1. Journaliste : le métier du rêve à la réalité
Témoignage

Journaliste : le métier du rêve à la réalité

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Sur le print, le web ou à la radio, le métier de journaliste peut s'exercer de différentes façons et sur différents supports. // © Fotolia
Sur le print, le web ou à la radio, le métier de journaliste peut s'exercer de différentes façons et sur différents supports. // © Fotolia

Anthony, 20 ans, étudiant à l’EFJ Bordeaux, rêve d’exercer le métier de journaliste. Alice, journaliste en presse féminine à Paris, nous raconte, quant à elle, les réalités de la profession.

L'Etudiant a rencontré Anthony, 20 ans, en troisième année à l’EFJ Bordeaux, "l’école du nouveau journalisme". Le jeune homme nous raconte ce qui l'attire dans ce métier et comment il l'imagine. En parallèle, Alice, 42 ans, journaliste en presse féminine, évoque son quotidien et ses spécificités.

L’étudiant

Pour Anthony, 20 ans, étudiant à Bordeaux : "Bizarrement, je me suis orienté vers une première S un peu par dépit, parce que je n’avais pas la moindre idée de ce que je voulais faire. J’étais déjà fasciné par les 'stars' des médias, ceux que je regardais à la télé, et j’avais très envie de savoir ce qu’il y avait de l’autre côté du décor, mais je ne pensais pas être capable de suivre leurs traces ! Je trouvais cela très ambitieux, en tout cas, trop pour moi.

En terminale, mes notes en maths ont dégringolé. En réalité, je n’avais rien d’un scientifique, et j’en ai vraiment pris conscience à ce moment-là. J’ai décroché mon bac en 2016, mais le puzzle s’était déjà plus ou moins mis en place tout au long de mon année de terminale : à force d’admirer certains chroniqueurs et animateurs de télé, comme ceux d’une émission qui n’existe plus, 'Le Petit Journal' j’ai compris que je rêvais de faire comme eux. J’avais envie d’informer et de faire des recherches pour transmettre quelque chose au plus grand nombre."

Ce qui me plaît, c’est l’aspect plurimédia de mes études

"J’ai tenté le concours d’entrée de Sciences po Bordeaux, aussitôt après le bac, mais je ne l’ai pas eu. Je voulais faire une école de journalisme, mais je ne me sentais pas prêt à quitter le cocon familial, donc hors de question pour moi d’aller à Lille ou à Paris ! J’ai entendu parler d’une école privée, l’EFJ. Quelques jours après les résultats du bac, j’ai décidé de passer le concours. Il y avait un QCM [questionnaire à choix multiples] sur l’actualité, un test d’anglais et une dissertation sur un sujet d’actu, plus un entretien de motivation. J’ai été admis.

Dès la première année, j’ai eu la chance de pouvoir manipuler des caméras et de m’exercer au montage, à l’occasion d’un stage à Bordeaux TV : car l’école axe une grande partie de son enseignement sur les stages. J’ai aussi appris les techniques rédactionnelles de base de la presse écrite, le 'mojo' ('mobile journalism', c’est-à-dire, filmer avec son smartphone).

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En deuxième année, il y avait pas mal d’ateliers de spécialisation, comme le journalisme sportif, le journalisme culturel, et la réalisation d’émissions de télé et de radio, en partenariat avec des médias locaux et régionaux. J’ai adoré ! Ce qui me plaît tout particulièrement, c’est l’aspect plurimédia de mes études. Ma troisième année s’annonce différente : je dois travailler sur un projet de grande enquête durant quatre mois, et, ensuite, parvenir à la vendre à un média. Un vrai challenge !

J’ai beaucoup de chance, car mes parents me paient l’école (plus de 7.000 € l’année !), et me soutiennent dans mes choix. Car je sais pertinemment que le journalisme n’est pas un métier facile : on nous répète que le secteur s’effrite, que le 'print' est en danger, que les réseaux sociaux le ringardisent… sans oublier le fait qu’il y a beaucoup de 'requins' et qu’il faut lutter pour faire sa place… Malgré tous ces avertissements et ces difficultés, je suis ultra-motivé : je suis convaincu qu’il faut être tout le temps au taquet, rester informé, toujours présent, toujours connecté, toujours à 100 %. Et j’y crois !"

