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Décryptage

Cuber sa prépa HEC, une bonne stratégie ?

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C'est avec l'objectif d'intégrer l'une des grandes écoles de commerce les plus réputées, notamment HEC (photo), l'ESSEC et l'ESCP Europe, que nombre d'étudiants en prépa commerciale préfèrent redoubler leur seconde année. // © HEC
C'est avec l'objectif d'intégrer l'une des grandes écoles de commerce les plus réputées, notamment HEC (photo), l'ESSEC et l'ESCP Europe, que nombre d'étudiants en prépa commerciale préfèrent redoubler leur seconde année. // © HEC

La meilleure, sinon rien ! Chaque année, environ 12 % des étudiants en prépa commerciale préfèrent cuber pour tenter à nouveau leur chance d'entrer dans l'école de commerce de leurs rêves. Mais est-ce toujours un bon calcul ? Nos conseils pour ne rien regretter.

"Je préparais les concours de six écoles, mais je ne travaillais en réalité que pour HEC, ESSEC et ESCP Europe. Je me disais que si je n'obtenais qu'Audencia Nantes, qui est une très bonne école, il serait très risqué pour moi de cuber [redoubler sa deuxième année de prépa, NDLR]", confie Orianne. Cette bonne élève de prépa au lycée Saint-Louis, à Paris, a finalement réussi à intégrer l'ESSEC lors de sa première tentative.

Chaque année des centaines d'étudiants se posent ainsi la question de leur redoublement en prépa dans l'espoir de décrocher une business school mieux classée. Mais cuber n'est pas forcément gagner. Pour chacun, cela dépend de ses résultats aux concours, de sa motivation et de son potentiel de progression.

Vous valez mieux que vos résultats

Étudiant très sérieux, vos résultats en prépa étaient tout à fait satisfaisants, mais vous avez raté une ou plusieurs épreuves aux concours et du coup, vous n'avez pas obtenu les résultats attendus, ni par vous ni par vos professeurs.

“Si vous avez l'accord de vos professeurs pour dire que vous valez plus que vos résultats aux concours, il est tout à fait légitime de vouloir cuber”, estime Patrick Noël, directeur général du Groupe Ipésup. Si le sujet de dissertation vous a déconcerté, ou par exemple que vous avez exceptionnellement raté l'épreuve de langues, redoubler peut présenter un intérêt. Si vous avez manqué HEC de très peu, il est tout à fait légitime de vouloir cuber.

Une troisième année pour révéler votre potentiel

Il vous a fallu plusieurs mois pour quitter le costume de lycéen pour celui d'étudiant, les programmes sont vastes, vous avez mis du temps à acquérir une solide méthode de travail... pour ces raisons, vous estimez que deux ans de prépa, "c'est un peu court" et qu'une troisième année va vous permettre de vous révéler pleinement. Alors cuber peut se justifier.

“C'est le cas de figure le plus fréquent... et aussi le plus ambigu, remarque Patrick Noël d'Ipésup. Certains élèves ont connu un retard à l'allumage en première année et ne sont pas parfaitement au point en seconde année. Ils ont l'impression qu'avec une année de plus, ils vont gagner les un ou deux points qu'il leur manque pour réaliser leurs ambitions. Nous constatons que pour certains c'est en effet l'éclosion, mais pour d'autres c'est le blocage : ils ne progressent pas du tout, voire régressent".

Avant de vous décider, discutez impérativement avec vos professeurs et posez-vous la question : “Suis-je sûr de faire vraiment mieux l'année prochaine ?”

Attention à l'essoufflement et la lassitude

"Cuber n'apporte aucune garantie d'avoir de meilleurs résultats. Beaucoup d'élèves s'essoufflent en troisième année de prépa", constate Jean Bastianelli, proviseur du lycée Pierre-de-Fermat, à Toulouse (31). Ils sont moins impliqués, plus fatigués, ou tout simplement il arrive qu'ils tombent malades. Du coup leurs résultats plongent."

C'est un élément rarement anticipé par les étudiants : le sentiment de lassitude qui peut s'emparer de l'élève en troisième année de prépa. La répétition peut devenir lassitude. Car le danger est double : non seulement d'être lassé de refaire le programme de seconde année de prépa, mais aussi de ne pas revoir correctement celui de première année, qui peut paraître loin, mais qui reste au programme des concours. Pour éviter ce risque, certaines prépas privées proposent de redoubler dans une classe spécifique, où les "cubes" ne répètent pas la seconde année.

Ainsi, Jean Bastianelli, proviseur de Pierre-de-Fermat, recommande de ne cuber que si, et seulement si, vous avez du potentiel, une force et une motivation à toute épreuve. À vous de bien évaluer l'effort à fournir, le stress supplémentaire occasionné par cette troisième année, et le risque d'être beaucoup plus déçu en cas de nouvel “échec”. Serez-vous assez solide psychologiquement pour encaisser ? Tout en relativisant “l'échec”, car, par exemple, rater l'ESSEC et réussir Audencia ne peut être qualifié comme tel !

