E. Labaye (IP Paris) : "Si nous voulons être aussi performant que le MIT ou l’EPFL, il nous faut intensifier notre force de frappe"

Clément Rocher
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E. Labaye (IP Paris) : "Si nous voulons être aussi performant que le MIT ou l’EPFL, il nous faut intensifier notre force de frappe"
Un an après sa création, l'Institut Polytechnique de Paris affiche ses ambitions. // ©  Institut polytechnique de Paris
Un an après la création de l’Institut Polytechnique de Paris, l’établissement maintient son ambition de devenir une institution de sciences et technologie de rang mondial. Éric Labaye, son président, évoque notamment sa stratégie pour poursuivre son développement sur le plan national et international.

Quels sont les objectifs de l’Institut Polytechnique de Paris en France ?

 // © Photo fournie par le témoin

L’Institut Polytechnique de Paris a vocation à être un institut de sciences et de technologie. Il faut aussi rappeler la déclaration du président de la République, Emmanuel Macron, en octobre 2017, qui avait annoncé que l’objectif est de se doter "d’un MIT à la française". Cette stratégie inclut une recherche de pointe, une formation d’excellence, une forte sélectivité des étudiants et de devenir un creuset d'innovation dans le monde académique et économique.

Si nous voulons être aussi performant que le MIT (Massachusetts Institute of Technology) ou l’EPFL (Ecole polytechnique fédérale de Lausanne), il nous faut intensifier notre force de frappe.

Nous allons renforcer notre recherche avec la création de centres interdisciplinaires. Nous avons créé l’année dernière "Energy for Climate" (E4C) et nous espérons entrer dans le top 5 mondial dans le domaine de l'énergie et du climat.

Nous espérons entrer dans le top 5 mondial dans le domaine de l'énergie et du climat

Nous avons également lancé en septembre "Hi ! Paris" qui est un centre lié à l’intelligence artificielle et la science des données. Par ailleurs, deux nouveaux centres sont en cours de développement : l’un dans la défense et la sécurité – en particulier le quantique – et l’autre dans l’ingénierie biomédicale.

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L’IP Paris se retrouve sur un territoire qui comprend une Idex : l’Université Paris-Saclay qui vient de se distinguer dans de nombreux classements internationaux, notamment celui de Shanghai. Comment vous positionnez-vous par rapport à elle ?

Le classement de Shanghai mesure de manière extensive la qualité de la recherche, incluant le nombre de prix Nobel et de citations dans les revues scientifiques. L’Université Paris-Saclay y est très performante. Nous ne sommes pas une institution de 50.000 personnes et le classement de Shanghai ne constitue pas notre premier objectif.

Les écoles d’IP Paris se positionnent aujourd’hui sur d’autres classements comme THE et QS qui évaluent la réputation des étudiants auprès des employeurs, la qualité du modèle pédagogique de l’établissement, la réputation académique de la recherche. Demain, ce sera l’Institut Polytechnique de Paris. Nous sommes classés dans le top 100 mondial dans ces deux classements avec l’université PSL et Sorbonne-Université.

L’École polytechnique est classée 32e mondiale et 1re en France pour sa dimension internationale dans le classement THE. Nous avons environ 40% d’étudiants internationaux et 40% de professeurs internationaux au niveau de l’Institut Polytechnique de Paris. C’est une caractéristique que nous voulons continuer à maintenir : être l’institution la plus internationale de France fait partie de notre stratégie. Cela se traduit par l’objectif de recruter davantage nos futurs ingénieurs à l’international et de les attirer en France dans nos programmes.

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Lors de la création d'IP Paris en 2019, la ministre des Armées, Florence Parly, avait donné comme objectif de devenir "un champion mondial de l’ESR, similaire aux grands instituts internationaux" d’ici cinq à dix ans. Où en êtes-vous de cet objectif ?

Nous travaillons en parallèle sur nos trois axes recherche-formation-innovation. Nous voulons accroître les financements pour développer ces différents axes et attirer les meilleurs étudiants et enseignants mondiaux. Nous avons un sujet en développement avec l’Etablissement public d’aménagement Paris-Saclay pour avoir un parc d’innovation avec des entreprises privées comme Total.

Notre but est de mettre en place des partenariats très forts avec IP Paris. Nous sommes en train de discuter avec d'autres entreprises qui seraient intéressées par venir sur ce parc d'innovation. Les thématiques de recherche doivent être en lien avec les domaines de recherche de l'IP Paris.

L’Institut Polytechnique de Paris mise sur ses doctorants pour renforcer la dimension recherche.

Nous partageons l’ambition de doubler le nombre de doctorants d'ici 2030 afin d’accentuer le flux de développement de la recherche. Cette ambition passe par le besoin de trouver du financement et de choisir les domaines dans lesquels nous voulons augmenter la taille de la recherche, comme la data science et l’énergie.

Nous avons notamment des contrats et des chaires pour financer nos doctorants. Nous allons aussi nous assurer que le lien entre les laboratoires et les entreprises perdure afin que les doctorants trouvent d’excellents débouchés dans le monde économique.

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Quels sont les moyens dont dispose IP Paris pour poursuivre son développement ?

L’Institut Polytechnique de Paris dispose d’un budget d'une dizaine de millions d’euros. Ce budget est financé en grande partie par nos ministères de tutelle (de l'ordre de sept millions). Nous répondons aussi à des appels à projets qui peuvent venir de l'Agence nationale de la recherche (ANR), du Programme d’investissements d’avenir (PIA) et de l'Europe. Au-delà de la qualité de la recherche, il y a toute une procédure à mettre en place et nous allons avoir un bureau qui va renforcer notre capacité à remporter les appels à projet. Nous avons notamment gagné quatre écoles universitaires de recherche en août 2019, ce qui représente un budget de l’ordre de 15 millions d'euros.

