Journaliste sportif : un métier passion pour les mordus de sport

Par Mersiha Nezic, publié le 09 Avril 2020
7 min

Si vous êtes tenté par le métier de journaliste sportif, il faut avoir la passion de l’actualité et du sport chevillées au corps et aimer raconter des histoires. Vous avez aussi intérêt à être un coriace qui sait s’accrocher dans un milieu très concurrentiel. Faire une formation pour acquérir les techniques du journalisme est devenu un passage quasi obligé.

David Sandona
David Sandona // © France Télévisions

Petit, il aimait écouter Thierry Roland, cette voix mythique à la verve légendaire du football français. "L’audace et l’esprit d’innovation" de Charles Biétry, l'ancien ponte des services des sports de Canal+ et BeIN Sports, l’ont marqué aussi. Il affectionne la plume de Vincent Duluc, qui raconte le foot "comme une série sur Netflix" dans les colonnes de l’Équipe. À 44 ans, David Sandona (*) est l’un des présentateurs de l'émission Tout le Sport de France Télévisions, l’émission sportive la plus regardée du pays. Le journaliste continue également de faire du reportage, des lives, à écumer les stades le micro à la main.

La condition sine qua non pour devenir journaliste sportif est d’être un mordu de l’actualité et du sport. "Si on en parle sans passion, même en faisant de belles phrases, c’est comme un verre d’eau tiède. Cela ne fait ni chaud ni froid", raconte David Sandona.

Le journalisme sportif : "J'en ai toujours rêvé"

Et la passion vient de loin, comme c’est souvent le cas pour les vocations. "J’en ai toujours rêvé. C’est mon intérêt pour le sport qui m’a poussé à lire la presse, raconte Emilien Diaz, 25 ans, collaborateur de France tv Sport. J’avais 11 ans au moment de la Coupe du monde de football de 2006, le premier grand événement sportif que j’ai suivi. En 2013, pendant que tous mes camarades de classe révisaient pour le bac, moi je le faisais devant des matchs de Roland-Garros. Et l’an dernier, quand j’ai pu couvrir ce tournoi, j’étais comme un gosse, heureux d'être au bord du terrain, d'approcher les joueurs".

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Pour devenir journaliste sportif, il faut surtout savoir raconter des histoires, des tranches de vies. "Après tant d’efforts, j’aime voir un sportif gagner. Et je trouve beau de le voir perdre", reprend David Sandona. Comme lors des Jeux olympiques en Corée du Sud, il y a deux ans, quand le fondeur français Maurice Manificat ne parvient pas à monter sur le podium. "Après la course, il n’avait vu que des juges, des bénévoles, et puis il tombe sur moi, le premier visage connu qu'il aperçoit. Il pleure tout au long. C’est ma plus belle interview en plus de 20 ans de carrière. Et c’est celle d’un perdant, pas d’un gagnant".

Il y a aussi l’adrénaline inhérente au métier. "Quand on présente un journal, on a préparé un texte, et pour un reportage, on l’a monté, écrit. Mais lorsqu’il s’agit de commenter en direct un événement, on est comme un parachutiste qui se jette dans le vide. Tout doit être parfait jusqu’au moment où on déploie le parachute et où on met les pieds au sol", détaille David Sandona.

Pour passer du rêve à la réalité, quel chemin emprunter ? Où était David avant de se retrouver sur le plateau de France Télévisions ? À Pontarlier, dans le Haut-Doubs, au foot avec les copains, à la conception d’une revue de presse hebdomadaire pour ses camarades de CM1, et même en train de faire des dédicaces, à 8 ans, au micro d’une radio locale franc-comtoise.
Après le bac, il opte pour la fac de lettres de Besançon mais ne valide jamais son diplôme. Arrivé en stage dans une antenne locale d’Europe 2 (aujourd’hui Virgin Radio, ndlr), il est rapidement embauché et apprend le métier "sur le tas". Le jeune homme enchaîne avec la télé en passant par France 3 Côté d’Azur, puis France 3 Franche-Comté. "Aujourd’hui avec le bac, je ne pourrais même pas trouver un stage", note-t-il.

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Le passage par une formation est quasi obligé

Faire une formation pour acquérir les techniques du journalisme est devenu un passage quasi obligé pour avoir sa chance au sein d’une rédaction. Emilien Diaz, fraîchement diplômé du Celsa, l’une des quatorze formations reconnues par la profession, le savait. Les concours sont réputés impitoyables. Nombre d’aspirants journalistes passent par des prépas.

Emilien a été épaulé par La Chance, pour la diversité dans les médias, une prépa gratuite destinée aux élèves boursiers. À 25 ans, il devient pigiste à France tv Sport, rédaction au sein de laquelle il a travaillé en apprentissage lors de sa formation. Un pigiste est payé à l'article ou à la journée et non pas au temps de travail hebdomadaire comme c'est le cas en CDD ou CDI. En sortant d’école, la majorité de jeunes journalistes travaillent à la pige.

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Dans ce milieu concurrentiel, il faut s'accrocher

Être animé par la passion ou maîtriser la technique ne suffit pas. Il vaut mieux être un acharné du travail, et s’accrocher. Les places sont très chères. Si les enfants des CSP+ qui peuvent compter sur le soutien financier de leur famille constituent la grande majorité des recrues dans les écoles de journalisme et au sein de la profession, quel que soit le capital social et culturel de votre famille, David Sandona vous déconseille de vous laisser intimider par les statistiques. "Si vous avez la passion absolue et que vous savez que c’est ce que vous voulez faire, vous aurez le petit truc en plus qui va faire la différence", assure ce fils d’ouvrier.

Alors si vous rêvez de suivre les pas de David, restez positif, cherchez à intégrer une formation et ne négligez surtout pas vos cours de langues. Retenez que l’anglais est indispensable pour devenir journaliste sportif. "Dès le collège et le lycée, pendant vos vacances scolaires, si vous le pouvez, prenez la direction d’un pays anglophone. Quand on assure une couverture internationale, dès qu’il s’agit de faire une demande d’interview ou d’accréditation, tout se passe en anglais. Si vous interviewez un champion de tennis espagnol mais que vous ne maîtrisez pas sa langue, il va vous parler en anglais". Et surtout, restez curieux.

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(*) Crédit photo : © France Télévisions

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