Ecoles de commerce : le palmarès 2014 de la recherche en gestion. De gauche à droite et de haut en bas : l'Ieseg, Kedge Marseille, l'Edhec et HEC.

Il ne faut pas hésiter à se projeter dans les écoles obtenues et ne pas les écarter sur la base d'une idée préconçue. Ici (de gauche à droite et de haut en bas), l'ESEG, Kedge Marseille, l'EDHEC, et la "Parisienne" HEC. // © IESEG, Kedge Marseille, l'EDHEC, HEC

Vos résultats reflètent votre niveau

"Certains élèves se leurrent sur leurs aptitudes. Ils veulent HEC ou rien. Pourtant en deux ans de prépa, ils n'ont jamais eu la moyenne dans aucune matière", remarque Patrick Noël d'Ipésup. Résultat, chaque année des candidats aux ambitions irréalistes se mettent eux-mêmes dans une situation inextricable : en ne présentant que les concours des trois "Parisiennes", ils se retrouvent sans solution pour l'année suivante.

Pour éviter cette impasse, il faut élargir l'éventail des écoles présentées au concours. De 5 à 11 établissements, selon vos ambitions personnelles. Car se retrouver sans point de chute après avoir cubé peut être bien plus handicapant que d'obtenir une école de “milieu de classement”.

De la même manière, cuber peut être risqué si vous estimez avoir été plutôt chanceux aux concours, même si vous n'avez pas obtenu l'école de vos rêves. D'une part, car d'une année sur l'autre, les écoles peuvent augmenter leur niveau d'admission. Si, cette année, vous avez décroché de justesse certaines grandes écoles, vous risquez donc en cubant, d'obtenir des résultats moins bons que la première fois, et de même rater les écoles que vous n'avez pas voulu intégrer lors de votre première tentative.

D'autre part, si les aléas du concours vous ont permis de particulièrement bien réussir dans telle ou telle matière et d'être admissible dans de très bonnes écoles comme l'EDHEC, l'EM Lyon, GEM ou Audencia, vouloir cuber pour décrocher à tout prix HEC, l'ESSEC ou l'ESCP Europe n'est sûrement pas de bon calcul.

Évaluez votre potentiel de progression

“Dans tous les cas, avant de décider, mieux vaut faire une analyse très précise de ses résultats au concours”, préconise Philippe Regimbart, le directeur des admissions et concours à la Chambre de commerce et d'industrie de Paris, qui gère la banque commune d'épreuves des concours de 20 grandes écoles de management en France (dont HEC, l'ESSEC, ESCP Europe…). “Vous devez vous poser sérieusement la question : l'école que vous avez obtenue n'est pas celle que vous visiez, mais malgré tout, n'est-ce pas un bon établissement qui propose des choses intéressantes et où vous allez pouvoir faire une bonne scolarité ?”

Une fois passée la réaction impulsive d'orgueil - “Je mérite mieux que ça !” -, vous devez procéder à l'étude minutieuse et à froid de vos résultats aux concours. Avec l'aide de vos professeurs, qui vous connaissent bien, décortiquez vos résultats et évaluez votre potentiel réel de progression dans chaque matière. Leurs conseils vous seront précieux.

Ne négligez pas les écoles obtenues

"Beaucoup de candidats commettent une erreur en redoublant et en refusant d'aller dans une autre école", poursuit Philippe Regimbart de la CCI de Paris, qui préconise aussi d'examiner de près l'offre de chacune des écoles décrochées à la première tentative et que vous auriez peut-être négligée un peu vite. Une fois vos résultats d'admission connus, estimez bien ce que propose de chaque école que vous pouvez intégrer et qui ne se trouve pas forcément dans les trois "Parisiennes".

Certaines spécialités notamment peuvent faire toute la différence. En finance par exemple, l'EDHEC rivalise largement avec HEC dans les classements. En nombre de diplômés qui ont créé leur entreprise, certaines écoles de milieu de tableau arrivent largement devant HEC... Le directeur des admissions et concours à la CCI de Paris préconise également aux candidats de se projeter dans l'école obtenue et de ne pas l'écarter sur la base d'une idée préconçue : "Ce n'est pas une punition d'avoir raté l'ESCP Europe et d'avoir réussi l'EDHEC ou l'EM Lyon ! Et les étudiants sont très rarement déçus une fois dans leur école".

Essayez de vous imaginer dans l'école obtenue au lieu de l'écarter au nom d'une idée préconçue, qui en plus est basée essentiellement sur les classements, recommande Philippe Regimbart. Essayez, de même, de vous projeter dans une nouvelle année de prépa. Cela peut vous aider dans votre réflexion.” Et vous permettre de résister à l'éventuelle pression sociale ou à l'entourage familial. Car le bon choix n'appartient qu'à vous.

Pour aller plus loin : Le classement 2020 des prépas économiques et commerciales : quelle CPGE pour vous ? / Classement 2020 des meilleures prépas grandes écoles