Le professionnel

Pour Alice, 42 ans, journaliste en presse féminine : "J’ai commencé ce métier à l’âge de 24 ans, un peu par hasard. J’ai toujours aimé et voulu écrire. Au collège puis au lycée, j’étais une littéraire. Tout naturellement, j’ai passé un bac A2 [l’actuel bac L], mais sans idée précise de ce que je voulais faire. Puis, j’ai un peu musardé en fac pendant deux ou trois ans, en sciences humaines, sans conviction. J’ai décroché un DEUG [l’actuelle L2], complètement dégoûtée des méthodes universitaires. J’ai ensuite pas mal voyagé, vécu à Londres durant un an pour perfectionner mon anglais et j’ai vécu de petits boulots.

C’est une rencontre qui m’a amenée à frapper à la porte d’un grand magazine télé : j’écrivais des nouvelles et avais très envie de me faire éditer, alors je suis allée les montrer à un directeur de rédaction, qui m’a encouragée à continuer et m’a proposé des piges en attendant. J’ai commencé par des interviews dans le secteur du cinéma et des portraits people, puis, après une coupure d’un an à l’étranger, je n’ai trouvé à mon retour que des papiers dans des rubriques 'vie pratique' et 'lifestyle' de magazines féminins. Au début, cela ne m’a pas vraiment passionnée, mais au moins, cela me permettait de vivre !"

Il faut humer l’air du temps et savoir mettre la main sur LE sujet inédit

"Aujourd’hui, je m’y suis fait, et je collabore avec différentes rédactions dans ces domaines. En fait, un bon journaliste en presse écrite doit être capable de s’adapter à toutes les rubriques – même si, en France, on a tendance à cloisonner et à préférer les experts de tel ou tel secteur ! – et à tous les styles : qu’il s’agisse d’un magazine féminin destiné aux seniors, ou au contraire d’un support ultra-tendance, il faut tout de suite capter le ton du journal, savoir à qui on s’adresse et jouer la carte de la proximité, voire de la complicité, avec ses lecteurs. Cela suppose un certain sens de la psychologie, et une rapidité d’adaptation, parce qu’on ne vous laisse qu’une seule chance ! Pas question de rendre un papier bâclé, ou 'à peu près' dans les clous : il y a beaucoup de monde derrière la porte, et peu ou pas de sentiments !

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Il faut être rigoureux et réactif, être là au bon endroit et au bon moment, mais aussi avoir une bonne plume, humer l’air du temps et savoir mettre la main sur LE sujet inédit. Pour avoir aussi expérimenté la radio, l’exigence est la même, quoique l’écriture diffère : on ne parle pas comme on écrit, et il faut paraître naturel dans ce qu’on raconte, avec un contenu pourtant très travaillé. Pas toujours simple mais passionnant ! Ce métier est exceptionnel, notamment pour les rencontres qu’on peut y faire, qu’il s’agisse de la presse écrite, de la radio ou de la télé, du web aussi, où l’écriture est là encore spécifique.

En revanche, il faut bien se mettre en tête qu’on ne devient pas milliardaire, à moins d’être une star du petit écran ! Les salaires et les piges se réduisent comme peau de chagrin, et les fermetures ou reventes de titres sont hélas fréquentes depuis une dizaine d’années. L’adrénaline fait qu’on s’accroche, quelles que soient les difficultés, et même, dans certains cas, la précarité. Car les cordonniers sont souvent les plus mal chaussés, vous n’entendrez ou ne lirez quasiment jamais le malaise de la profession dans les médias !"

Quatorze écoles reconnues

Disséminées partout en France, les 14 écoles de journalisme "reconnues par la profession" sont privées ou publiques, et recrutent au bac ou après une licence. Douze d’entre elles délivrent un diplôme de niveau master, et recrutent leurs élèves à partir de bac+3 : l’ESJ Lille, l’IJBA, le CUEJ, l’IPJ, le Celsa, le CFJ, l’École de journalisme de Sciences po, l’EJT, l’EJDG, l’IFP, l’EJCAM et l’EPJT. Les IUT de Lannion et de Cannes, recrutent, quant à eux, des bacheliers qui obtiennent un DUT.
ESJ Paris, IEJ, EDJ, ISFJ… Ces écoles sont de statut privé et ne font pas partie des 14 cursus sélectifs reconnus par la profession. Qu’elles soient à Paris, Lyon, Montpellier, Bordeaux ou Nantes, chacune a sa formule et ses spécialisations. En moyenne, elles coûtent de 6.000 à 7.000 € par an.
Une troisième option, peu coûteuse, se développe pour les journalistes en herbe : l’université qui offre une quinzaine de cursus.
Plusieurs IEP (instituts d’études politiques) proposent également des spécialisations et diplômes nationaux de master en journalisme, à partir du niveau M1. Renseignez-vous, l’accès peut se faire à ce niveau, via des épreuves d’admission, ou directement en M2.