Nous bénéficions également de financements privés avec du mécénat d’entreprise pour nos centres interdisciplinaires. Cinq entreprises se sont engagées sur le centre "Hi ! Paris". Nous travaillons à lever des fonds à hauteur de 50 millions pour le centre "Hi ! Paris" et au moins 20 millions d’euros pour chacun des autres centres interdisciplinaires.

Notre objectif est de doubler voire tripler le nombre d’entreprises qui viennent apporter leur aide, pas seulement sur le plan financier mais aussi pour contribuer à rendre le programme de recherche plus pertinent. Nous travaillons sur toutes les sources de financement pour changer la donne d’IP Paris.

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Comment les écoles d'ingénieurs membres de l'IP Paris avancent ensemble au sein de cet établissement expérimental ?

Le comité exécutif comprend les responsables des cinq écoles d’ingénieurs, toutes les décisions sont prises à l’unanimité. Nous avons bâti des choses ensemble comme l’école doctorale ou bien les programmes de masters mis en place pour cette rentrée 2020. Ce sont nos premières réalisations communes. Nous sommes en train de créer des départements d’enseignement et de recherche de haut niveau au sein d’IP Paris.

Nous sommes en train de créer des départements d’enseignement et de recherche de haut niveau au sein d’IP Paris.

Nous avons établi un conseil d’administration de 28 membres et nous avons également élu au mois de mars un conseil académique composé de membres élus des cinq écoles (ingénieurs de recherche, enseignants, étudiants) et de personnalités issues du monde des entreprises (principalement en R&D).

Quelles sont les interactions entre les différents établissements membres ?

Nous avons établi une approche par comité, il en existe un pour l'enseignement et la recherche ainsi que pour le développement du campus. Nous sommes en train d’étendre cette approche pour l'international, l'innovation, la vie étudiante et la relation avec les entreprises.

La question de notre offre collective de formation est à l’étude. Nous avons en ce moment un groupe de travail qui traite du futur des diplômes d'ingénieurs. Une autre question est de définir comment augmenter le nombre d’ingénieurs que nous voulons diplômer dans la durée et si nous souhaitons mutualiser certaines formations dans l'objectif d'en créer de nouvelles. Nous aurons des éléments de réponse d'ici la fin de l'année.

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Est-ce que l'adhésion de nouveaux établissements du supérieur – écoles d'ingénieurs ou non – à IP Paris est à l'ordre du jour ?

L’Institut Polytechnique de Paris n'est pas par définition une école d'ingénieurs et nous développons des formations et des projets de recherches interdisciplinaires. Pour l'instant, nous sommes cinq écoles d'ingénieurs qui partagent les mêmes valeurs de sélectivité et d’excellence dans la recherche et l’enseignement. C'est une boussole qui permet d'avancer. A long terme, et une fois que nous aurons des bases solides, nous pourrons ouvrir l’Institut à d’autres d’établissements.

L’Institut Polytechnique de Paris n'est pas par définition une école d'ingénieurs.

Certaines écoles ont exprimé leur intérêt pour travailler avec nous mais nous voulons d'abord commencer par faire des alliances, c’est le cas avec l'école de management HEC. La priorité aujourd'hui est d'étendre nos partenariats et de renforcer nos alliances pour exécuter notre stratégie avec encore plus de force.

Dans quelle mesure la crise sanitaire va-t-elle toucher les projets de développement que vous avez initiés ?

Nos équipes ont fait un travail extraordinaire pour garantir la continuité des cours et maintenir un grand nombre d’activités en recherche et innovation limitant l’impact de la crise sanitaire sur le développement de l’Institut Polytechnique de Paris. Cependant, la crise sanitaire aura un impact sur le timing, certains projets ont pris un ou deux mois de retard. Ces projets ont toujours du sens et nous allons nous assurer de leur bon développement. Nous avançons dans notre stratégie à forte allure, avec l’implication de tous. Le plan de relance permettra aussi d'avoir des financements additionnels pour nous aider à accélérer notre développement.


Clément Rocher | Publié le

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Paris Saclayus.

Selection ... Masturbation ... humiliation. En 3 points, un truc compréhensible pour l'X fabrique de généraux franc-maçons à la tête des grandes débacles : Albert Lebrun, Jean-Marie Messier, Patrick Kron, Carlos Ghosn etc. Une bonne chose que cette tumeur soit isolée avec ses cellules filles (ensta, télécom, ensae). L'Université Paris Saclay et PSL vont pouvoir rayonner de manière extensive (sic) avec ses Prix Nobel ainsi que les purs facards créatifs (Mourou, Charpentier ...).

Panna.

La compétition existante entre établissements d'enseignement supérieur français, écoles et universités, n'a aucun sens et est délétère. Il faut trouver les synergies pour que enseignement, recherche et innovation française soient au meilleur niveau et reconnues à l'international. A présent je dirais même qu'il faut viser à une Europe de la connaissance et de l'innovation -les universités européennes sont un beau défis! L'enseignement supérieur en France est de très bon niveau. Il faut, collectivement, le préserver et l'enrichir. Par ailleurs, la diversité est une richesse, au sein de la quelle il est insensé de hiérarchisé.