogations seront analysées au cas par cas avec le souci de ne pas mettre les formations en difficulté.” Sans plus de détails sur les critères d’obtention.

Un calendrier et des modalités de concours refondus

Dérogation ou pas, les écoles n'ont pas d'autre choix que de commencer à repenser l’organisation et le calendrier de leurs concours dans le cadre imparti par Parcoursup. “Avant, nous commencions à recruter en janvier avec une base prospects, et maintenant on récupère toutes les candidatures le 4 avril”, résume Laurent Espine. Il ne restera ensuite que quatre semaines entre début avril et début mai pour organiser leurs épreuves. Avec la charte de Parcoursup, il est désormais impossible d'informer les candidats d'ici le 22 au mai de l'état de leur candidature, ce qui signifie la fin de l'étape d'admissibilité.

Logiquement, le format et le nombre des épreuves devraient donc évoluer. Sésame, à l'instar d'autres écoles, réfléchit à la manière de mieux intégrer les outils digitaux. L’Idrac, qui a dématérialisé l’année dernière toutes les épreuves écrites des Bachelors n’exclut pas d’en faire autant pour le programme grande école. “On peut imaginer une semaine pour passer les épreuves écrites à distance, puis une convocation à des entretiens oraux”, suggère Laurent Espine. De là à envisager des entretiens 100 % à distance, c'est un peu tôt : écoles comme étudiants restent attachés à la rencontre physique sur un campus.

Rennes School of Business, présente dès cette année à travers son Bachelor IBPM, a déjà été sollicitée par la CGE pour partager son expérience.


Bouleversements attendus dans les banques d’épreuves

De RSB à Toulouse Business School ou Skema en passant par l’Idrac et MBS, qui recrutent en Bachelor sur un concours indépendant, on s’interroge sur l’intérêt de rejoindre une banque d’épreuves. C’est que pour avoir la chance d’attirer un maximum de candidats à leurs concours, concentrés entre début avril et début mai, les business schools vont avoir tout intérêt à chasser en bande. D’autant que dans Parcoursup, opter pour une banque, c’est la possibilité de formuler plusieurs sous-vœux, contre un seul pour un concours indépendant.

Si demain on voit qu’avec Parcoursup on est plus puissant au sein d’une banque ou d’une association d’écoles, on ira. (François Bonvalet, TBS)

“Le Bachelor de TBS est attractif, mais on sera pragmatique, et si demain on voit qu’avec Parcoursup on est plus puissant au sein d’une banque ou d’une association d’écoles, on ira”, confie François Bonvalet.

Dans ce climat “où tout le monde parle à tout le monde”, les tractations vont bon train. Atout+3 examinera fin juin la candidature de plusieurs potentiels nouveaux venus. Montpellier ? Rennes ? Toulouse ? À suivre.

Vers un élargissement de Sésame en 2020

Sésame, de son côté, a reporté à 2019 l’examen des membres de Link, qui ont tapé à sa porte à tour de rôle. Avant de s’ouvrir, la banque entend mener à bien son adaptation à Parcoursup et sa réorganisation en deux offres distinctes : Sésame 4 (BBA) et Sésame (masters), "un concours commun, mais avec des coefficients différents". À condition que les écoles les plus modestes acceptent l’arrivée de nouveaux concurrents.

Team, en cours de refonte, devrait également connaître un changement de périmètre si une partie seulement de ses membres adhère à Parcoursup en 2019. “Un ou deux autres nouveaux membres pourraient nous rejoindre", indique Laurent Espine.

Quant à Link, son avenir est en suspens. Ses membres décideront-ils de partir ensemble ou séparément en 2019 ? Réponses dans les prochaines semaines…


Cécile Peltier | Publié le

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